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JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Chauffage au bois, comprendre pour bien choisir, ce qu'il faut savoir

Se chauffer au bois : 6 bonnes questions à se poser avant de choisir

S'interroger à propos du combustible avant de faire le choix de l'appareil de chauffage c'est gagner du temps, car le bois impose de vraies contraintes !

Le chauffage fait couler beaucoup d’encre et fait l’objet de nombreuses informations et publications de la part de tous les acteurs de la filière : concepteurs, fournisseurs consommateurs, comparateurs… Le chauffage au bois est logiquement en première ligne vue ses intérêts et l’engouement qu’il suscite. Il est très facile de trouver de multiples réponses aux questions que chacun peut se poser sur les différents types d'appareils (chaudières, poêles, insert...), mais il y a des points à évoquer avant même de s'intéresser aux appareils !

1 – Vais-je pouvoir être localement approvisionné correctement en combustible bois ?

 C’est sans doute la question la plus cruciale à se poser avant même de s’arrêter sur un type de chauffage au bois et peut-être même sur le chauffage au bois. Ce type de chauffage, aux multiples atouts présentent quelques inconvénients, classiquement de faible importance, mais qui peuvent pourtant être particulièrement insurmontables pour certaines personnes, dont l’approvisionnement : il vous est nécessaire de savoir quel combustible vous pouvez avoir et à quel prix. Le problème est en effet différent de celui d’autres énergies puisque le bois est commercialisé sous diverses formes, en restant peu disponible ou avec un moindre intérêt dans les régions les moins boisées, sauf à coût élevé. La disponibilité du produit (bûches naturelles, bûches compressées, granulés, plaquettes) doit être localement suffisante, continue, concurrentielle et pour un produit de qualité. Il doit y avoir des fournisseurs près de chez vous (avec le moins d’intermédiaires possible !). 

Choisir un chauffage au bois c’est choisir une énergie renouvelable et le coût de combustible le moins cher du marché (bûches et plaquettes surtout). Or, si les coûts de livraisons sont élevés et que le produit est plus cher qu’ailleurs, du fait de sa distance à la source d’approvisionnement, le second objectif n’est pas atteint. En France, les régions Nord-Pas-de-Calais et Bretagne sont, par exemple, moins avantageuses pour le bois, car la ressource y est rare. D’autre part, même boisé en apparence, un secteur peut n’avoir que des massifs forestiers peu accessibles donc non mécanisables et où le bois de chauffage n’est donc pas aussi abondant que l’on pourrait l’imaginer. Il est à prix plus élevé. 

2 — Quel est le combustible en bois de qualité le moins cher ? 

Cette question est importante pour beaucoup de ménages et la quête du combustible pas cher est engagée depuis pas mal de temps. Rappelons que seul du combustible de qualité doit être choisi pour être en adéquation avec les appareils installés et l’efficacité de chauffe recherché. La réponse à la question « quel est le combustible bois de qualité le moins cher » est plurielle :

  • Idéalement, la réponse serait : « celui que vous avez exploité, débité et séché vous-même ». C’est le cas pour nombre d’habitants en milieu rural ou périurbain. Mais cela nécessite savoir-faire, temps et… parcelle à exploiter avec des essences de qualité (bois durs). 
  • Dans la logique de la question précédente, on peut aussi répondre : « celui que l’on trouve au plus près de chez soi », ce qui est le cas quand on habite dans une région riche en bois (taillis, bocages et bois, forêts) où l’exploitation forestière est active. 
  • La réponse est aussi : « en achetant en grande quantité auprès de fournisseurs au plus près de l’exploitant (peu ou pas d’intermédiaires) ». Achetez tout votre stock prévisionnel d’un coup, pour la saison de chauffe, et regroupez-vous pourquoi pas avec vos voisins ! Même si le combustible lui-même n’était pas à « prix dégressif selon volume acheté » (ce qui serait bien étonnant. Faites jouer alors la concurrence), les coûts de livraisons sont très amoindris. 
  • À compléter encore avec : « en achetant du bois sous forme de bûches naturelles ou sous forme de bois déchiqueté (plaquettes de bois) ». Si ce bois est de qualité, même ramené à pouvoir énergétique équivalent il reste moins cher que les granulés. Mais ce n’est pas tout. 
  • Ajoutons pour les bûches : « en achetant du bois en grande longueur, peu sec et non refendu ». Plus le bois est sec, plus il coûte cher. Alors, pourquoi ne pas établir une rotation chez vous sur deux ans en laissant sécher le bois un an et demi après l’avoir acheté au printemps ? En achetant des bois en 1 m ou, mieux, 2 m, vous économisez aussi notablement. Vous allez tronçonner ces bois à la longueur désirée et les refendre avant séchage. 
  • Et finissons avec : « le vrac coûte toujours moins cher que le même produit conditionné ». C’est vrai pour les bûches, les plaquettes et les granulés. La palette de bûches bien rangée, « carrée » et filmée coûte bien plus cher que des bûches livrées en vrac. C’est pareil avec le granulé en vrac et le granulé en sac. Pour une grande consommation, les produits très conditionnés sont en plus une absurdité si l’on est attentif à la préservation de l’environnement, avec des emballages inutiles et des bilans carbones plus élevés. 

3 — Quel combustible bois de qualité est le plus pratique et le plus propre ? 

La question est totalement différente de la précédente. Le seul prix du combustible n’est pas forcément ce chacun recherche. On peut vouloir utiliser des ressources renouvelables même en voulant des espaces de stockage et feu parfaitement propres, et utiliser un combustible particulièrement pratique (quand on est en appartement par exemple). Ces produits existent bien sûr : ce sont les bûches de bois compressé et les granulés de bois.

Parfaitement propre (si elle est de qualité !), calibrée, facile à ranger et à manier, la bûche de bois compressé est idéale surtout pour se faire des flambées d’appoint et de plaisir. Mais le combustible bois parfait (si l’on excepte le prix) c’est le granulé de bois de qualité, puisqu’il peut même s’utiliser exactement comme du fioul ou du gaz, sans la moindre intervention de votre part grâce à une automatisation totale du stockage et de l’alimentation de votre chaudière à granulés (plus rare pour les poêles à granulés, mais on s’en approche). 

4 — De quelle place dispose je pour mon installation de chauffage et mes stocks de bois ? 

Entre le petit poêle à granulés de bois pour apporter un confort d'appoint agrémenté du spectacle du feu, et l’installation de chauffage principale au bois pour tout le logement, le problème de la place disponible se pose de manières très différentes. Dans le premier cas, il existe des modèles spécifiques de poêles très adaptés aux petits espaces, avec des performances souvent surprenantes d’ailleurs, et quelques sacs de granulés de stock suffisent amplement, que l’on peut facilement garder dans une buanderie, un cellier ou une cave, pourvu que ces locaux soient secs et ventilés. Pour installer une chaudière à granulés de bois ou à bois déchiqueté, c’est une autre histoire : même s’il existe des modèles de plus en plus compacts, surtout avec l’automatisation totale, il faut de la place ! Bien sûr, les données avancées par les fabricants ne paraissent pas énormes, mais elles correspondent à un contexte idéal rarement présent dans les logements. 

Quand on parle d’espace nécessaire, ajoutons que cet espace est exclusivement réservé à la chaudière, au silo et au système d’alimentation. Pas question d’y faire sécher son linge, d’y conserver des aliments et d’y ranger diverses affaires... question de sécurité (et d’assurance !). Pour la chaudière seule, 4 m2 est le strict minimum. C’est très souvent plus. Classiquement, on estime que pour le silo à granulé, il faut pouvoir stocker 1,2 à 1,5 fois le besoin annuel en granulés (on ne connait pas à l’avance les rigueurs d’un hiver !). Notons avant tout autre chiffre que se chauffer dans le Doubs ne se compare pas avec se chauffer dans la plaine du Roussillon. Méfiez-vous donc des chiffres avancés parfois hâtivement sur internet : ce ne sont au mieux que des données moyennes. En plus, les dimensions du silo sont variables selon les chaudières et les fabricants. 

Pour s’aventurer à donner un chiffre : pour une maison de 150 m2 avec 4 personnes, par exemple, un stock de 9 à 10 tonnes est classique et une surface au sol nécessaire de 5 à 8 m2 également. N’importe quel endroit ne convient pas. Le sol doit être robuste et stable, vu le poids, le silo doit être conçu pour évacuer au mieux tout le granulé par le bas. On doit pouvoir accéder dans le silo à l’occasion et le lieu doit être bien sec et bien aéré, même si le silo doit être étanche. Ce choix d’un tel silo est le plus pertinent des points de vue économiques et écologiques, mais il n’est pas le seul possible bien sûr : on peut aussi se faire livrer des sacs ou en plusieurs fois, mais c’est nettement plus cher. Une telle installation requiert aussi la pose d’un conduit entre les deux pièces (chaufferie et silo) et un système d’aspiration pour propulser les granulés vers la chaudière. La distance entre le silo et la chaudière à granulés de bois ne peut pas excéder une vingtaine de mètres pour que le système d’aspiration soit suffisamment puissant. 

6 — Mes lieux de stockage sont-ils facilement accessibles ?

Vous pensez avoir la place suffisante pour recevoir une installation même importante de chauffage au bois ? Tant mieux, mais assurez-vous aussi de la fonctionnalité de ces espaces. Pour un combustible bois bûches, même en petites dimensions, la manipulation est importante et peut vite devenir contraignante, voire épuisante, si votre lieu de stockage est peu accessible depuis l’extérieur de votre propriété et depuis votre poêle ou cheminée ou chaudière. La livraison devant votre portail (qui est de règle, car les livreurs ne doivent normalement pas rentrer dans votre propriété) va entrainer un périlleux travail de transport et de rangement des bûches. Ensuite, quels que soient le temps qu’il fera et l’heure qu’il sera, il vous faudra aller chercher des bûches pour vous chauffer. 

Prévoyez un bûcher au plus près de votre chauffage et du point de livraison, au sec et bien aéré, avec un accès large et facile. Cela vaut aussi pour les bûches de bois compressé et les granulés de bois en sac. Pour les granulés en vrac et plaquettes, votre stockage est obligatoirement alimenté depuis l'extérieur de votre propriété ; renseignez-vous bien auprès des fournisseurs afin de vous assurer des impératifs, car les camions insuffleurs des livreurs vous soufflent le combustible en vrac depuis le camion de livraison. Il vous faut donc prévoir et faire installer une bouche de connexion spéciale, située de manière à être facilement accessible (trappe dans le mur d'enceinte ou le grillage) pour les camions depuis le bord de route à un endroit ne gênant pas la circulation.

À propos de l'auteur

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JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
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