L'Adversaire, un film de Nicole Garcia avec Daniel Auteuil

Sur le point d'être découvert après 18 ans de mensonges, un faux médecin tue sa famille. Une histoire vraie, terrifiante : celle de Jean-Claude Romand...
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Certains longs métrages n’ont point besoin de l’étiquette "film d’horreur" pour être oppressants d’un bout à l’autre. C’est le cas de L’Adversaire (2002), de Nicole Garcia, avec Daniel Auteuil dans le rôle de Jean-Marc Faure, un faux médecin qui dit travailler à l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) alors qu’il vit de l’argent que des proches lui ont confié – son beau-père en particulier (Bernard Fresson) - pour le faire fructifier…

François Cluzet et Géraldine Pailhas

Il était une fois un faux toubib qui avait arrêté de passer ses examens après sa deuxième année de médecine mais avait continué de fréquenter la faculté et quelques étudiants, Luc en particulier (François Cluzet), qui n’y ont vu que du feu !

Excellent élève auquel tout le monde promet un brillant avenir, cet enfant unique et réservé refuse son échec d’une manière incroyable : en optant pour une identité professionnelle aussi fausse que brillante : chercheur au siège de l’OMS, à Genève…

Ses proches tombent dans le panneau : ses parents d’abord, des gens «tout ce qu’il y a de plus simple» (papa est forestier dans le Jura), sa femme ensuite, Christine (Géraldine Pailhas), issue d’un milieu plus bourgeois… Il est vrai que Jean-Marc en connaît un rayon en médecine !

Emmanuel Carrère

L’histoire – vraie – de Jean-Claude Romand a d’abord inspiré un romancier, Emmanuel Carrère ( L’Adversaire ), puis une cinéaste de qualité, Nicole Garcia ( Place Vendôme , Un Balcon sur la mer …) qui a offert le rôle-titre – terrifiant – à Daniel Auteuil.

Le film est bâti avec des flash-back qui permettent rapidement au spectateur de comprendre ce qui s’est passé tout en attendant… l’issue finale ! Auteuil, comme souvent, y témoigne de son immense talent qui lui permet de passer du registre des Sous-Doués passent le bac ou de T’empêche tout le monde de dormir , à des rôles plus dramatiques ( Un Cœur en hiver , Le Bossu …)

Ce film a aussi pour lui de montrer comment une pareille supercherie peut durer des années et des années sans attirer les soupçons de proches que leurs petites affaires personnelles éloignent (quoi de plus normal!) de l’étude approfondie d'un conjoint et ami a priori insoupçonnable…

L’Organisation Mondiale de la Santé

Et il faudra qu’une femme, un jour, vienne demander à Christine pourquoi le nom de son mari n’est point dans l’annuaire de l’OMS pour que l’épouse bafouée commence à ouvrir les yeux… Un autre mensonge, plus anodin celui-là, lui les maintiendra ouverts… et déclenchera la fin tragique d’une famille que l’homme de la rue avait toutes les raisons d’imaginer parfaitement heureuse…

Car une fois sur le point d’être découvert, Jean-Marc choisit de nouveau une solution radicale : éliminer toute sa parentèle avant de se suicider. Hélas, il sera le seul à se sortir de ce carnage que le spectateur n’attend pas sans angoisse…

Pourtant, quand on y pense, il eût été mille fois préférable d’avouer la vérité : mais reconnaître les faits n’est point dans les cordes de notre Jurassien, que la pression familiale a le don d’acculer aux fautes les plus dévastatrices…

Emmanuelle Devos et Géraldine Pailhas

Dans ce film, Nicole Garcia sait créer l’atmosphère régnant dans une famille de deux enfants (un garçon et une fille, le choix du roi) qui vit dans le Doubs sans problèmes particuliers à surmonter. La vie provinciale y est fidèlement décrite et les soirées que passent les Faure avec leurs amis ressemblent à toutes les soirées que des Français plutôt aisés passent toutes les semaines avec les leurs…

Les interprètes jouent juste, à commencer par la belle Marianne (Emmanuelle Devos) qui, une fois séparé de son mari (François Berléand), aura avec Jean-Marc une liaison aussi peu torride que coûteuse pour les finances de l'amant…

L’arbre de Noël

Si Géraldine Pailhas est, elle aussi, tout à fait crédible, y compris quand elle prépare les valises de son menteur de mari ( «J’sais pas quel temps il fait à Oslo !») on s’étonne quand même qu’elle n’ait jamais demandé à visiter son bureau à Genève et – surtout - qu’elle n’ait jamais insisté pour que les enfants aillent à l’arbre de Noël de l’OMS !

Mais toutes nos questions ne trouvent qu’une réponse, terrible, obsédante : cette histoire a réellement existé. D’où le sentiment de malaise que l’on conserve une fois le film terminé…

La maison centrale de Saint-Maur

Eh oui, actuellement, dans une prison de France située près de Châteauroux, un homme purge la peine de Jean-Marc Faure : Jean-Claude Romand, le "modèle" de ce film, qui, en janvier 1993, a tué successivement quatre innocents, les cinq personnes qui… lui étaient les plus proches !

C’est pourquoi L’Adversaire sera - jusqu'à la mort dudit Romand - l’un des films les plus sinistres du cinéma français…

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