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JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Les jardins difficiles ! Où quand la nature fait souffrir le jardinier

Sol boueux, terre mouillée quels arbres et arbustes planter ?

En terrain gorgé d'eau, inondable, marécageux, humide, quelles plantes pour mon jardin ? Choisir des espèces qui peuvent assécher les sols. Explications, exemples.

Quand le drainage est insuffisant, que le micro relief crée des creux et poches où l’eau s’accumule, le jardin devient vite difficile et la boue remplace la terre. Pourtant, ces endroits peuvent recevoir nombre d’espèces d’arbres et d’arbustes qui ont même un pouvoir drainant important et assèchent une partie de l'humidité du sol. 

Alors, plutôt que d’engager des frais importants pour faire installer des drains ou creuser des fossés collecteurs, plutôt que de tenter de remblayer, ce qui a courte échéance est presque toujours voué à l’échec, pourquoi ne pas choisir parmi ces plantes et se réconcilier ainsi avec la nature ? Mais il faut d'abord comprendre comment fonctionnent ces sols. 


Sol argileux, sol détrempé, terre lourde, terrain inondable… faire la différence

Un sol gorgé d’eau l’est parce qu’il présente une certaine imperméabilité, mais ce qui rend imperméable le sol en profondeur ne l’est pas forcément en surface. La présence d’argile peut être en profondeur, et le maintien de l’eau sur le terrain se fait simplement par la présence d’une pente trop faible ou parce qu’il y a présence d’une légère dépression. À l’inverse, une terre peut-être lourde et très argileuse sans être forcément gorgée d’eau. Le sujet Quelles plantes choisir en terre lourde et argileuse au jardin ? traite et complète parfaitement le présent article. Il peut être intéressant de s’y reporter pour faire le point. En terrain mouillé, la surface peut être argileuse mais aussi très riche en matière organique, peu ou pas décomposée, un peu comme de la tourbe qui ne se dégrade pas du fait du manque d’air dans le sol et de la présence d’une eau plutôt acide.


En terrain inondable (photo ci-dessus), la situation est un peu différente. L'inondation peut se produire par débordement d'un cours d'eau, d'un étang... même si le sol n'est pas imperméable. Si ce phénomène est de courte durée (même en réapparaissant chaque année), beaucoup de plantes arrivent à le supporter, surtout les arbres naturellement "gourmands en eau", comme le chêne qui, adulte, consomme 200 litres d'eau/jour !). Mais l'inondation peut aussi se produire par remontée de la nappe phréatique souterraine. Ce phénomène est plus gênant, puisque l'inondation n'est que la partie visible de la saturation en eau du sol, et le sol peut donc être saturé d'eau à faible profondeur sans que vous le sachiez, durant plusieurs semaines ou mois.

Même si cela va vous demander quelques efforts, vous avez tout à gagner à pratiquer 1 à 4 fosses (selon surface) dans votre jardin  (une fosse pour 100 à 300 m2) afin de comprendre votre terrain durant quelques temps. Une fosse c'est un trou de 60 x 60 cm de côté dans tous les sens, réalisé à la bêche, que vous couvrez d'un bout de tôle et que vous conservez une année. déjà, en réalisant cette fosse, vous verrez l'aspect de votre sol et sa saturation ou non en eau. Tous les 15 jours, regardez ce qu'il se passe (y-a-t-il de l'eau - à quel niveau - le niveau varie-t-il - quelle est la durée de période sèche, de période inondée, etc.). Notez vos observations afin d'en garder trace. Si votre sol est saturé d'eau toute l'année ou resque, la rétention élevée à très faible profondeur de cette eau favorise en hiver des gels intenses et profonds. De plus, au printemps ces terres restent longtemps froides. La végétation y est donc souvent tardive, et doit y être très adaptée.

Si le niveau d'eau est saisonnier et notamment printemps et automne, c'est plutôt une bonne chose car nombre de plantes vont pouvoir s'y adapter et profiter de cette humidité, sous réserve que la saturation laisse quand même au moins une dizaine de cm de terre aérée en surface. Si le sol n'est pas saturé en eau mais devient uniquement boueux en surface quand il pleut, votre terre peut accuaillir une immense diversité de plantes, sauf bien sûr les plantes grasses, les cactées, les plantes à rosette fragiles, notamment.

Ainsi, pour choisir les arbres ou arbustes à planter, mieux vaut le faire en fonction du type de sol que vous avez (et qui n'est, hélas pour vous, pas forcément homogène sur toute la surface de votre terrain surtout si celui-ci est grand, d'où l'intérêt, dans ce cas, de plusieurs fosses).


Des arbres pour milieux humides et terres inondables

Ainsi, deux résineux très originaux sont spécifiques de ces lieux et poussent le pied dans l’eau. Très adaptés aux marais ils ont tous les deux la particularité de perdre leurs aiguilles l’hiver, et présentent à l’automne de magnifiques colorations : le cyprès chauve (Taxodium distichum, notamment) et le métaséquoïa (Metasequoïa glyptostroboïdes), qui peuvent tout à fait être cultivés en France, dans votre jardin. Ils se trouvent assez facilement dans toute bonne pépinière de plantes ornementales. Le pin Weymouth et le pin de Griffith ou pin griffithi (2 pins à 5 aiguilles qui gardent leurs aiguilles toute l’année) résistent très bien aux sols gorgés d’eau. Leur limite : il son sensible à la rouille vésiculeuse (maladie souvent mortelle) et ne peuvent être plantés que là ou votre pépinièriste les cultive (s'il le fait c'est qu'il connaît l'absence de risque). Le pin sylvestre (naturel en France) est bien adapté aussi, mais plutôt pour des milieux où les saturations en eau du sol ne sont que temporaires (sinon, il va beaucoup végéter et rester de petite taille).

saule blanc, bouleau verruqueux, chêne des marais, métaséquoia, peuplier blanc, Jean-Luc Mercier, 13/1/2016

Parmi les feuillus, les grands incontournables sont les peupliers, les saules et les aulnes :

  • Populus alba (le peuplier blanc), Populus tremula (le tremble), Populus nigra (comme le peuplier d’Italie), Populus x canescens (le peuplier grisard, qui est un hybride naturel entre le peuplier blanc et le tremble), Populus tremuloides (le peuplier baumier ou peuplier balsamifère) sont tous de magnifiques arbres, plus esthétiques que les hybrides et cultivars sélectionnés pour la production de bois.
  • Alnus glutinosa (l’aulne glutineux), Alnus viridis (L’aulne vert), Alnus cordata (l’aulne de Corse) et Alnus incana (l’aulne blanc) sont fréquents au bord des fleuves et rivières et accepent parfaitement les sols détrempés.
  • Salix babylonica (le saule pleureur et toutes ses variétés), Salix alba (le saule blanc), Salix cinerea (le saule cendré), Salix viminalis (le très joli saule des vanniers), Salix tortuosa (le saule tortueux) ou Salix purpurea (le saule pourpre) sont quelques unes des très nombreuses espèces de saule qui conviennent parfaitement pour les jardins à sols très mouillé.

saule de vanniers, saule pleureur, saule tortueux, bourdaine, viorne flexible, liquidambar, Jean-Luc Mercier, 13/1/2016


Des arbres et arbustes pour sols très humides

Parmi les espèces précédentes, il est à noter que les pépiniéristes ont sélectionné de nombreuses variétés toutes très décoratives et qu’il serait trop long de citer toutes ici.

Pour les trouver, rien de plus facile : sur internet, dans un moteur de recherche, vous écrivez "variété horticoles de (suivi du nom de l'arbre, par exemple tremble)". Vous découvrirez les variétés existantes, surtout si vous faites une recherche avec images. Ensuite, une fois que vous trouvez une variété qui vous plaît, il suffit de mettre son nom complet avec en plus le mot pépinière; exemple : "aulne glutineux lacinié, pépiniériste" complété éventuellement du n° de votre département.

Bien qu’un petit peu moins performants pour drainer efficacement les sols, d’autres arbres résistent assez bien aux excès d’eau comme Quercus palustris (le chêne des marais), presque tous les bouleaux, dont Betula alba (le bouleau blanc), Betula pendula (le bouleau verruqueux), Betula papyrifera (le bouleau à papier), Betula utilis (le splendide bouleau de l’Himalaya)… 

Les frênes sont aussi à citer, comme Fraxinus excelsior (le frêne élevé), Fraxinus ornus (le frêne à fleurs), Fraxinus pennsylvanica (le frêne rouge de Pennsylvanie), ainsi que le copalme ou liquidambar…

Aulne à feuilles en coeur, viorne aubier, cornouiller kousa, aucuba, frêne doré, canne de Provence, Jean-Luc Mercier, 13/1/2016

Tous ces arbres sont aussi déclinés en magnifiques variétés (frêne doré, bouleau pourpre, bouleau à feuilles découpées...).

Toutefois, vous pourrez réussir aussi la culture de nombreux magnolias à feuilles caduques, les cornouillers à fleurs, Cornus kousa ou Cornus nuttali. Les aucubas, les viornes, et plus encore la bourdaine et le nerprun sont aussi parfaitement adaptés.

miscanthus, cypérus, carex, iris et typha, solidago, hémérocalle, Jean-Luc Mercier, 13/1/2016

Par contre, contrairement à une idée reçue, la plupart des bambous n’apprécient pas d’avoir le pied dans l’eau ou de vivre dans des sols très lourds, très argileux et saturés d’eau. Les rares variétés existantes sont à rechercher chez les pépiniéristes du bambou.

Côté plantes vivaces, le choix peut se porter vers les grandes graminées comme les cannes de Provence et les miscanthus, les joncs, phragmites, typhas massettes et carex, les phlox, les cypérus, les carex, les astilbes, les anémones japonaises , les magnifiques Zantedeschias (arum d'Ethiopie) mais aussi les diverses espèces de Polygonum, les iris de Sibérie, les heuchères et ligulaires, les hostas, les astilbes , les lamiums, les primevères, les bourraches, géraniums vivaces et les hémérocalles, le Rodgersia , le Darmera peltata , le solidago pu verge d'or, le Pachysandra... 

Primevère coucou, heuchère, pachysandra, zantedeschia, hostas, Jean-Luc Mercier, 13/1/2016

Si la place ne manque pas, osez les gigantesques Gunnera manicata (sorte de rhubarbe géante). La photo ci-après est celle d'un très beau jardin qui n'a que 15 ans d'âge et réalisé en terrain saturé d'eau, près de Bordeaux. Arbres, haies et arbustes ont asséché les 50 cm de terre en surface !

Important : attention aux invasives ! ne vous laissez pas séduire par La renouée du Japon (Fallopia japonica) ou la berce géante du Caucase (Heracleum mantegazzianum) ; il s’agit de deux pestes végétales, très envahissantes et qui se propagent dans la nature.


À propos de l'auteur

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JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
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