Raw Power : un album dévastateur

1973 : Iggy & The Stooges enregistrent un album qui sera copié, imité, jamais égalé
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En ce début 1972, les Stooges sont en passe de n'être plus qu'un souvenir. Leurs deux premiers albums ne sont pas vendus. Ils se sont même séparés. Mais Iggy Pop est contacté par un admirateur, David Bowie, qui le convie à se rendre à Londres pour enregistrer un album. Miracle ! Iggy accepte et arrive à Londres avec un invité inattendu : le guitariste James Williamson.

Tout d'abord, il s'agit de trouver des musiciens sur place pour accompagner le duo mais aucun ne fait l'affaire. Iggy appelle à la rescousse deux Stooges : le guitariste Ron Asheton et le batteur Scott Asheton. Comme il y a déjà un guitariste, Ron Asheton est relégué à la basse. Tout ne va pas pour le mieux avec MainMan Management qui a signé Iggy et se retrouve avec les Stooges sur les bras. De plus l'addiction à l'héroïne de Pop se fait envahissante. Pourtant...

Raw Power

"Le pouvoir sauvage peut détruire un homme, le pouvoir sauvage est plus fort que l'âme (…), Pouvoir sauvage, je peux le sentir, Pouvoir sauvage, on ne peut pas lutter" (" Raw Power "). Raw Power est l'un des albums les plus violents jamais enregistré. Oubliez le Death Metal, le Speed Metal, le Heavy Metal, Raw Power est le chef d’œuvre nihiliste de la décennie et de celles à venir. Dans cet album qui contient deux « ballades », le vénéneux « Gimme Danger » et le menaçant « I Need Somebody », Iggy proclame qu'il est le garçon le plus oublié du monde, celui qui cherche et détruit (« Search And Destroy »). « Search And Destroy » est une pure agression sonique : la guitare de Williamson attaque directement au cerveau pendant qu'Iggy crache qu'il est un « singe qui marche dans la rue avec un cœur plein de napalm, l'enfant fugueur d'une bombe nucléaire ». Et c'est ce qu'il est. Raw Power révèle Iggy en génie dérangé qui invite à l'apocalypse et est prêt à détruire le monde à moins qu'il ne se détruise lui-même avant...

Destinée de Raw Power

Iggy est en conflit avec MainMan qui demande que le disque soit remixé par Bowie sinon il ne sortira pas. Ce qui est fait. Aujourd'hui les protagonistes survivants admettent que le mixage de Bowie n'est pas si mal que ça. Bien sur, le disque fait un flop et passe quasiment inaperçu à l'époque : n° 182 au Bilboard des albums. Le groupe tourne encore un an après l'enregistrement puis c'est la fin. Iggy entre en clinique pour une cure de désintoxication. Il reviendra plus tard grâce à, devinez qui, David Bowie. Toujours est-il que ce disque est devenu un classique au fil des années : sa férocité n'a jamais été égalée. En 2003, il est classé au 125ème rang des plus grand disques de tous les temps par le magazine Rolling Stone.

Influences

« Je suis son plus grand fan. Il est aussi bon que Jimmy Page sans être aussi studieux (…). Il est à la fois démoniaque et intellectuel. Il est ce qui ressemble le plus à Darth Vader s'il jouait dans un groupe » déclare Johnny Marr, le guitariste des Smiths au sujet de James Williamson dans une interview au Gardian en mars 2010. Henry Rollins, le leader des Black Flag, a entre autres tatouages, « Search And Destroy » tatoué sur son épaule. Quant à Steve Jones, le guitariste des Sex Pistols, il a déclaré qu'il avait appris à jouer de la guitare en écoutant Raw Power sous l'effet des amphétamines.

Reprises

Ils ont été nombreux à reprendre des extraits de Raw Power . Citons les reprises de « Search And Destroy » des Dictactors, Dead Boys, Red Hot Chili Peppers, et même de Def Leppard. Gun N'Roses s'est attaqué à « Raw Power », Franck Black, l'ex leader des Pixies à « Gimme Danger ».

Raw Power, le retour

Iggy a reformé les Stooges en 2007 et il a demandé à Williamson de jouer à nouveau avec lui. Si les frères Asheton ont entendu l'appel, Williamson a fait la sourde oreille. Ce n'est qu'après le décès de Ron Asheton en février 2009 que les choses ont changé. Car Williamson qui avait un travail régulier depuis plus de 30 ans dans l'industrie informatique se retrouve à la retraite. Il se dit alors que les Stooges, finalement... Et finalement, il se retrouve en novembre 2010 à jouer les titres de Raw Power à São Paulo devant 30 000 personnes. Le mot de la fin à Iggy Pop sur les Stooges, période Raw Powe r : « ce groupe pouvait détruire n'importe quel autre groupe à l'époque, et franchement détruire n'importe quel groupe qui s'en est inspiré depuis ». Depuis plus de 40 ans, aucun autre groupe n'est parvenu à égaler cette folie, cette violence, ce nihilisme...

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