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JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Voyage et évasion, ici et là-bas... l'insolite et le pratique

Voyage aux Canaries, un jardin rare à découvrir sur l'île de La Palma

Incontournable évasion d'art, de botanique et d'histoire, la visite à l'Hacienda de Abajo révèle des plantes de collection, un lieu magnifique et paysagé.

Résultat de plusieurs années de restauration et d’embellissement, l’Hacienda de Abajo, à Tazacorte, est une ancienne ferme sucrière du XVIIe siècle transformée en « hôtel musée », le premier a être intégré (classé) dans la catégorie des « hôtels emblématiques » par le Patrimoine Historique de la Communauté Autonome des Canaries. La volcanique Île Verte de La Palma, aux paysages uniques, est déjà incontournable pour les amoureux de nature et les passionnés de flore, avec la présence importante de la Laurisylve, véritable relique de forêt naturelle primitive. Ainsi, depuis 2002 toute l’île est classée en Réserve de la Biosphère par l’UNESCO.

De l’intérêt d’un jardin d’exception : création d’un patrimoine

La rencontre avec Séverine et Sébastien Bano (*) est un grand moment d’émerveillement et de découverte. Passionné, ce couple de botanistes expérimentés est à l’origine de la réflexion autour de ces jardins rares, et de la diversité autant que de l’agencement de ces plantes dans un paysagisme savant. 


Ils sont connus pour leur travaux –notamment la création de la collection nationale de palmiers de Nouvelle Zélande au jardin botanique d'Auckland, leur étude sur le genre Rhopalostylis et pour la sélection des végétaux du nouvel aéroport de Jeddah –Arabie Saoudite. Voyageurs infatigables leur connaissance en agro-écologie ainsi que leur passion pour l'histoire et les milieux tropicaux les désignaient comme consultants incontournables pour ce projet. Allier la nature à la culture, au patrimoine et à l’économie, telle est l’intelligence de ce nouveau jardin.


Les constats qui fondent les jardins de l’Hacienda de Abajo :

  • Historiquement, les navigateurs ont ramené de toutes les contrées du monde des plantes originales, utiles, insolites, qui ont enrichis les collections des grandes demeures. Mais aujourd'hui, cet héritage non répertorié disparaît. La Palma se doit donc de poursuivre cette tradition séculaire en la valorisant et en poursuivant de nouvelles introductions.
  • L'Hacienda de Abajo recèle un patrimoine d'art exceptionnel, notamment la plus grande collection de tapisseries des Canaries (œuvres françaises et flamandes), une très précieuse pinacothèque avec des tableaux du XVe au XXe siècle, ou encore un prodigieux assortiment d'art oriental. Par ailleurs, cette richesse des collections en mobilier et objets précieux doit trouver son pendant dans la richesse et la rareté des collections végétales et de leurs mises en scène extérieures.
  • Au-delà des essences exotiques : Les îles canariennes et la Macaronésie au sens large possèdent des trésors botaniques qu’il est nécessaire de mettre en valeur aux yeux de tous.
  • Touristiquement, l’avenir de La Palma passe par un double challenge : développer une offre hôtelière d’excellence et compétitive avec un environnement paysager d’exception, digne des plus hauts lieux touristiques ; affirmer une identité qui lui soit propre et qui attire spécifiquement une clientèle à cet effet, sur le thème Nature & Patrimoine. Par ailleurs, le tourisme insulaire inspire immédiatement des concepts d’évasion, d’enchantement, d’odeurs et d’exotisme exacerbé. Pour tous ces points, la création d’un jardin botanique singulier est une fabuleuse solution capable d’offrir en plus… la magie de l’émerveillement !

Un jardin pensé dans toutes ses dimensions !

Forts de ces analyses, mais forts aussi du fabuleux travail qu’ils ont réalisé sur la nature des substrats, sur les données microclimatiques, hydrologiques et biotiques, Séverine et Sébastien Bano ont établi un ensemble de propositions qui aboutissent aujourd’hui à l’existence de cinq jardins d’une grande richesse.


Ils dévoilent aussi les limites dans ce type de projet : « le caractère du lieu (accueil de publics, de surcroît variés en âges et en origines), amène nécessairement quelques limites au choix des espèces ; pas de traitement chimiques (on privilégie l'emploi d'auxiliaires), pas de plantes piquantes ou irritantes, pas de plantes salissantes, et bien sûr pas de plantes malodorantes ! Pas d'espèces trop exigeantes ou complexes d’entretien. L'élagage sévère est évidemment proscrit. Un des paris les plus délicats aussi est de donner un ensemble cohérent, esthétique et viable dans le temps, a donc eu lieu une longue et savante sélection de végétaux à associer. Le choix de la répartition en 5 jardins selon des critères écologiques (type d'habitat, besoins en eau pour rationnaliser l'arrosage, etc.) et d’environnement architectural est aussi une incitation à la découverte ».


Une richesse en palmiers et végétation luxuriante exceptionnelle

Dans l’un des meilleurs climats de la Terre, le jardin, situé dans l’ancien potager du domaine, présente des plantes exotiques et des essences botaniques précieuses réparties en parterre de forme irrégulière. Les palmophiles apprécieront la diversités des genres présents : Areca, Arenga, Beccariophœnix, Bismarckia, Carpentaria, Carpoxylon, Chamædorea, Chambeyronia, Cocos, Cyrtostachys, Deckenia, Dypsis, Elæis, Hyophorbe, Jubæopsis, Licuala dont le très étonnant Licuala ramsayi , Lytocaryum, Pinanga, Pritchardia, Ptychosperma, Rhapis, Veitchia, avec des espèces aux formes et couleurs variées et spectaculaires. Un atout pour émerveiller les non-spécialistes.


Les emblématiques dragonniers (Dracaena draco), Phoenix canariensis et arbousier des Canaries sont les dignes représentants de la flore locale, mais ils ne sont pas seuls !

Les jardins recèlent des magnolias tropicaux rares, arbres à pain (Artocarpus), des cycadales variés (Ceratozamia, Encephalartos, Zamia, Dioon, Cycas), des plantes au feuillage spectaculaire (Aeonium, Alocasia, Begonia, Calathea, Monstera et Philodendron, Pandanus, en de nombreuses espèces) et des Bromeliacées, comme la plus noble et la plus époustouflante Alcantarea imperialis, dominées ici ou là par le célèbre arbre du voyageur.


Incontournables ou presque pour leur floraison ou (et) leurs senteurs côté : ylang-ylang, jasmin du Paraguay, poinciana, frangipanier, clivia, roses de porcelaine, oiseau de paradis… Mais aussi Allamanda, Alpinia, Anthurium, Costus dont l’incroyable Costus speciosus variegatus, Gardenia, Hedychium, Heliconia, Hibiscus, Hymenocallis, Ixora, Pachystachys, Petra, Streptocarpus, Streptosolen, et le spectaculaire Colvillea racemosa.


Arbres, arbustes, fleurs et plantes des contrées les plus diverses s’entremêlent pour former un de ces anciens jardins d’acclimatation qui contribuèrent tant à la diffusion d’espèces végétales rares provenant d’Amérique, d’Afrique ou du Pacifique tout au long des XVIIIe et XIXe siècles et qui font les délices aujourd’hui des visiteurs qui jouissent d’une météo exceptionnelle dans un environnement unique.

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(*) pour joindre Séverine et Sébastien Bano

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À propos de l'auteur

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JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
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