War -Eric Burdon déclare la guerre

A la fin des 60's, l'ex chanteur des Animals, Eric Burdon, est à la recherche d'un 2ème souffle. Il le trouve avec War.
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En cette fin des 60's, Eric Burdon est un ex : ex chanteur des Animals, ex chanteur des New Animals. Il a émigré en Californie, attiré par le rêve hippie (cf. « San Franciscan Nights »). Mais il n'a pas retrouvé le succès qu'il a connu avec les Animals et sa carrière subit un sérieux ralentissement.

War

C'est alors que son producteur, Jerry Goldstein (Strangeloves, Mc Coys) qui cherche à le relancer lui présente un groupe de rythm 'n blues : The Nightshift. Le groupe joue une musique qui mêle influences jazz, blues, rythm 'n blues et latines. C'est un groupe efficace, soudé, qui se compose alors de Papa Dee Allen (conga, bongos), Howard Brown (batterie), B. B. Dickerson (basse),Lonnie Jordan (orgue piano), Charles Miller (sax, flute), Lee Oskar (harmonica), Howard Scott (guitare). Goldstein qui les a vu en concert leur propose d'accompagner Burdon qui, à l'époque, a retrouvé ses mauvaises habitudes alcooliques après avoir redescendu de sa planète acide. Au départ, le groupe n'est pas franchement enthousiasmé par la proposition d'accompagner un has been anglais. Pourtant. Pourtant, le mélange prend et l'alchimie est pratiquement parfaite.

Eric Burdon & War

War est un groupe de son époque : le fondateur, pianiste et chanteur, Lonnie Jordan, déclare à l'époque que l'objectif du groupe est de délivrer un message de fraternité avec sa musique. War fait la guerre à la guerre, aux gangs, au racisme. Eric Burdon & war se met alors à se produire en Californie avant d'entrer en studio pour enregistrer son 1er album : Eric Burdon Declares War (1970 ) . Et ce coup d'essai est un coup de maitre : l'album grimpe à la 18ème place du hit-parade aux USA. Les influences jazz sont évidentes sur la face 1 où figurent deux titres dédiés au saxophoniste Roland Kirk (« Vision Of Rassan » et « Roll On Kirk »). Sur cette même face suit une version du classique de John D Loudermilk « Tobacco Road ». Un titre gravé par Loudermilk en 1960 mais dont la version la plus connue à l'époque est celle des Nashville Teens (1964). Un titre devenu depuis un classique (reprises d'Edgar Winter, de Spooky Tooth, de Statu Quo, de David Lee Roth et même de J. J. Goldman !). De plus Burdon a emprunté la route du tabac en 1968 avec les Animals. Mais avec War, il livre une interprétation hallucinée de plus d'un quart d'heure où pas une seconde n'est de trop. Une version avec une rythmique qui cogne, cuivres brulants, congas déchainés et harmonica à tomber, une version où la voix de hurleur blues de Burdon fait merveille. Sur la face 2 de l'album figure le tube : « Spill The Wine » (n° 3 en mai 1970). Un tube improbable de par sa structure : Burdon parle d'un ton amusé sur les ¾ du morceau comme s'il entrait dans une pièce où joue le groupe et ne chante qu'à la fin. Il raconte une histoire à la 1ère personne où il est endormi dans l'herbe épaisse et rêve d'être une star de Hollywood. Et cette fille qui lui propose un verre de vin... Le tout sur un fond latino-funk avec congas et orgue.

The Black Man's – Burdon

Le second album, un double, de War avec Burdon, The Black Man's Burdon , paraît en décembre 1970. Pourquoi aussi vite ? Certainement pour capitaliser sur le succès de son prédécesseur. La recette qui a réussi pour l'opus précédent est reprise : deux versions de tubes, la 1ere du « Paint It Black » des Rolling Stones et la 2ème de « Nights In White Satin » des Moody Blues figurent sur le premier disque. Si la version de « Paint It Black » est réussie et arrive presque à la hauteur du « Tobacco Road » de Declares War , on ne peut pas en dire autant de la reprise des Moody Blues. Cependant, il y a encore des perles comme le boogie-blues qui débute la face 4 du disque : « Bare Back Ride » ou le mélodique « Home Coockin". L'histoire s'arrête là car peu après Burdon s'effondre sur scène et quitte le groupe qui vivra sa vie désormais en tant que War tout court. War obtiendra quelque succès dans les 70's avec « Low Rider » ou « Why Can't We Be Friends ». Burdon, pour sa part, enregistre ensuite un album avec le bluesman Jimmy Witherspoon puis vient le magnifique et sous-estimé Sun Secrets (1974) où il reprend ses tubes des 60's avec un power trio.

En conclusion on dira que ces deux albums sont indispensables à tout amateur de musique latine, de funk, de blues, d'Eric Burdon. A découvrir ou redécouvrir.

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