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JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Mon jardin en Méditerranée : palmes, épines, couleurs... et passion !

Ceiba speciosa, mon arbre bouteille au tronc si superbement épineux

Chorisia speciosa. Le plus beau kapokier du monde est… le mien ! Cette espèce hors norme a le tronc couvert d’épines robustes, des feuilles palmées comme un baobab

Franchement… quand on a vu une fois cet arbre bouteille, aussi appelé Toborochi, Palo Borracho (bâton ivre) ou Arbol botella, couvert d’une multitude d’épines, on ne l’oublie pas ! 

Présent dans de nombreux jardins subtropicaux et très méditerranéens, il reste assez rare en France continentale du fait de sa sensibilité au froid. Par contre, on le retrouve dans les beaux jardins de la côte orientale en Espagne, comme le montre ces photos prises à Valencia, où il atteint de belles proportions. 


Il existe une pépinière de revente de gros spécimens, absolument magnifiques (mais très chers), près de Barcelone, et qui exporte en France et au-delà ; mais, de l’aveu même de son gérant, pour trois spécimens vendus… un seul reprend. Si l’affaire n’est pas très rentable pour lui (il faut échanger les spécimens morts) elle sert d’enseignement pour le jardinier qui, même aisé, doit préférer la plantation de jeunes spécimens. 

Du rêve à la réalité !

En ce qui me concerne, après avoir fait germer et pousser avec succès diverses espèces de baobabs aux Antilles, pendant plusieurs années, je suis devenu assez fan des plantes de la Famille des BOMBACEES. Maintenant que j’habite à nouveau en métropole, c’est un peu délicat de satisfaire cette attirance, surtout en me refusant la « corvée » des plantes d’intérieurs ou d’orangerie (j’en ai eu des centaines à une époque, mais désormais… tout doit pouvoir pousser dehors toute l’année ou rien !). 

Pourtant, maintenant installé au sud du Roussillon dans un lieu très choisi, je peux faire pousser des plantes originales et climatiquement un peu…limite ! Pas de vrais baobabs, bien sûr, mais un Ceiba issu de la même famille… oui ! 

L’avantage de la région est triple : pluies très rares, ensoleillement maximal, gels brefs et généralement de faible intensité. Mais… les risques de froids exceptionnels ne sont pas du tout exclus et il ne faut pas trop "s’emballer" quand même ! En tout état de cause, il faut jouer de tous les atouts des expositions, abris naturels, etc. pour donner à chaque plante la meilleure situation.

Puisque j’avais décidé de planter un Ceiba speciosa, j’ai attendu de savoir exactement quel emplacement je pouvais lui réserver de manière définitive avant d’en acheter un. Il me fallait un endroit impérativement abrité des vents des secteurs nord-est à nord-ouest, exposé plein soleil et aux premiers rayons du matin afin que la terre et la plante se réchauffe vite en cas de nuit froide. Après quelques travaux près de la maison, j’ai pu « défoncer » un coin de terrasse, pour accéder à la terre sous la dalle de béton armée, puis j’ai construit une grande jardinière de deux hauteurs de moellons, soit 40 cm de haut, et de 100 x 150 cm de côtés, que j’ai rempli d’un mélange terreux sablo-limoneux enrichi de compost très décomposé. Ainsi un peu en hauteur, les végétaux y sont à l’abri des courants d’air au sol et l’emplacement est idéal pour quelques belles plantes plutôt fragiles que j’ai associé au Ceiba. 

Une fois le lieu près, pas question donc d’acheter un gros spécimen, mais plutôt un baliveau de 6 à 8 ans. C’est chez Josep Aguer, pépiniériste à Cabanes (près de Figures) un peu au sud de la frontière avec la France, que j’ai trouvé mon bonheur. Ce pépiniériste fait de la production "à la rustique", comme je les aime : on est aux antipodes de ce que vendent des usines commerciales comme Jardiland, Botanic, etc. Chez lui, les conditions de culture sont plutôt rudes, si bien que les plants sont robustes, même pour les espèces et variétés qu’il ne produit pas lui-même. 

Mon kapokier a donc été choisi en containeur, de 2,50 m de haut, diamètre du tronc (à 1,30 m) de 4,5 cm. Il y en avait 6 exemplaires, mais j’ai choisi celui qui avait le plus d’épines et de surcroît les plus grosses. La raison est simple : un jeune pied avec peu d’épines ne fera jamais beaucoup d’épines, et un pied avec de petites épines fera toujours de petites épines (comme on le voit sur les photos des beaux spécimens pris à Valencia). Par contre, un pied avec beaucoup de grosses épines gardera cette richesse en grandissant sur la majeure partie de son tronc. 

Sauf qu'après 5 mois de plantation, le mien avait cette allure là !

Épines à gogo !

L’écorce était gris verdâtre à l’achat. En quelques mois elle est devenue verte, ce qui donne un très bel effet avec les épines. Reprise très facile, et très bonne croissance la première année ou, pour mon plus grand plaisir, j’ai pu rapidement voir « naître » de nouvelles épines sur le tronc, preuve de la croissance en diamètre de celui-ci. 


D’abord, ce ne sont que de minuscules points brun clair, mais rapidement ces points enflent et deviennent une nouvelle épine en moins de 5 mois. Parfois, une épine en supporte une autre, parfois les épines sont doubles, parfois elles sont très serrées, parfois plus espacées ! 

Planté en janvier 2014, mon Ceiba est devenu magnifique dès l’été suivant, profitant des conditions très favorables que je lui ai réservées. Malgré la sécheresse assez chronique chaque année ici, je modère les arrosages (une fois par semaine maximum), car j'ai remarqué que, partout où j'en ai vu dans des jardins, ils poussent dans des conditions de sols secs à frais. Quelques gels brefs plus tard, sur les trois hivers, et voilà ce que donne son évolution à 6mois, puis 12 mois puis 18 mois après plantation :


Quand je l’ai acheté, il était défeuillé. L’hiver suivant, il a perdu toutes ses feuilles fin décembre. Et l’année d’après, en février, toutes les feuilles non exposées au vent sont restées sur les branches. Voilà donc à quoi il ressemble en février 2016 : 

et pour comparaison, ce qu'il était en juin 2014 :

Il ne me reste plus maintenant qu'à attendre sa première floraison, qui devrait ressembler à celà 

Les compagnons de sol de mon Ceiba speciosa

Profitant de ce petit coin bien p0rtégé, avec le kapokier j'ai aussi planté : 

  • Abutilon mégapotamicum parce qu’il fleuri toute l’année et de manière particulièrement soutenue durant tout l’hiver (j’ai prélevé une bouture sur une spécimen très sympa, à grosses feuilles, vu du côté de Céret et dont certaines branches trainaient jusqu’au sol sur le trottoir). Cet abutilon est résistant au froid, mais il est si florifère au coeur de l'hiver que près de la maison, c'est très beau.
  • Beaucarnea recurvata (Nolina recurvata), en souvenir des superbes spécimens vus à Funchal (Madère), notamment. Le mien est un pied qui provient d’un super marché de bricolage ! Comme le cœur était en très mauvais état, le magasin le bradait pour 4 euros. Vu son pied déjà sympa à l'époque, je n’ai pas hésité une seconde pour l’acheter car j’étais certain qu’il repartirait. Et depuis… il donne d’ailleurs le meilleur de lui-même et son pied à tripléde volume  en 4 ans. 
  • Chamaedorea oblongata, issus de semis en godets, et qui fleurissent 5 ans après déjà. Bien que réputés très sensibles au froid (donnés pour geler à -2°C !), içi ils ne semblent pas souffrir (pour l’instant ?). 
  • Hibiscus rosa-sinensis à fleurs simples rouge vif. Là encore c’est un pied trouvé dans un magasin, à 2 euros, vendu à ce prix après avoir perdu toutes ses fleurs et boutons floraux. Il tient bon et « poussotte », mais je sais qu’il lui faut encore du temps car malheureusement ces plantes sont traitées au nanifiant, dans les serres de forçage, afin de former des touffes compactes ! 
  • Pelargonium grandiflorum à fleurs pourpres, un pied acheté à 3 euros en Espagne et qui pris un joli port à la fois retombant (le long du muret) et en touffe très florifère. 
  • Begonia semperflorens, je l’ai trouvé tout défleuri et en partie écrasé, dans son petit godet jeté dans une poubelle de trottoir. Il ne cesse de fleurir sans broncher depuis 4 ans ! 
  • Bégonia Dragon Wing ‘Red’, un autre pied défleuri et en partie cassé, jeté avec son pot en terre cuite dans une poubelle à l’entrée d’un cimetière. La pleine terre l’a vite revigoré et lui aussi fleuri en permanence.

À propos de l'auteur

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JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
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