user_images/ma-photo-pour-scribium.jpg

JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Les jardins difficiles ! Où quand la nature fait souffrir le jardinier

Sol très compact, dur et pauvre au jardin... comment l'améliorer ?

Que faire avec une terre très tassée, compactée et imperméable ? Quelle méthode pour la transformer en substrat meuble, plus fertile, plus riche et aéré ?

Quand le sol est aussi dur et dense que du « béton », jardiner devient une vraie gageure et la végétation n’y trouve pas des conditions acceptables pour pousser. (Presque) Impossible à travailler, cette terre très compacte manque d’air et de porosité. L’eau de pluie ou d’arrosage n’y pénètre pas et seule une fine pellicule de terre est humide. Résultat, les plantes ne développent des racines qu'en surface afin de capter la moindre goutte d’eau, comme le désignent les flêches sur cette photo; en dessous la "terre" est inexploitée !


Si l’humidité et les pluies sont suffisamment longues et soutenues sans être fortes, tel sol fini peu à peu par s’hydrater, et le « béton » peut parfois se transformer en boue ! En clair, si vous reconnaissez votre terre de jardin dans ce descriptif, il faut comprendre pourquoi (ci-après), puis agir : nous en proposons trois manières différentes (qui peuvent être complémentaires dans un même jardin) en seconde partie de ce petit dossier. 

Pourquoi le sol peut être si dur, si compact ? 

Pour faire du mortier ou du béton, il faut de l’eau, des granulats plus ou moins fins et un liant sous forme de poudre. Une terre très dure, très compacte comprend ces éléments à un moment ou à un autre : plus ou moins de cailloux, de la matière minérale sous forme de sables fins et limons, et une « poudre » minérale sous forme de limons très fins ou mélangés avec des argiles. La photo ci-après illustre parfaitement cet aspect. Il s'agit bien de terre, pourtant, et la marque à l'angle droit supérieur de la "motte" est celle d'un coup de pioche !

Si ce mélange s’hydrate avec des pluies suffisantes, il se compacte sous son propre poids, les interstices se bouchent avec les éléments les plus fins ; en séchant, l’ensemble se comporte de la même manière qu’un béton et durcit durablement. 

L’absence totale ou presque de matière organique est la condition première du compactage. Ce phénomène est largement amplifié par d’autres phénomènes, le plus souvent d’origine humaine d’ailleurs : piétinement répété et passages de véhicules, absence totale de travail du sol pendant plusieurs années, dépôts de remblais en surface, tassement volontaire (pour créer une allée, une cour…). Voici trois exemples visuellement typiques de sols très compactés, et même le "gazon" du bas ne doit pas tromper, car ces photos ont été prises après une pluie (quelques jours après, toute l'herbe commence à jaunir à nouveau) :


Même le désherbage systématique du sol en surface, sans travail de la terre, finit aussi par provoquer le même phénomène années après années, comme le montre la photo suivante :

Notons aussi qu’une terre nue, sans plantes ni paillage (feuilles, écorces, cailloux…), est soumise aux pluies battantes et au ruissellement des eaux en surface, deux phénomènes qui accélèrent fortement le processus de compactage. 

Les rôles fondamentaux de la matière organique, des racines et des êtres vivants du sol 

La vie et la matière d’origine vivante sont fondamentales pour qu’une terre devienne plus ou moins meuble et fertile ! Dans la nature, la diversité des plantes amène conjointement : 

  1. Une diversité de systèmes racinaires qui agissent à des profondeurs variées en pénétrant la terre de partout. Ces racines agissent de leur vivant en « attaquant » la matière minérale par des processus physico-chimiques, et de leur mort en apportant de la matière organique directement dans le sol. 
  2. Des apports réguliers de matière organique en surface (feuilles et fleurs mortes, rameaux, et bouts d’écorce, fruits) qui se décomposent notamment sous l’action de l’eau, de bactéries et champignons et des vers de terre. Le résultat de cette décomposition enrichit la terre sous-jacente d’éléments nutritifs. 

Le cercle vertueux se boucle alors : plus le sol s’enrichit plus des êtres vivants s’y développent (plantes, champignons, microorganismes, animaux), et plus il y a de possibilités d’enrichissement du sol. 

Pour résumer : dans un jardin un sol devient très dur et compact parce qu’il ne possède pas de matière organique, parce que les êtres vivants (racines comprises) ne s’y développent pas, parce qu’il est compacté plus ou moins artificiellement et n’est plus travaillé ni protégé. 

Comment stopper le compactage de la terre et améliorer mon sol

Avant de tirer les leçons des éléments présentés ci-devant, qui doivent vous amener à : 

  1. garder une végétation variée dans votre jardin 
  2. avoir en permanence une certaine quantité de matière organique dans le sol 
  3. protéger la terre nue par un paillage 
  4. éviter tout piétinement et tassage de la terre (roulage, stockages divers…) 

vous allez devoir intervenir sur votre sol de l’une des trois manières suivantes : 

  • 1 - Défonçage ET apport massif de débris et matière organiques

C’est la méthode la plus efficace mais la plus laborieuse ! Le défonçage consiste à broyer toute la couche compacte (souvent épaisse de 20 à 40 cm) sur l’ensemble de sa profondeur et de sa surface :

  1. à la pioche et à la masse (pour casser les très grosses mottes) pour des micros surfaces de quelques mètres carrés ou entre des arbres, comme sur la photo ci-dessous,
  2. au laboureur puissant pour de petites surfaces, mais pas toujours avec succès car les mottes ne s'émiettent pas et le travail nécessite un gros complément manuel, car les machines ont du mal à faire un travail efficace,
  3. à la mini pelleteuse (à louer) pour des surfaces plus grandes ou très pierreuses (cas des limons avec galets), en travaillant par creusement puis par écrasage des blocs avec le godet (long, mais très efficace !).

Après dépierrage (ôtez les cailloux de diamètre supérieur à 3 cm), apportez impérativement et massivement de la matière organique (que vous mélangerez avec un croc ou à la fourche à bêcher) sous peine de voir la terre se recompacter dès les premières pluies ! Le compost est idéal, comme le fumier bien décomposé, mais compte-tenu de l’état « catastrophique » du sol, n’importe quels débris organiques végétaux conviennent, en mélange : copeaux, feuilles, broyats, aiguilles, particules d’écorces, sciures… 


Prévoyez une brouette pleine par mètre carré de terre, pas moins ! Toutes ces matières vont empêcher les éléments fins de se recoller les uns aux autres, vont aussi permettre de conserver de l’air et de la fraicheur dans le sol, et apporteront peu à peu des éléments nutritifs au sol. Ajoutez des amendements organiques de type sang séché, corne broyé… que vous pouvez acheter en grand sacs en coopérative agricole à prix raisonnable (évitez les petites boites hors de prix des « jardineries » !). 

  • 2 - Apport de la nouvelle terre par le haut 

Pour un massif ou un petit potager, par exemple, une autre solution consiste à élever le niveau du sol par un apport de bonne terre amendée directement sur le sol compact. Les entreprises de ventes de granulats, sables et graviers en proposent à coût abordable, vendue à la tonne ; exemple de prix en Roussillon en 2016 : 135 € HT les 10 tonnes (le volume sur la photo ci-dessous). Soit vous vous faites livrer un camion, soit vous louez une camionnette plateau (où les services de quelqu’un qui en possède une) si vous ne voulez qu’une à quatre tonnes. 


Prévoyez de réaliser des cadres en bois imputrescible pour un potager en carré, ou de réaliser avec des pierres et galets un « cadre » massif pour tenir la terre. Autre idée, installer des gabions que vous remplissez de jolies pierres (sur la face visible), et qui va servir de soutien à la terre rapportée, comme dans l'exemple ci-dessous en cours de réalisation.


Cette méthode d’apport en surface ne vaut que si vous mettez au moins 35 à 40 cm d’épaisseur de terre amendée. Pour des arbres ou arbustes, la méthode doit être complétée par un défonçage localisé du sol dur (comme ce fut le cas pour le palmier de la photo ci-dessus) sous peine de problèmes d'instabilité avec la force du vent, et le risque que la croissance rapide du départ se ralentisse soudain quand les racines se trouvent confrontées à la couche dure. La même méthode mixte (défonçage plus apport) a été utilisée dans cet autre exemple photo ci-dessous (avant/après à 4 mois d'écart). Le trou à gauche a été réalisé à la mini pelleteuse sur 50 cm de profondeur et une couche de terre (enrichie) de 30 cm supplémentaires a été rajoutée en surface après plantation de la motte du Phoenix.

  • 3 - Plantations spécifiques et protection du sol par paillage 

Vous pouvez aussi adopter des plantes frugales, capables de se développer dans ce genre de sol, sans réaliser de lourds travaux comme ci-avant. Vous les choisirez petites (afin de ne pas avoir de gros trous à faire, et pour qu’elles s’acclimatent mieux) et réaliserez des petites "poches" de bonne terre (25 cm sur les trois côtés) au milieu de chacune vous planterez un plant entouré d'une cuvette d’arrosage. 

Pour trouver des espèces adaptées, consultez nos trois articles : 

Quelles plantes choisir en terre lourde et argileuse au jardin ?

Mauvaise terre de jardin, que planter en sol pauvre ou caillouteux ? 

Créer un jardin sec, sans arrosage, est-ce possible ? 

MAIS, dans tous les cas, « PAILLEZ » la surface de votre sol ! Le paillage est la méthode qui consiste à couvrir le sol d’éléments qui le protège de l’action physique de la pluie, de l’influence directe des températures et rayonnements, de l’évaporation de l’eau. Elle limite sévèrement la germination et le développement des plantes « indésirables », notamment. Ces bénéfices sont énormes ! 

Ce paillage peut aussi enrichir progressivement la terre s’il est organique (feuilles, paille, broyat de bois ou d’écorce…) mais il peut aussi être particulièrement décoratif et contemporain, tout en restant efficace s’il est minéral ! En région méditerranéenne, par exemple, une bonne couche de pierres ou galets préserve vraiment la fraicheur du sol et conserve un aspect esthétique pérenne.

Voilà au final (photos ci-après) à quoi peut ressembler votre jardin après tous ces efforts ! Le jeu en vaut la chandelle, non ? Notez le paillage des allées au broyat de bois pour le potager (afin de limiter le tassement par piétinement et de garder la fraicheur du sol) et le paysage minéral très élégant du massif (roches volcaniques).


À propos de l'auteur

user_images/ma-photo-pour-scribium.jpg

JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
  • 589

    Articles
  • 28

    Séries
  • 3

    Abonnés
  • 3

    Abonnements

Poursuivez la discussion!