The Easybeats : les Beatles australiens ne pensent qu'à vendredi

The Easybeats connurent une gloire locale en Australie et mondiale avec « Friday On My Mind »

« Le lundi matin, je me sens si mal ,

Tout le monde semble m'observer,

Arrive mardi, je me sens mieux

Même mon père a l'air sympa,

Mercredi, ça ne va pas,

Jeudi passe trop lentement,

Je ne pense qu'à vendredi. »

Extrait de "Friday On My Mind"

« Friday On My Mind » est comme « Summertime Blues » d'Eddie Cochran une ode au désespoir adolescent. Un adolescent qui ne pense qu'à l'amour et au plaisir. Quant au travail, il compte les jours qui le séparent du week-end. Ce titre fût un tube mondial pour les Easybeats : top 10 en Angleterre, top 20 aux USA, un succès en Europe.

Émigrés

Les Easybeats sont considérés comme un groupe australien alors qu'ils ne sont pas australiens. Leur chanteur Steve Wright est anglais, le bassiste Dick Diamonds vient de Hollande comme le guitariste Harry Vanda, l'autre guitariste Harry Young est ’Écossais et le batteur Gordon Fleet d'Angleterre où il battait les peaux pour les Mojos. C'est ce dernier qui trouva le nom du groupe « The Easybeats ». Tout cela fit du groupe d'authentiques représentants du rythme anglais dans le désert musical australien de l'époque.

Le son de Liverpool au pays des moutons

Après avoir travaillé leur son et joué autour de Sydney, la capitale australienne, ils enregistrent un premier album constitué principalement de compositions de Wright et Young. Leur son est, évidemment, largement inspiré par celui de Liverpool avec une énergie et un don pour les harmonies sans oublier des qualités instrumentales certaines qui font la différence. Leur premier single « For My Woman » (mars 1965), et son ambiance bluesy, n'est pas sans rappeler les Kinks des débuts. Le second « She's So Fine » qui sort deux mois plus tard débute par un hurlement et mêle harmonies à la Beatles et une rythmique plutôt rythm'n blues. C'est un tube immédiat, il grimpe illico presto à la 1ère place du hit parade australien. Rapidement leurs apparitions déclenchent une hystérie similaire à la beatlemania d'où leur surnom de Beatles australiens.

Les Beatles australiens

Easy est le titre du 1er album du combo qui sort en septembre 1965. On sent l'influence du Mersey Beat, des Beatles encore mais aussi des Hollies. Le manque d'originalité est compensé par l'attaque de la guitare de Wright (cf. « Easy As Can Be »). Ce disque est considéré comme l'un des meilleurs de la période dite de la « British Invasion ». Cette époque est celle de la gloire pour les cinq musiciens qui classent huit de leurs titres dans les charts australiens.

Le second album, It's Easy, est une collection de titres influencés par le Mersey Beat, que l'on peut considérer comme en retard sur son époque (il sort en 1966). Cela marque le problème fondamental auquel le groupe doit faire face : l'Australie est à leurs pieds et cela peut continuer indéfiniment dans la mesure où les changements en matière de musique arrivent avec beaucoup de retard dans le pacifique. Mi-1966, le tandem Wright/Young est de l'histoire ancienne, Young s'associe désormais avec Vanda. Le groupe lorgne désormais au-delà de sa zone d'influence et plus particulièrement vers l'Angleterre.

Angleterre, terre promise ?

Au début tout marche bien. Le groupe s'associe avec le célèbre Shel Tamy (Who, Kinks) et sort son classique, son 1er tube anglais : « Friday On My Mind ». Cette composition Vanda/Young possède l'énergie des enregistrements antérieurs du groupe mais s'y rajoute un niveau de sophistication inhabituel : un staccato sur deux notes débute le morceau suivi par une arabesque guitaristique sur laquelle le chanteur, secondé par des choeurs à tomber, raconte une histoire de teen-ager qui s'ennuie au travail et ne pense qu'à la fin de la semaine. Il faut ajouter à cela une note de défiance à l'égard du patron (« il n'y a rien qui ne m'ennuie plus que de travailler pour les riches, je changerai cela un de ces jours »). Vient ensuite le solo de guitare sur un tempo encore plus rapide. Tout cela fait que ce titre est encore aujourd'hui un morceau que l'on a envie d'écouter encore et encore...

Le groupe reste 6 mois en Angleterre, écrivant d'autres titres encore plus ambitieux et se forgeant un public fidèle en Allemagne. Il retourne en Australie en mai 1967 pour une tournée nationale qui marque le point le plus haut de leur carrière. Puis retour à Londres. Mais l'inspiration semble les déserter et leur single « Heaven And Hell » est banni de la radio anglaise. De plus, les membres du groupe s'adonnent aux joies chimiques du Swingin' London et leur cohésion en pâtit. Ce qui les empêche pas de composer des perles comme « Sorry » (repris par les Plimsouls). Mais le ver est dans le fruit et fin 1969, ils ne sont plus qu'un groupe commercial à la Tremoloes. Leur dernière tentative est le single « St Louis » qui parvient à se classer dans le top 100.

Vanda et Young

A son retour en Australie, le groupe se sépare. Vanda et Young entament alors une prolifique carrière de producteurs et compositeurs. Ils produisent 6 albums d'AC/DC dont font partie les deux jeunes frères de Harry Young, Angus et Malcom. Ils écrivent plusieurs succès pour le chanteur John Paul Young, produisent des albums pour Rose Tatoo, The Angels. Ils enregistrent sous le nom de Flash And The Pan et là encore connaissent le succès avec notamment des titres comme « Walking In The Rain » repris par Grace Jones. Certes Vanda et Young ne sont pas devenus aussi célèbres que Mac Cartney et Lennon mais ils peuvent se consoler...

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