Le Clan des Siciliens et le trio Delon, Gabin et Ventura

Signé Henri Verneuil, ce polar réunit pour la seule et unique fois trois des meilleurs acteurs français des années 60. Et chacun d'eux s'y montre parfait !
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Delon avait déjà joué avec Gabin en 1963 dans Mélodie en sous-sol puis, en 1967 , avec Lino Ventura dans Les Aventuriers , lequel Lino avait commencé en 1954 avec Gabin dans Touchez pas au Grisbi . Mais ces trois fortes personnalités n’avaient jamais tourné ensemble. En 1969 , grâce à Henri Verneuil et à la musique d’Ennio Moricone, ils font entrer Le Clan des Siciliens dans la légende…

La Vache et le Prisonnier

Comme avec certaines équipes de football, il arrive que des films réunissant des stars déçoivent, ne donnent rien de bon ! Cela aurait pu arriver au Clan des Siciliens ; l’une des trois têtes d’affiche aurait pu «jouer perso», éclipser les deux autres…

Cela ne fut point le cas et Verneuil (qui, en 1969, compte déjà à son actif La Vache et le Prisonnier , Un Singe en hiver , Le Président , Week-end à Zuydcoote …) put savourer le succès de ce Clan que le petit écran a pris l’habitude de programmer régulièrement…depuis 40 ans !

Il est vrai que l’histoire – tirée du roman éponyme d’Auguste Le Breton – est de celle qu’on suit avec un intérêt qui ne faiblit pas…

Rome et New York

Un tueur de flic, Roger Sartet (Delon), s’évade grâce à la complicité d’un clan d’origine sicilienne dirigé par Vittorio Manalese (Gabin) auquel il a proposé un énorme coup : voler une prestigieuse collection de bijoux lors de son transfert de Rome à New York…

Manalese et Sartet réussiront le coup en question mais ne profiteront jamais de leur fortune. Pour la plus grande joie de l’inspecteur Le Goff (Lino Ventura).

Delon en voyou de grande classe

Mais la plus grande réussite de ce film c’est qu’on y trouve Delon, Gabin et Ventura dans leur propre rôle, chacun jouant sa propre partition à la perfection…

En effet, Alain Delon est parfait en « voyou beau gosse » et moult scènes, à moins d’être allergique à ce bel animal au sommet de son art ( Le Samourai sort tout juste de La Piscine ), peuvent être revues vingt fois avec le même bonheur.

D’eux d’entre elles notamment, et qui tiennent à l'appétence de Sartet pour le beau sexe, appétence mise à mal par deux ans d’abstinence carcérale…

Un client généreux

Il y a celle où, à l’hôtel, il rémunère avec largesse Simone : «Eh ben si tous les clients étaient comme toi !, lâche la prostituée. - Ben profites-en ! C’est la première fois que je paye pour ça !» On le croit sur parole…

Il y a surtout celle – d’un érotisme torride - où, après avoir tué contre un rocher avec une violence extrême le poisson qu’il vient de pêcher, Roger rejoint Jeanne Manalese (Irina Demick). Nue sur sa serviette de bain, brûlante de désir (ah, ce mouvement de pied qui donne le signal du départ !), la bru honnie de Vittorio s’offre à ce tueur qui l’excite depuis la première minute où elle l’a vu…

Le sevrage tabagique

Lino Ventura est, lui, parfait en inspecteur scrogneugneu. Il est d’autant plus irascible qu’à l’évasion de Sartet s’ajoute un sevrage tabagique de 13 jours… C’est Ventura tel qu’en lui-même : direct, toujours prêt à sortir les poings dans le cas où un voyou refuse de répondre à ses questions…

Ce sera le cas dans une scène où il interrompt une séance de «photos cochonnes» (comme on disait à l’époque) dans le studio du dénommé Malik (André Pousse) qu’il soupçonne avec raison d’avoir confectionné la fausse carte d’identité de Sartet…

Le patriarche Gabin

Quant à Gabin, il est parfait en patriarche de droit divin. On le voit se servir à table avant les femmes, s’intéresser aux jupes de sa belle-fille française («Aldo, tu devrais lui dire de ne pas s’habiller si court !»), décider de tout…

Bien sûr, il est insupportable mais c’est ainsi qu’on l’aime, le «Vieux» (comme le surnommaient Delon – alias «Le Môme» et Ventura – dit «le Lino») : bougon, grognon, ronchon mais toujours impérial dans ses répliques…

La langue italienne

Ainsi, après la séance de Sartet avec Simone qui faillit mal tourner, sort-il à ce dernier ses quatre vérités. Il trouve son projet de hold-up séduisant mais… « C’est en toi que j’ai pas confiance parce que tu ne dépasses pas le niveau de la ceinture ! T’as bien failli nous envoyer tous en galère cette nuit et tout ça pour aller faire le con dans un hôtel de passe ! »

Bref Gabin est parfait.

Avec un bémol cependant : chaque fois qu’il le pratique, son italien fait ricaner quiconque maîtrise la langue de Dante et de Berlusconi ! La faute aux producteurs principaux du Clan des Siciliens ! Américains, ils ont, selon leurs habitudes, imposé qu’il n’y ait ni sous-titrages ni doublage…

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