The Prisoners : un grand groupe oublié des 80's

De 1980 à 1987, The Prisoners furent l'un des plus grands groupes Mod. Ils auraient pu devenir les Small Faces des 80's.
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La première fois que l'on entendit parler des Prisoners, ce fût dans la région du Medway, dans le sud de l'Angleterre. C'est là que trois adolescents de 16 ans, Graham Day (guitare, vocaux), Allan Crockford (basse) et Johnny Simmons (batterie) commencent à répéter et à se construire un répertoire de reprises rythm'n'blues et de quelques compositions de Day. Comme leur nom ne le laisse pas supposer, ils ne le choisirent pas en référence à la célèbre série 60's, « Le Prisonnier » mais d'après le titre d'un morceau d'un groupe de leurs amis, The Vapours, dont le 1er single s'intitulait « Prisoners ».

Les trois lycéens se mettent à jouer de temps à autre quand leurs études leurs en laissent le temps. Ils ne passent aux choses sérieuses qu'en 1982 avec l'arrivée de James Taylor à l'orgue. Cette arrivée est importante car le son très particulier de l'orgue de Taylor leur permet d'avoir un son qui les distingue de la masse des groupes de revival mod (Secret Affair, Lambrettas, Chords, Purple Heart) qui fleurissent à l'époque. Ils écument ensuite les scènes du Medway. On les classe alors dans la mouvance « trash » avec des groupes comme les Milkshakes de Billy Childish ou les Sting Rays, Tall Boys, Cannibals. Mais s'ils tournent beaucoup, les Prisoners n'attirent pas pour autant l'attention des maisons de disques.

C'est ce qui les décident à enregistrer un album auto-produit aux studios Oakwood à Herne Bay. Le disque est bouclé en huit heures ! Et cela parce que le groupe n'a pas les moyens de s'offrir plus de temps en studio. Évidemment, c'est brut de décoffrage mais A Taste Of Pink avec des pépites telles que " Better In Black " ou " Coming Home " qu'ils comptaient vendre à leurs fans après les concerts fait son petit bonhomme de chemin. Les critiques sont favorables. Les 500 premiers exemplaires se vendent très rapidement, l'album sera pressé plusieurs fois et se vendra à 10 000 exemplaires. Il sera réédité sous forme de cd en 1994.

Londres

Après la parution de l'album, le groupe se voit offrir de jouer à Londres en mars 1983. C'est là qu'ils se retrouvent à faire la première partie de Thee Milkshakes, le groupe de Billy Childish, avec lequel ils se lient d'amitié. Après un concert au célèbre pub Hope And Anchor, ils se voient proposer l'enregistrement d'un single par nul autre que Marc Zermati de Skydog Records. Un deal qui se matérialise par le single « There's A Time » / « Revenge Of The Cybermen ». Commentaire du groupe « nous avons fait le single pour un allumé français qui ne nous a jamais versé un centime ! ».

Big Beat

Les Prisoners jouent ensuite quelques dates au Gibus à Paris, puis à Londres Mais malgré leur réputation d'excellent groupe de scène qui grandit et le succès de leur 1er album, ils sont sans maison de disque. C'est là qu'intervient Roger Armstrong de Big Beat Records qui leur offre un contrat de courte durée avec son label. Il en résulte l'album The WiserMiserDemelza qui est beaucoup plus produit que leur précédent effort. Mais le groupe est plutôt mitigé quant au résultat qui ne reflète pas leur énergie. Pourtant, là encore, la critique ne fait pas la fine bouche et ce d'autant plus qu'il y a sur cet album des pépites comme « Hurricane ». Déçus par le son de l'album, les Prisoners décident d'enregistrer un EP avec Russ Wilkins, le bassiste des Milkshakes, pour obtenir un son « sauvage, vibrant et énergique ». Il sort en août 1983 avec notamment un classique des Prisoners « Melanie ».

The Last Fourfathers

Le contrat avec Big Beat est fini en 1985. Les Prisoners décident de revenir à l'auto-production et sortent The Last Fourfathers , un disque qui est considéré comme l'un de leurs meilleurs. Ils doivent attendre 1986 pour enregistrer à nouveau pour Stiff Records. Mais là encore le groupe n'est pas satisfait de la production qu'il juge trop propre. De plus, le disque est mal distribué et est retiré de la vente au bout de 2 mois. Le 16 septembre 1986, les Prisoners se séparent.

Un groupe à redécouvrir

Cette carrière chaotique peut s'expliquer par le fait que le groupe n'a jamais trouvé un producteur capable de restituer leur son, digne des meilleurs groupes mod 60's. Un son qui est un écrin pour la voix chaude et puissante de Graham Day que l'on peut comparer à celle d'un Steve Marriott. Le groupe s'est reformé en 1994 mais cela n'a pas duré. James Taylor a formé le James Taylor Quartet, Graham Day et Allan Crockford ont créé The Solarflares ( 4 LP jusqu'en 2004, essayez de mettre la main sur leur album live, une pure merveille amphétaminée). Ensuite Graham Day a fondé Graham Day & The Gaolers (un album en 2007, Soundtrack To The Daily Grind ).

Les Prisoners peuvent être considérés comme l'un des grands groupes oubliés des 80's. Cela est du en partie au fait qu'ils ont toujours eu du mal avec l'industrie du disque qui n'a jamais compris comment reproduire la fantastique énergie du groupe.

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