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JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Mon jardin en Méditerranée : palmes, épines, couleurs... et passion !

Comment je protège mon jardin des dégâts dus aux animaux sauvages

Sanglier, chevreuil, castor, lapin, campagnol… belle faune, sauf qu'au jardin je fais en sorte qu’elle respecte un minimum mes plantes et mon travail. Non mais !

Comme mes aïeux, je jardine, vraiment. Eux le faisaient pour vivre, moi je le fais un peu pour me nourrir et pas mal pour la satisfaction de l’esprit et la paix que cela m’apporte –en rupture avec les écrans, automatismes et autres artifices en tous genres que je dois affronter aussi par ailleurs (et pas toujours avec plaisir !). Comme j’aime à le préciser, « Mon jardin est c’est improbable lieu de toutes mes contradictions ! »

Mais je suis en dilemme permanent entre la nécessité de ne pas entraver la nature et celle d’en préserver certaines richesses que j’entretiens avec « jalousie » pour y puiser à volonté de manière privilégiée ! 

Alors, « mon » jardin… exclusivité ou partage ? Avec la faune sauvage, la question ne se pose même pas, pour elle en tout cas. Il doit y avoir partage ! Sauf que je ne suis pas complètement d’accord tout le temps ! 

Ayant vécu dans diverses régions, j’ai rencontré à trois reprises de gros problèmes de dégâts avec plusieurs espèces de la faune sauvage, essentiellement des mammifères. Partant du principe qu’il y a nécessairement une part de ce que je fais et de ce que je plante qui profite à d’autres êtres vivants, je tolère bien sûr quelques attaques d’insectes, d’oiseaux, de champignons et moisissures, et une dent légère des herbivores. J’ai d’ailleurs pour habitude de produire plus de fruits et légumes que ce que je consomme, comme ça… tout le monde peut y trouver son compte. Mais quand certaines espèces confondent mon jardin avec un restaurant libre-service, où quand elles se mettent à dévorer ce que je cultive pour le plaisir esthétique… là, je m’insurge. 

Première confrontation avec le chevreuil 

J’ai vécu dans une vallée cévenole du sud Lozère avec une petite maison entourée de 4 ha de terrain en bord de rivière. La richesse en faune était très grande, un vrai bonheur. Mais j’ai eu à subir de gros dégâts de sanglier, de chevreuil et de castor, alors que l’incidence des autres espèces était acceptable (cerf, lièvre, campagnols…). J’ai adopté trois modes d’action très efficaces qui ont fait leurs preuves durant les 15 ans où je les ai utilisés, sans me priver des autres animaux (batraciens, reptiles, oiseaux, rongeurs, renard, genette…). 

Le chevreuil est un "goûte" à tout, très tenté par ce qui est nouveau. Il écorce les jeunes arbres avec ses dents, mangent les bourgeons et les pousses terminales,  ou frotte ses bois avec violence contre eux, ce qui entraine la mort des tissus. Le jeune arbre peut repartir sous les blessures (comme ci-contre avec un peuplier de 6 ans), ou mourir si c'est un résineux (photo du haut).

Contre la dent du chevreuil, j’ai utilisé du répulsif. La raison en est simple : habitant dans un secteur peu occupé par l’homme, repousser les chevreuils à l’aide de produits à l’odeur très désagréable pour eux est facile. Les chevreuils vont puiser leurs nourritures plus loin, sans nuire à d’éventuels voisins et sans être tentés d’insister par manque de disponibilité de nourriture. J’utilisais du répulsif à base d’épices acheté en coopérative agricole. Au lieu de le diluer à 1% comme conseillé et de le pulvériser sur les plantes (à renouveler toutes les 5 semaines), j’ai préféré utiliser le produit pur sur banderoles. Pour cela, j’ai déchiré des lanières de tissu dans de vieux draps (environ 5 cm de large et 50 cm de long) que je trempais dans le répulsif avant de les nouer autour de branches piquets, à 60 cm du sol, contre les plantes à protéger. Je ne renouvelais l’opération que 4 fois par an, sur les 200 piquets (pour 4 ha, quand même !), pour un résultat parfait et à mon sens le plus économique. 

La dent du castor… encore pire que celle du chevreuil 

Au même endroit, j’ai découvert un jour avec effroi, après 15 jours d’absence, des arbres plantés depuis déjà plus de 10 ans aux abords de la rivière entièrement coupés au-dessus du sol, et plus ou moins débités ou ébranchés et défeuillés !!! Aulnes, saules, noisetiers, cercidiphyllum et cornouiller kousa… ainsi que les fines tiges de kerria du Japon, les jeunes pousses de bambou, et j’en passe. J’ai immédiatement reconnu l’action du castor. De fait, j’ai trouvé ses empreintes à quelques endroits. J’ai eu la chance de l’observer aussi. Un jeune mâle, visiblement en quête d’un nouveau territoire. C’est là que j’ai compris combien les castors étaient géniaux sauf quand ils s’installent chez vous ! Jugez-en ci dessous. 

Le mal étant fait pour pas mal de pieds, j’ai quand même immédiatement protégé tous les autres arbres et arbustes en leur entourant la base du tronc ou des tiges de plastique sur 60 cm de haut. Bien attaché à trois niveaux de hauteur avec de la ficelle à botteler, le résultat fut instantané et durable. Le castor ne cherche pas à couper le plastique ni à le soulever. Placide, il préfère partir en quête de nourriture ailleurs. Ce qu’il a fait. Il a fini par déménager pour s’installer dans un coin plus sauvage à 3 km de là. On est resté copain. 

Le saccage des sangliers ! 

Après quatre ans de dur labeur pour défricher les 4 ha de terrain, remonter les murs des terrasses (bancels), dessoucher à la main des milliers de pieds de genêts, de ronces, d’églantiers et de bruyère à balai, une fois la terre redevenue cultivable et plantée, les sangliers sont arrivés sans crier gare et en une nuit ont retourné plus de 3000 m2 de terrain. Plants déterrés et piétinés, murets détruits, chaos de terre et de pierres… tout ça pour profiter des racines, des vers de terre et des petits rongeurs à nouveaux réinstallés sur le terrain ! Ci dessous, un sanglier en train de revoir la configuration du jardin !

Ça énerve. Vraiment ! J’avais accepté quelques dégâts de cerfs et de lièvres, mais ça… NON. La seule et unique solution dans mon cas ne pouvait être que la clôture électrique. J’ai pris mille conseils auprès du Centre Régional de la Propriété Forestière, auprès des coopératives agricoles et de la Fédération de chasse et l’ACCA locale… il fallait une clôture électrique. 

Ci-contre, la photo d'un coin de pelouse juste revue et corrigée, par les buldozers à pattes.

Très efficace, la clôture nécessite malgré tout un suivi permanent dans l’année, surtout sur une telle longueur (une branche qui tombe dessus, des herbes et ronces qui poussent contre les fils, de la terre qui s’éboule et laisse un trou important sous le fil du bas… et c’est foutu !). Des piquets de fer à béton coupé en 1m, des centaines et des centaines de mètres de cordon spécial sanglier disposés en 4 hauteurs (à 10, 15, 25 et 45 cm du sol), des queues de cochon en plastique par seaux entiers, un éléctrificateur sur secteur (plus fiable), quelques bonnes prises de terre bien placées, des heures et des heures de travail et enfin… la paix ! Un vrai petit budget, c’est vrai, mais quasi définitif pour de nombreuses années si l’on est soigneux. 

À propos de l’écartement des fils et de leur proximité avec le sol : il ne faut surtout pas qu’un jeune marcassin passe sous les fils car une laie se moque totalement de la clôture quand il s’agit de protéger l’un de ses petits. J’ai vu ce que madame est capable de faire dans ces cas là… c’est impressionnant. De plus, il faut absolument que les fils touchent le groin des animaux, seule vraie partie sensible chez le sanglier. Or, les sangliers avancent en quête de nourriture avec le groin près du sol, d'où l'importance de plusieurs fils vers le bas ! 

Ces insatiables lapins de garenne ! 

Après la Lozère, j’ai vécu quelques années en Dordogne, dans le bergeracois, au milieu d’un secteur de vignobles, avec un terrain de 2,5 ha de terrain. J’ai très vite profité d’une profusion de taupes dans la grande prairie fleurie que j’entretenais avec passion, et ailleurs, dans les massifs et les bosquets d’arbustes, d’une aussi grande profusion de chevreuils (voir dégâts sur chêne, ci-contre) et surtout de lapins de garenne. Ces derniers trouvaient même le gîte dans les bâtiments (garage, bûcher, atelier…) malgré la présence d’une chienne pourtant bonne chasseresse. 

Pour les chevreuils j’ai procédé comme en Lozère. Mais pour les lapins j’ai adopté des protections individuelles des plantes. 

En utilisant des manchons protecteurs de 50 cm de haut, en plastique maillé fin, j’ai réussi à repousser les lapins vers l’accès libre aux secteurs en prairie. Mais après plusieurs essais ! En effet, quand une plante est très appétissante pour un lapin, celui-ci n’hésite pas à pousser du nez la base du manchon pour atteindre le pied de la plante, ou à gratter avec ses pattes avant, et croyez-moi, c’est une vraie foreuse ! Donc, pour les plantes fragiles, trois piquets de bois en triangle et du fil à ligaturer pour bien tenir le manchon sur ces piquets ne sont pas de trop. J’ai par ailleurs accepté quelques dégâts de lièvres, de campagnols, d’écureuils ou de blaireaux… car c’est quand même un grand plaisir que de pouvoir profiter de cette vie sauvage tout de même fabuleuse ! Pour les taupes, par contre, je me suis résolu à simplement utiliser la terre bien meuble des taupinières, faute de pouvoir lutter vraiment contre elles (voir l’article Taupes au jardin, comment lutter, s'en débarrasser, faut-il les tuer ?). 

Nouvelle rencontre avec les sangliers, dans le Roussillon

Près de la frontière espagnole (66) où j’habite désormais, je suis à nouveau confronté à des dégâts de sanglier et de campagnols (ci-contre). Ce dernier est fort mignon, mais d'une gourmandise folle, et s'il est aussi nommé rat taupier, c'est qu'il vous soulève la terre pour réaliser des galeries à l'abri des rapaces et autres prédateurs, sur des dizaines de mètres de long, dans tous les sens, y compris pour traverser les allées ! 

Vue la richesse des collections végétales que je mets en place, pas question de tout voir détruit et labouré sur les 5000 m2 de jardin. Protéger le terrain des sangliers fut une priorité, sachant que dans le secteur, l’animal franchit aisément les voies expresses, laboure les ronds-points, s’amuse dans les lotissements et les poubelles, et migre chaque jour ou presque des Albères montagneuses vers le Tech, la rivière (soit 2 à 5 km) et vice-versa. J’ai d’abord clôt le terrain sur une moitié de la longueur (l’autre étant en surplomb de près de 10 m au-dessus du Tech) sur 1,50 m de haut, très renforcé par le bas, car les sangliers n’ont aucuns problèmes à déterrer ou soulever un grillage même bien tendu ! Photo ci-contre, notez les 4 fils, dont un en barbelé. Ces fils sont obligatoirement placés côté intérieur, pour retenir le grillage si un sanglier pousse de l'extérieur (dans l'autre sens, le grillage aurait tôt fait de lâcher) et attachés tous les 20 cm au grillage, pour pouvoir résister à la poussée et donner une forte rigidité à l'ensemble.

J'ai pris soin de laisser de l’espace sous ce grillage dans des endroits bien choisis, entre deux piquets rapprochés de 30 cm, ou entre deux arbres très proches (sans jamais fixer le grillage aux arbres, bien sûr !), pour que les tortues sauvages, les reptiles et les hérissons puissent circuler librement, et pour que les prédateurs naturels des campagnols puissent venir chasser (renard, fouine, genette). La protection semblait efficace durant quelques semaines, mais j’ai eu la désagréable surprise de constater un jour que les sangliers venaient à nouveau sur le terrain… sans forcer la clôture ! Donc, ils ne pouvaient venir que du côté rivière. Jugez plutôt avec cette photo ci-contre la hauteur qu'ils arrivent à franchir (8 m à cet endroit) !

Je savais que les sangliers n’ont aucun problème à passer une rivière tumultueuse et à franchir des berges abruptes de 2 m de haut, même rocheuses et glissantes, car j’ai pu constater leur manière de faire quand j’habitais en Cévennes. Mais là… sur 5 à 10 m ! Il m’a pourtant fallu admettre la réalité : avec une pente de 1800 % ou plus (mille huit cent pour cent) en terrain d’alluvions fossiles, les sangliers arrivaient bien à passer. Presque la verticale dans laquelle (à force d’insister) ils arrivent à dégager quelques appuis pour franchir les 5 m les plus inaccessibles du grand talus de surplomb. 

J’ai donc mis une clôture électrique, dans les règles de l’art (j’avais une longue expérience après l’épopée cévenole et les hordes de sangliers). Enfin tranquille ! 

Vraiment tranquille ? Non, même pas ! Il m’a en plus fallu placer des fils de fer barbelé sur l’angle du talus après de nouvelles intrusions. J’ai constaté que les sangliers qui arrivaient à passer l’angle du talus et se trouvaient confrontés à la clôture électrique paniquaient et finissaient par passer cette clôture plutôt que de se risquer à tomber dans la pente presque inaccessible. Une fois dans le jardin… bonjour les dégâts : pris au piège entre la clôture fixe et la clôture électrique, ils ne pensent plus qu’à une chose : s’enfuir. Du coup, ils donnent des coups de boutoir dans les grillages, cassent tout sur leur passage et finissent par arracher la clôture électrique ou le grillage pour sortir ! Avec le renforcement au fil de fer barbelé… la tranquillité est enfin trouvée, et je profite quand même des tortues, couleuvres, petits carnivores, huppes, perdrix et autres oiseaux en tout genre. Côté campagnols et autres rongeurs zélés, l’équilibre se fait à peu près, car les prédateurs naturels pouvant accéder (en plus sans la concurrence des sangliers qui les adorent aussi !) facilement au terrain , y compris les rapaces diurnes et nocturnes, il n’y a pas de surpopulation. Donc, je tolère ! 

À propos de l'auteur

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JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
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