The Strangeloves : I Want Candy - histoire d'une imposture

Bob Feldman, Jerry Goldstein, Richard Gottehrer étaient les Strangeloves
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Voici la fascinante histoire d'un groupe qui n'en était pas un, l'histoire d'un soi-disant groupe australien. Cette histoire c'est celle de Bob Feldman et de Jerry Goldstein. Les deux compères sont des amis d'enfance du quartier de Brooklyn, New York et dans les 50's font leurs premières armes dans des groupes de Doo-Woop. Ils obtiennent leur premier tube avec « Big Beat » qui devient le générique du show TV du disc jockey Alan Freed. Au début des 60's leur duo, Bob & Jerry a enregistré plusieurs singles mais sans succès, c'est alors qu'ils rencontrent Richard Gottehrer, un natif du Bronx.

Premiers succès

Bientôt, leurs compositions sont interprétées par Dion, Pat Boone, Freddy Cannon, Bobby Vee. Ils obtiennent un tube (n° 1, 1963) avec « My Boy Friend's Back » interprété par le groupe vocal féminin, The Angels. Mais le paysage musical change avec l'arrivée des Beatles ce qui signifie qu'il faut s'adapter ou disparaître, dure loi darwiniste ! C'est ce qu'ils font en créant les Strangeloves.

The Strangeloves

Ils ont alors l'idée de fabriquer de toute pièce les Strangeloves (d'après le film de Stanley Kubrick, Dr Strangelove) auxquels ils inventent une identité australienne de pure fiction. Il faut dire qu'à l'époque que tout ce qui a un parfum d'étranger en matière de musique marche bien. Les bios du groupe affirment qu'il s'agit de trois frères, Giles, Miles et Niles Strange qui ont grandi en Australie dans une ferme d'élevage de moutons. Ces « frères » se sont enrichis grâce à l'invention d'une nouvelle race de mouton (le Gottehrer à cheveux longs !) ce qui leur a permis d'avoir l'argent pour financer et former un groupe. Bon, on ne peut dire que le public ait été bluffé par cette fable mais la musique...

I Want Candy

Le premier single du groupe, « Love, Love » fut crédité aux Strange Love mais n'atteint que la 122ème place du hit parade. C'est leur second single « I Want Candy » qui devient un tube en 1965 (n° 11). Mais, revers de la médaille, la fiction doit devenir réalité et s'incarner dans un groupe de scène. Le trio embauche alors 4 musiciens de studio pour ce faire puis début 1966, un trio de requins de studio, le guitariste Jack Raczka, le batteur/chanteur Joe Piazza et l'organiste/chanteur Ken Jones. Musicalement les productions du trio de compositeurs s'appuient sur les rythmes de Bo Diddley avec des vocaux chaleureux et de bons soli de guitare. « I Want Candy » ne fut pas leur seul succès puisqu'on peut aussi citer les excellents « Night Time » (repris par le J Geils Band ) qui figure sur Nuggets et « Cara-Lin » (repris en France par les 5 Gentlemen ). Les Strangeloves n'enregistrèrent qu'un seul album en 1965, lequel album comportait la majorité des singles du groupe. Le groupe continua à enregistrer jusqu'en 1968 mais avec peu de succès. Feldman, Goldstein, Gottehrer produisent pendant la même période les Mc Coys (« Hang On Sloopy ») puis se lancent dans la Bubble Gum Music avec The Rock & Roll Dubble Bubble Trading Card Co. Of Philadelphia 19141 en 1969.

L'après Strangeloves

Tout d'abord, il faut préciser que les compositions du trio new-yorkais ont été largement reprises de par le monde. « I Want Candy » a été notamment interprété par les Count Bishops , Bow Wow Wow , « Cara-Lin » par les Fleshtones , les Sorrows . Par la suite, Feldman a produit des artistes comme Jay & The Americans, Link Wray. Gottehrer s'est mieux débrouillé puisqu'il a été celui qui a réuni Eric Burdon et War (deux albums à écouter absolument), qui a produit les premiers albums de Blondie, des Go-Go's et bien d'autres encore. La morale de cette histoire est qu'on peut être éleveur de mouton en Australie en 1965 et se lancer dans le show business en chantant :

Je connais une fille à la fois dure et tendre

Elle est si futée qu'on ne peut pas l'avoir

Elle est tout ce que je désire

Elle met le feu au soleil de l'été

Je veux Candy, je veux Candy.....

Et devenir internationalement connu, n'est-ce pas une belle histoire ?

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