Le Bossu avec Auteuil, Luchini, Noiret, Perez et Marie Gillain

Pas facile de passer après André Hunebelle, Jean Marais et Bourvil ! Mais Philippe de Broca a réussi son remake du Bossu tiré du roman de Paul Féval...
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Publié en feuilleton en 1857, Le Bossu a inspiré sept réalisateurs entre 1913 (André Heuze) et 1997 (Philippe de Broca). Il est vrai que cette histoire de vengeance a tout pour séduire le spectateur surtout quand elle est jouée par Daniel Auteuil (Lagardère), Marie Gillain (Aurore) et, aussi inoubliable dans le rôle du traître assassin que lorsqu’il lit Philippe Muray , Fabrice Luchini (prince Philippe de Gonzague).

Défendre la veuve et l’orphelin

Ce qu’on apprécie d’emblée dans Le Bossu , c’est ce qui a toujours fait le charme des films de cape et d’épée: la bravoure des nobles et assimilés, toujours prêts à tirer l’épée pour défendre la veuve et l’orphelin…

Alors que nombre de personnages installés d’aujourd’hui n’osent même plus prononcer une parole qui risquerait de ternir leur image, les nobles que le cinéma nous présente donnent, eux, l’impression de jouer leur vie en permanence…

Et quand ils galopent à bride abattue, se battent en première ligne et conquièrent le cœur des dames, une phrase de Chamfort nous revient : «Les raisonnables auront duré ; les passionnés auront vécu !»

La belle Claire Nebout

C’est le cas avec le duc de Nevers (Vincent Perez) qui attire d’emblée la sympathie bien qu’il ait une très haute image de son ordre… Intrépide, généreux il est aussi un galant homme puisqu’il accepte d’épouser Blanche de Caylus (Claire Nebout) quand icelle lui apprend via un courrier qu’elle a une fille qui est aussi la sienne…

Le devoir, certes mais le panache aussi ! Sans oublier l’intelligence, le bon sens car Nevers, le danger se rapprochant, décide de livrer à son compagnon Lagardère – récemment anobli - le secret de sa fameuse «botte» qui rend tout duelliste invincible…

La botte de Nevers

Cette botte, on ne se lasse pas de la voir effectuée et décortiquée par son «créateur» : « Parade de septime, riposte ; enveloppement de carte, tapement sur le bras, prise de fer en changeant de main, désarmement et hop ! la pointe au front», à l’endroit où cette dernière peut pénétrer comme dans du beurre… Du grand art ! Et 100% efficace !

Mais si ce film compte au moins un noble épatant, il en présente un du camp opposé, un immonde qui mériterait… la guillotine (laquelle n’existe pas encore !), Philippe de Gonzague, lequel, ayant appris qu’il n’était plus l’héritier de son cousin Nevers, a décidé de l’occire ainsi que… la «responsable» de ce manque à gagner, Aurore de Nevers…

Théâtre à l’italienne

Il réussira pour Nevers (lâchement, un coup de poignard dans le dos alors que le cousin se battait à un contre cinq !) mais il échouera pour Aurore, que le chevalier de Lagardère parviendra à élever pendant seize ans – au sein d’une troupe de théâtre italienne- sans jamais lui révéler son identité…

Du reste la belle enfant l’appelle «papa» sans se douter un seul instant que sa féminité ne laisse pas son faux père de marbre (ni le spectateur d’ailleurs, surtout quand Aurore dévoile ses formes lors d’un bain de rivière qui aurait pu s’éterniser sans que l’intérêt du film ne baissât d’un cran…)

Le Paris du XVIIIe siècle

De retour à Paris dans le quartier -fort bien reconstitué- de Quincampoix, Lagardère apprend que Blanche de Caylus n’a point été occise après l’enlèvement de sa fille et qu’elle vit chez l’assassin de son époux, le comte Gonzague ; persuadée que sa fille Aurore est au ciel avec Nevers, elle ne quitte point sa chambre…

Bien décidé à appliquer son célèbre dicton : «Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère viendra à toi !», le chevalier se fait embaucher par Gonzague en se déguisant en bossu… Il peut ainsi venger son cher Nevers et faire enfin triompher la vérité qui permettra de rendre à Aurore ce qui lui appartient : une mère et une fortune…

Philippe Noiret en Régent

Si Daniel Auteuil est convaincant en Lagardère, il l’est encore plus en bossu, infirmité qui a le don d’exciter sa verve. Ainsi quand Gonzague le traite de «flatteur», il lui répond du tac au tac : « A vivre courbés, on prend le pli! - De l’esprit ! lui rétorque son maître. – Eh, nous autres cabossés avons deux choses bien pendues : la langue et… une certaine affaire qui plaît bien aux dames, Monseigneur.»

Même s’il ne fait pas oublier la version 1960 avec Jean Marais et Bourvil , ce film se regarde avec bonheur et permet de revoir Alexandre le Bienheureux enfin... Philippe Noiret qui, pour la seconde fois depuis Que la Fête commence , endosse le personnage du Régent, Philippe d’Orléans…

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