Monsieur Vincent et les pauvres

Les pauvres sont les "héros" du film "Monsieur Vincent", que son réalisateur Maurice Cloche a su présenter avec un réalisme parfois "dérangeant".
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L'une des réussites de ce "film édifiant" sorti en 1947 est de montrer des pauvres de manière réaliste. Résultat : comme dans chaque groupe humain, on trouve chez eux des gens sympas et... de sinistres personnages qu'on veut fuir comme la peste...

Michel Bouquet

Dans la famille "pauvres sympathiques", il y a, entre autres, le tuberculeux joué par Michel Bouquet, que Monsieur Vincent (Pierre Fresnay) a accepté d'accueillir dans sa chambre d'hôtel...

Il s'agit d'un ouvrier de la dentelle, que les patrons ne veulent plus faire bosser car il tousse sans arrêt. Il crache le sang aussi, et depuis sa jeunesse...

Que de bruits !

Une fois couché, Monsieur Vincent ne peut fermer l'oeil à cause des bruits de la maisonnée, que le tuberculeux lui commente...

Les engueulades, qu'on entend, là, c'est le type du premier qui vient de rentrer : "Depuis qu'il travaille plus, il tape sa femme toutes les nuits... - Que faire ? demande Vincent. Dormir !", répond le jeune homme.

Jean Anouilh

Du reste, "l'homme et la femme vont finir par s'arranger... Et ça fera un enfant de plus !"

De fait, on les entend désormais roucouler comme des tourtereaux et l'on devine que l'homme irascible a décidé de se montrer plus chaleureux avec bobonne...

Puis on entend la folle du 3ème, qui se met à hurler...

"C'est comme ça tous les soirs !"

Suit une longue tirade de Michel Bouquet, qui permet d'apprécier les talents de dialoguiste de Jean Anouilh, par ailleurs coscénariste du film avec Jean Bernard-Luc.

Jean Carmet

"On s'en doute pas dans les églises de ça !, poursuit le tuberculeux, mais ça dort pas les pauvres la nuit, ça s'insulte, ça se bat, ça tousse ! Puis ça en fait d'autres..."

Cette scène est importante pour Monsieur Vincent : "J'ai appris cette nuit quelque chose de terrible, dit-il à son adjoint Portail (Jean Carmet). Avant de songer à sauver leur âme, il faut donner aux malheureux une vie où ils puissent prendre conscience d'en avoir une !"

Le dortoir

Maintenant, en ce qui concerne les pauvres moins sympathiques, une scène d'une grande violence permet d'en croiser de nombreux...

Il s'agit de la scène du dortoir où Monsieur Vincent recherche une place pour loger un nouveau venu... Le saint prêtre est accompagné de Madame de Marillac, qui envisage de travailler à ses côtés...

"Qui va mieux ici ?, demande-t-il.

Qui peut donner sa place à plus malade que soi ?"

Une place de libre

Pas de réponse.

Mais Monsieur Vincent aperçoit qu'un homme alité est passé de vie à trépas. Sollicité pour une autre activité, il quitte les lieux après avoir demandé à Madame de Marillac de veiller à ce que le transfert s'effectue convenablement...

C'est alors que surgit de derrière le lit du mort, un pauvre qui se met à hurler : "Cela fait trois jours que j'attends sur le carreau qu'il crève pour prendre sa place... Elle est à moi, sa place, il me l'a dit avant de mourir. J'veux mourir dans un lit, moi !"

Bagarre

Mais l'homme est à peine couché qu'un aveugle se jette sur lui en hurlant à son tour qu'il veut aussi cette place. Une bagarre éclate. Une servante, affolée, accourt vers Madame de Marillac, suppliante : "Arrêtez-les, Madame, on n'en peut plus ! Ils nous insultent, ils nous crachent au visage et il faudrait les aimer en plus..."

Les pauvres se mettent à crier de partout : "On n'est pas des chiens ! On n'est pas des chiens !"

Madame de Marillac

Devant pareil spectacle, c'est peu dire que Madame de Marillac est apeurée, elle est tétanisée !

Il est vrai qu'elle avait avoué peu de temps avant à Monsieur Vincent : "J'ai peur des pauvres !"

Le futur saint lui avait répondu : "Ce sont des hommes durs et injustes, mais il faut les servir comme nos maîtres et les aimer..."

Un sacré programme pour cette femme qui, suite à ce pugilat, voudra renoncer au service, avant de se rétracter quelques minutes après, "dopée" par l'exemple que Monsieur Vincent sait donner en toutes circonstances.

Les derniers mots

Sentant venir sa fin, Vincent de Paul demande à voir la dernière recrue des soeurs de la Charité pour lui livrer quelques conseils concernant les pauvres. Conseils qui peuvent faire office de testament spirituel.

"Plus ils seront laids et sales, lui dit-il, injustes et grossiers, et plus tu devras leur donner de ton amour. Ce n'est que par ton amour que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donnes..."

"Monsieur Vincent", Maurice Cloche, DVD (Canal Plus Classique)

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