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JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Mon jardin en Méditerranée : palmes, épines, couleurs... et passion !

Croissance expresse, floraison permanente... mes Nicotinia glauca

Le tabac glauque ou tabac arborescent est-il l'arbuste idéal ? Beau, délicat, il pousse très vite (3 m en 4 mois) se contente de peu et fleurit d'un superbe jaune.

Comme souvent avec moi, tout commence par quelques graines ramassées au hasard de mes pérégrinations ou de mes délectables errances ! Cette fois-là c’était dans la région de Valencia, en Espagne. Je l’avais déjà vu ailleurs, mais là j’ai pris le temps de le découvrir… le tabac glauque ! Et d’en ramasser quelques capsules chargées de graines bien « mûres ». C’était une fin décembre.

Explosion de sève, le tabac glauque bat des records de croissance ! 

De retour à la maison, en Roussillon, j’ai attendu le mois de mars pour « jeter » les graines sur la terre dans un pot (recouvertes d’une pellicule de la même terre prise sur le terrain). Fin mars, j’avais déjà une douzaine de plantules que j’ai transplantées par 2 ou 3 dans des godets début avril. Fin avril, les plants atteignaient déjà 10 cm de haut et je me suis empressé d’en mettre 11 en pleine terre avant la grande sécheresse estivale caractéristique de ce coin de France : 4 plants isolés, deux fois deux plants groupés et une fois trois plants groupés. 

Mais franchement… je ne m’attendais absolument pas avoir une croissance aussi fulgurante après. Fin mai, les 4 plants isolés et un duo de plants groupés atteignaient déjà 1m de haut, les autres ayant plutôt tendance à végéter dans les endroits très difficiles où je les avais plantés (terre très compacte et aride). La croissance n’a pas ralenti jusqu’en mi-juillet où les 6 plus grands plants dépassaient déjà 2 m, avec des feuilles énormes.  Les autres « poussotaient » toujours aussi mollement (40 à 60 cm de haut). Début septembre, un plant atteignait 2,5 m de haut, 5 dépassaient 2,80 m (3 m pour deux d’entre-eux), et les derniers restaient à environ 50 – 60 cm de haut ; mais TOUS étaient déjà en fleur ! Pour une plante ligneuse, je n’avais jamais vu cela, parole de forestier botaniste.   Le contexte est peut-être favorable au niveau des températures, mais pour le reste… Chez moi, les vents peuvent parfois être violents, ce qui est un inconvénient pour les plantes à croissance rapide. Les Nicotinia glauca n’ont jamais bronchés ! Le sol est assez pauvre : il s’agit d’anciennes alluvions appauvries et très compactées, très caillouteuses (ou plutôt très galeteuses !), qu’il faut piocher avant toute plantation. Les Nicotinia glauca semblent s’y délecter ! Les pluies sont très rares, et après leur plantation, la sécheresse a été exceptionnelle, de plus de 5 mois en continu. Les Nicotinia glauca se sont largement contenté des quelques arrosages et du soleil dardant imposant une forte sécheresse de l’air et des rayons brûlants. 

Remarque : mes « méthodes » de culture sont presque toujours fondées sur une mise à l’épreuve des plantes dès leur plus jeune âge. Fi d’une quête de conditions idéales, car la nature n’est jamais un « long fleuve tranquille » vis-à-vis de la vie et des plantes en particulier (qui n’ont d’autre choix que de subir stoïquement les aléas du lieu où elles vivent). Donc, contrairement à ce que j’ai pu lire ici et là, je n’ai pas offert un « bon terreau bien fin » ni « un terreau régulièrement vaporisé » à mon semis de tabac glauque. Cette manière de faire est un excellent test sur la capacité des espèces à s’adapter ou non à mon terrain et de voir également comment les graines se comportent si elles se sèment d’elles-mêmes dessus plus tard.       

Question sur le pouvoir colonisateur de Nicotinia glauca 

Fréquemment, les plantes qui s’installent aussi facilement dans un lieu ont des prédispositions à se révéler des envahisseurs, voire de véritables pestes végétales (buddleia, amorpha, phytolaque…), et sur ce point je suis très vigilant et sans pitié : si c’est invasif… j’élimine ! Aussi, dès l’apparition des fleurs puis des premières graines, j’ai observé attentivement l’apparition éventuelle de jeunes semis sur le terrain. Rien, et depuis… rien ! Il est vrai que par ailleurs, dans la région, je n’en ai observé que quelques pieds, comme sur les hauteurs entre Banyuls-sur-Mer et Port-Vendres, ou sur les berges souvent sèches de l’Agly (à Rivesaltes, par exemple), en pieds plus ou moins disséminés. 

Dans certains secteurs de Californie ou du Mexique, l’arbuste est considéré comme invasive, tout comme en Espagne aride, Nicotinia glauca s’avère pourtant une excellente fixatrice des sols et aide ainsi à la stabilisation des terrains sujet à érosion dans ces mêmes zones subdésertiques.  À contrario, en Crête, autre lieu aride (l’aridité semble très bien convenir à la plante), Nicotinia glauca est citée comme exogène mais pas comme invasive. 

Le problème de sa prolifération étant réglé chez moi, je n’ai plus qu’à profiter des atouts de cette formidable plante. 

Tout en couleur, le tabac arborescent est magnifique et léger 

Les premières semaines de sa croissance, et jusqu’à ce que la plante atteigne 2 m de haut, le feuillage est spectaculaire avec de grande feuilles lisses de 15 à 25 cm de long et 10 à 15 de large, d’un magnifique vert bleuté glauque assez rare (photo ci-contre). Cette feuillaison impressionnante explique la rapidité de croissance vue la surface très importante exposée à la lumière et donc la capacité à réaliser la photosynthèse. En poursuivant sa croissance, l’énergie est ensuite concentrée sur la floraison, elle aussi importante. Les feuilles deviennent donc plus petites, ce qui confère à l’arbuste un port très gracile. Je n’ai pas encore essayé d’en recéper un pour voir si les nouvelles pousses portent à nouveau de grandes feuilles. À vérifier !

Chez moi, depuis quelques semaines après leur plantation, les Nicotinia glauca n’ont jamais cessé de fleurir, peu ou prou, même au cœur de l’hiver. Les fleurs tubulaires de 4 à 5 cm de long (elles semblent juste taillées pour les colibris !) ont d’un très beau jaune vif à base verdâtre, regroupées en bouquets (panicules) terminaux sur les tiges. Une fois la floraison achevée (de 1 à 3 mois par bouquet), la pointe de la tige se dessèche alors que les capsules sont prêtes à libérer les graines. De nouvelles poussent feuillées apparaissent 10 à 20 cm plus en amont, sur la tige, et ainsi de suite. 

Quels problèmes de culture pour le tabac glauque ? 

Personnellement je dirais aucun, car il semble bien que l’aridité, le soleil et la chaleur interdisent tout simplement la présence de ces « prédateurs » et parasites connues en certains autres secteurs. C’est que le tabac glauque déteste les sols et climats humides et les espaces confinés (vérandas, serres…) où il est facilement attaqué par  des aleurodes pucerons, cicadelles, mosaïque du tabac… et aussi par les escargots et limaces. Dans ces conditions il gèle aussi plus facilement. 

Il est donné, par ailleurs, pour avoir ses feuilles qui gèlent dès -4°C à -5°C. Mais il a une souche assez résistante qui autorise (surtout avec un paillage du pied) à le cultiver dans des zones à gels plus élevés, - 6°C à -9°C (-10°C ?). Chez moi, à -4°C le feuillage n’a pas du tout souffert, mais il est vrai que les gels sont brefs et presque toujours suivis d’un rapide réchauffement/ensoleillement. 

IMPORTANT : cette plante est fortement déconseillée chez vous si vous avez des enfants. N’oublions pas que c’est une Solanacée et un tabac et qu’elle contient de la nicotine et des alcaloïdes… elle est donc toxique ! 

À l’inverse, cet inconvénient devient un véritable atout car qui dit nicotine dit insecticide, et une macération de feuilles permet de réaliser un puissant anti pucerons naturel idéal en pulvérisation pour vos autres plantes. J’ai testé et… j’ai adopté ! Perso, j’utilise 10 feuilles dans 1 litre d’eau durant 15 jours dehors en plein soleil dans un pot opaque à la lumière, puis filtré, je dilue dans 5 à 8 litres d’eau que je pulvérise à volonté sur mes plantes ornementales.

À propos de l'auteur

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JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
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