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JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Chauffage au bois, comprendre pour bien choisir, ce qu'il faut savoir

Poêle de masse, à accumulation, à inertie, différences et avantages

Brique, faïence, pierre ollaire ou volcanique, stéatite : pouvoir accumulateur des matériaux réfractaires et restitution lente de la chaleur, ce qu'il faut savoir

Les poêles de masse sont de fabuleux appareils de chauffe qui fascine beaucoup, tant par leur look souvent incroyable que par leur efficacité redoutable de chauffer en apportant un confort inimitable. Mais derrière les mots, que faut-il savoir pour faire le bon choix ? 

Poêle de masse, poêle à inertie, poêle à accumulation, des vocables différents pour parler concrètement et au quotidien d’un même principe. Levons un peu le voile sur l’effet de masse et l’inertie, connus depuis plusieurs siècles av. J.-C., utilisés aux époques romaine et gallo-romaine, et qui ne cessent d’être perfectionnés depuis quelques années sans ébranler pour autant toute l’efficacité des modèles de poêles et systèmes à accumulation les plus traditionnels utilisés depuis des siècles ! 

L’hypocauste des Romains posait déjà fondamentalement le principe ! 

Les Romains avaient largement utilisé le principe d’accumulation de la chaleur dans le sol suspendu (appelé la suspensura), formé d’une épaisse couche de mortier de tuileau, souvent doublé d’un lit de briques, chauffé par un ou plusieurs grands foyers placés contre ou sous lui. Long à chauffer, ce sol gardait par contre très longtemps la chaleur qu’il diffusait peu à peu de manière très agréable, bien après l’extinction des foyers. Surtout utilisé dans les thermes romains, l’hypocauste n’est pas qu’un souvenir. Non seulement il fut régulièrement repris de manière ponctuelle au cours de l’histoire dans des églises, des manoirs... mais il retrouve peu à peu un certain sens dans le cadre des nouveaux concepts d’habitat, et il risque fort de faire à nouveau parler de lui de manière plus affirmée encore. 

Le principe est adapté depuis longtemps de différentes manières dans des appareils de chauffe et des saunas : le Kachelofen, poêle de masse traditionnel alsacien, et le poêle de masse finlandais en pierre volcanique en sont des exemples. Aujourd’hui, d’autres concepteurs-fabricants proposent une large gamme de poêles à bois qui relèvent en partie ou totalement de ce principe. 

Inertie thermique d’absorption et poêle de masse 

Dans les poêles de masse (sens large), il s’agit de profiter au maximum de l’énergie du feu en accumulant la chaleur générée par les flammes, directement ou indirectement, dans les matériaux réfractaires (terre, pierre volcanique comme la pierre ollaire et la stéatite, briques, faïence…) qui composent l’appareil de chauffe, pour la restituer ensuite. 

On appelle à juste titre ces poêles de "poêles à accumulation", mais le vocable "poêles à inertie" désigne aussi très justement ces appareils puisque le pouvoir de leurs matériaux est de ne pas réagir instantanément aux fluctuations de l’air ambiant. Les deux principes "accumulation" et "inertie" pris conjointement définissent clairement l’effet de masse. Reste que certains fabricants font la différence entre "poêle de masse" et "poêle à inertie ou à accumulation" en considérant que 

  • le premier est composé en son cœur même de matériaux accumulateurs
  • les seconds ne seraient que des poêles à bois relativement "standards" auxquels sont ajoutés en surface des matériaux à forte inertie (faïence, grès, dalles de pierre). 

Pour être parfaitement claire, l’inertie thermique est la capacité d’un matériau à accumuler puis à restituer un flux thermique. En matière de bâti (écoconstruction) comme de poêles, de cheminées ou de cuisinières, l’inertie thermique, constituée par tous les éléments lourds situés à l’intérieur du volume à chauffer, permet un amortissement et un déphasage (décalage dans le temps) des variations de la température extérieure et intérieure. Cette capacité de stockage assure une valorisation maximale des apports calorifiques du temps actif de chauffe (flambée pour une poêle, ou rayonnement solaire pour un mur d'accumulation), avec à la clé des économies de chauffage. Les apports fournis par un système de chauffage par rayonnement sont donc optimisés. 

L’inertie d’absorption (ou d’accumulation), qui est l’une des formes de l’inertie thermique, est celle qui est recherchée dans les matériaux et la conception des poêles de masse : absorber la chaleur, la stocker et la restituer lentement, ce qui revient à homogénéiser les températures dans le temps et l’espace. 

Une question de choix qui doit être très étudiée 

Sans aller plus loin dans un débat sur la sémantique, la différence est bien réelle entre un poêle "maçonné" au cœur et intégralement pensé comme poêle de masse, et un poêle qui intègre ou s’habille de certains éléments à effets de masse. 

Les puristes ne voient que par les poêles maçonnés et certaines entreprises les réalises sur mesure. MAIS il ne faut surtout pas nier les atouts des poêles habillés de matériaux accumulateurs: ils présentent aussi de vrais atouts en augmentant la période de chauffe (sans flambée) de manière agréable. 

Les meilleurs poêles de masse sont redoutables d’efficacité : ils présentent une grande masse d’accumulation (ils sont très lourds, dépassant souvent une à cinq tonnes et plus) et diffusent pendant des heures la chaleur avec peu de cycles de chauffage. L’excellence poussée vers ses extrêmes autorise même une seule flambée de 1 à 2 heures pour 36 heures de chauffe de l’habitat et même pour le chauffage de l’eau chaude sanitaire et la cuisson d’aliments. 

Tous les avantages de ces appareils sont connus et incontestables, mais quelques réserves s’imposent pourtant : 

  • le poids très élevé de ces appareils nécessite une structure porteuse suffisante au sol, ce qui n’est pas toujours le cas (certains planchers et sols d’étage par exemple)
  • l’espace nécessaire pour un vrai poêle de masse est plus important que pour des poêles à granulés ou à bûches classiques,
  • un poêle des masse n'est pas adapté pour les personnes qui, occupant leur logement de manière aléatoire ou sporadique, recherchent une chauffe rapide (mais pas forcément durable) de leur logement,
  • cet équipement implique une mise en route assez longue pour donner le meilleur de lui-même,
  • en habitat bioclimatique ou de petite taille, un poêle de masse chauffe trop.

Enfin, l’investissement de départ qu’il nécessite est conséquent. Ces appareils ne s’acquièrent donc pas à la légère (sans jeu de mots !) et s’inscrivent dans un véritable projet d’aménagement de l’habitat et de choix de mode de vie. 

Présent pour très longtemps chez vous, un poêle de masse de qualité nécessite de ne pas se tromper sur ses dimensions et son emplacement, ni même sur son esthétique. Une fois dépassés ces aspects... vous risquez fort de ne plus jamais vouloir vous en séparer. 

Les poêles qui intègrent une bonne proportion de matériaux accumulateurs constituent un bon choix médian, pertinent, mais c’est à votre choix de poêle doit se faire en fonction de votre maison et de vos habitudes. Dans une maison qui se réchauffe vite le jour grâce au soleil, un poêle qui se décharge en fin de nuit, début de matinée, pour éviter la surchauffe ensuite, est très bien. Dans un logement exposé à la fraicheur et à l’ombre, mais bien isolé, choisir un poêle qui restitue la chaleur de manière très lissée avec une puissance quasiment constante, est un meilleur choix, etc. Vous l’avez compris... vous allez devoir vous rapprocher d'un bon conseiller qui, directement chez vous et avec vous, pourra évaluer la meilleure solution. Un poêle de masse peut difficilement se choisir autrement !

À propos de l'auteur

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JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
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