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JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Mon jardin en Méditerranée : palmes, épines, couleurs... et passion !

Comment je protège mes palmiers contre Paysandisia et Rhynchophorus

La lutte contre les insectes parasites des palmiers : agir ou voir mourir les plantes ? En Roussillon voici comment je traite et capture. Juste un témoignage

En cultivant de nombreux palmiers de différentes espèces, variétés et tailles dans mon jardin, comme le font depuis des décennies particuliers et collectivités dans la région, je suis confronté aux parasites que sont le papillon Paysandisia archon et le charançon rouge Rhynchophorus ferrugineus. Je réponds à l’obligation légale de lutter contre le charançon, mais j'agis par passion pour les palmiers et les plantes, avec les moyens et le temps que je peux leur consacrer !

Posons le décor des assauts de parasites des palmiers en Roussillon et Emporda

Mon jardin est à 6 kilomètres de l’Espagne et 16 kilomètres de la mer Méditerranée, au pied des Albères, et comme je sillonne pas mal toute la région des deux côtés de la frontière, j’observe l’ampleur des dégâts des attaques parasitaires sur les palmiers.

Phoenix canariensis, Trachycarpus fortunei et Chamaerops humilis sont de très loin les plus touchés en Roussillon comme dans l’Emporda. Dans une moindre mesure, Phoenix dactylifera est quelque fois touché, et encore plus rarement Jubaea chilensis (mais ce palmier est bien moins fréquent) ! Aucune attaque sur Syagrus (pourtant assez courant) ni sur les divers Butia ; les Washingtonia semblent également beaucoup moins attaqués.

Beaucoup de collectivités traitent pour préserver leur riche patrimoine de palmiers ainsi que les producteurs (les photos sous le titre témoignent d'actions de sauvegarde). Mes amis pépiniéristes espagnols (sur Figueres, Roses, L’Escala…) mènent une lutte acharnée. La commune de Saint-Cyprien côté français a publié un bulletin municipal spécial palmier en juin 2013, très bien fait, afin d’alerter la population et lui fournir conseils et adresses (voir extraits en bas de page).

Mais la gravité du problème dans nos régions transfrontalières tient :

  • Au nombre phénoménal d’habitat saisonnier vides 9 à 11 mois de l’année (ou plus !). Partout où cette concentration existe (de Port Leucate au Barcarès, de Canet-en-Roussillon-plage à Argelès-plage, de Llança à Roses et de Santa-Margarida à Empuriabrava ou l’Escala…), le spectacle des grands phoenix morts est omniprésent. La marina d’Empuriabrava en est un triste exemple.
  • À la méconnaissance totale des populations sur ces parasites, voire à leur indifférence face à la mort de ces arbres [à Banyuls-sur-Mer, n’a-t-il pas été écrit il y a quelques années « nous pourrons enfin retrouver nos arbres locaux comme le platane (sic !)].
  • À l’inconscience de nombre de particuliers (mais pas seulement, hélas!) qui coupent leurs palmiers malades et jettent absolument de partout les tronçons de stipe et têtes attaqués dans la nature)
  • Au fait que, même informés, bien des personnes ne veulent ou ne peuvent dépenser de l’argent pour faire traiter leurs palmiers.

Ces quatre facteurs me semblent les clés de la propagation des parasites et donc de la gravité des atteintes.

Paysandisia archon, ce que je constate chez moi

Ayant fait le choix d’être travailleur à domicile, j’arrive à observer un peu mieux ce qui se passe sur mon terrain que si j’étais travailleur à l’extérieur. J’ai eu une attaque de Paysandisia sur un Chamaerops humilis ‘vulcano’ en 2013 qui a bien failli lui coûter la vie. J’avais ramené du Périgord à la fin octobre 2012, deux exemplaires que j’avais aussitôt mis en terre. Un seul a été attaqué, que j’ai découvert dépérissant en avril 2013. Je ne pensais pas qu’il aurait pu y avoir encore une ponte de Paysandisia en fin octobre ou début novembre ! 

Voilà à quoi ressemblait le palmier juste après avoir tirer sur la flêche desséchée.


Les feuilles du cœur commençaient à pourrir à la base des pétioles noyés dans une sciure humide. J’ai ôté les parties mortes, j’ai curé entièrement le cœur jusqu’aux traces encore vivantes puis j’ai effectué un double traitement à deux jours d’intervalle au cas où il resterait d’autres larves dans le stipe. Une fois la pourriture enlevée, voici l'aspect du coeur, et... OUF ! 10 cm en dessous... il reste des tissus bien vivants. 


Peu à peu ces tissus se sont développés en faisant émerger de minuscules "ersatz" de feuilles, excentrées. Puis l'ensemble s'est organisé et une nouvelle tête est apparue, décalée par rapport au stipe. Voici 20 mois après l'aspect du Chamaerops.

Et par comparaison, voici les deux vulcano, avec à gauche celui qui a été attaqué et à droite celui qui est resté sain. Les deux avait exactement la même taille en 2013 !


Comment j’attrape tous les Paysandisia quand je les surprend dans leur vol !

Les vols de papillons observés ont été nombreux en 2013 et 2015, par exemple, mais chaque année ils ont lieu à peu près à la même période juillet, août et septembre entre 10h et 15h par forte chaleur, et même deux fois par temps couvert (ce que semblait pourtant contredire la littérature) sur le sujet ! Je n'ai pas eu l'occasion d'en voir voler à d'autres heures et d'autres époques (mais je ne suis pas non plus dehors en permanence à les attendre). Mâle ou femelle... pas de différence sur leurs choix pour se poser : ils choisissent presuqe toujours Yucca elephantipes, Livistona australis, Yucca filamentosa, Chamaerops humilis et Phoenix canariensis en premier choix ! Pas d’observation de pose sur les autres espèces de palmier ou de yucca ni sur toutes les autres plantes environnantes (phormims, cassia, beschorneria...). Par contre, hasard ou pas, j’ai constaté à chaque fois que les mâles volent un peu moins vite que les femelles (observation sur une trentaine d'individus capturés dont 10 mâles).

Ils ont quand même un vol très rapide, mais j’arrive malgré tout à les attraper (un peu plus de 9 fois sur 10) avec un petit filet à papillon (18cm de diamètre, et manche de 90cm de long). Après quelques essais, ma méthode est la suivante : je suis un papillon du regard sans bouger jusqu’à ce qu’il se pose. Ensuite je me « bousille » la vue à fixer l’endroit où il est tout en avançant de manière calme, sans aucun geste. Une fois à distance (1,20m), j’amène (très) lentement le filet à 50cm au-dessus du papillon. Et d’un coup brusque j’abats le filet sur lui en poursuivant le mouvement jusqu’au sol. C’est la seule manière avec laquelle je réussis à les capturer vivants. Si le diamètre du filet est étroit, c’est pour ne pas l’accrocher dans des feuillages en agissant ! Si le manche n'est pas plus long, c'est que le geste est bien plus délicat à gérer rapidement.

Après, vient hélas la « boucherie ». Je coince le papillon dans le filet, le fait entrer dans un petit sac plastique et… l’écrase ensuite ! C’est vraiment dégueu, mais peut-être pas pire que de crever avec un traitement !

Quels palmiers je traite, quand je traite et avec quoi ?

Ne voyant et n'attrappant très logiquement qu'une petite minorité des papillons présents en période propice, et depuis le coup du volcano attaqué, je traite soigneusement toutes les espèces de palmier (dans les genres Arenga, Brahea, Butia, Butiagrus, Chamaedorea, Chamaerops, Jubaea, Livistona, Parajubaea, Phoenix, Trachycarpus, Washingtonia…) dont les pieds ont plus de 4 ans, avec une attention encore plus poussée pour les spécimens ayant déjà un stipe formé. 4 ans, c'est sans doute beaucoup trop jeune, mais j'ai quand même vu des Trachycarpus attaqués en n'ayant que 6-8 ans d'âge, sur Céret et Amélie-les-Bains.

Même s’il me faudrait normalement passer par un professionnel ayant l’agrément pour l'usage des traitements phytosanitaires, la situation est bien assez grave pour passer outre et AGIR ! En plus, vu les coûts d'intervention... c'est financièrement IMPOSSIBLE. Acteur de l’aménagement du territoire et écologue de formation, je pense être parfaitement responsable dans ma manière d’agir et au moins, j’empêche la propagation de ces redoutables espèces parasites dans mon secteur. 

Sous les conseils étroits de Josep Aguer, pépiniériste et producteurs de palmiers à Cabanes (près de Pont de Molins, un peu au nord de Figueres - Espagne), je distingue trois périodes de traitement :

  • La période printanière : du 1er mars au 30 juin

4 applications de traitements insecticides espacées de 21 jours à 1 mois réalisés sur cette période. IMIDACLOPRID 20 – Contre Paysandisia et Rhynchophorus

  • La période estivale : du 1er juillet au 31 août

3 applications espacées de 20 jours de CLORPIRIFOS ® 48 – Contre Paysandisia surtout

  • La période automnale : du 1er septembre au 15 novembre

4 applications de traitements insecticides espacées de 21 jours à 1 mois réalisées sur cette période. IMIDACLOPRID 20 - Contre Paysandisia et Rhynchophorus

Comment je traite mes palmiers contre papillon et charançon

Je procède uniquement avec un arrosoir, à déversoir suffisamment long pour agir exclusivement au centre du palmier, à la base des feuilles. Je ne laisse aucun écoulement ni sur les palmes, ni sur le stipe, ni au sol afin de ne surtout pas affecter d'autres insectes.

Je prépare une solution dosée à :

  • 1ml/litre (soit 20 gouttes) pour IMIDACLOPRID 20
  • 2 ml/litre (soit 40 gouttes) pour CLORPIRIFOS ® 48

Ensuite, je remplis au fur et à mesure de mes besoins mon arrosoir que je déverse en deux fois dans la couronne des palmiers à raison de :

  • 5 à 10 l pour un palmier à diamètre de stipe définitif (échelle et escabeau bienvenus !)
  • 2 à 5 l pour un palmier à stipe en début de formation et à feuillage important,
  • 0,5 à 2 litres pour les petits palmiers.

Je ne travaille que par temps sans vent, évidemment (et surtout quand il faut monter en haut de l'échelle en plus !), et hors jours à risques de pluie. En clair, je préfère repousser de quelques jours plutôt que de prendre le risque de voir une pluie laver le traitement hors du coeur des palmiers, ou un coup de vent violent provoquer des éclaboussures hors coeur. En plus, c'est moins problématique pour la santé perso.

Enfin, je travaille tôt le matin, entre 6 et 7 h. J'ai remarqué que l'activité des insectes est très nettement plus faible à cette heure là que dans la journée ou le soir.


Où acheter les produits de traitement pour les palmiers

Je les achète en Espagne, dans la coopérative agricole M.CAZORLA,S.L., a des prix défiant toute concurrence (prix 2015) !

  • IMIDACLOPRID 20 : bidon de 1 litre à 15 €
  • CLORPIRIFOS ® 48 : bidon de 1 litre à 9,5 €

Pour se rendre à la coopérative, ce n’est pas très facile à trouver quand on ne connait pas, donc voici des plans pour vous y retrouver, avec un des accès possibles (vous pouvez aussi prendre la sortie Llança depuis la déviation, et aussitôt sur la bretelle de sortie direction Figueres, passez deux rond-points et remontez la route en direction de Cabanes). En arrivant par le tracé en pointillé mauve, je passe devant la pépinière (viver) Josep Aguer !

Accueil très sympa à la coopérative, et la responsable parle en plus français !

Voici 3 pages du fascicule produit pas la municipalité de Saint-Cyprien


À propos de l'auteur

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JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
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