user_images/ma-photo-pour-scribium.jpg

JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Maisons, façades, toitures, questions d'architecture, styles et goûts

Cheminées en toiture... affichez votre style, régional ou contemporain

Signature extérieure de la maison, la sortie de toit est affaire d'époque, de goût, de région. Alliant efficacité et beauté elle se fait aussi contemporaine.

Souvent nommées « cheminées » ou « cheminées de toiture », les sorties de toit semblent un sujet peu intéressant pour nombre de personnes qui considèrent que, vu leur place sur les toits, elles restent bien secondaires. Pourtant... le doute est plus que permis et l’histoire donne raison à ceux qui pensent le contraire. Il suffit de regarder la richesse des formes, styles et dimensions de toutes les sorties de toit que l'on peut voir dans nos paysages pour comprendre qu'elle ne sont pas du tout aussi "anodines" que cela. Pendant des siècles, la cheminée en toiture avait une grande importance, que ce soit en ville ou à la campagne, en montagne, en plaine ou au bord de la mer, comme le démontre la planche de photos ci-dessous.

Un sujet anodin les sorties de toit ? Pourtant… 

Parfois extrêmement discrètes, comme sur les toits de tuiles romaines de Saint-Émilion (33) ou de Gruissan (11), parfois imposantes comme celles du Blaye fortifié (33) ou de Beynac (24), en brique, en terre cuite, en pierre, en métal, en béton… les sorties de toit sont d’une incroyable diversité. Pas toujours évidentes à voir, surtout si, déambulant dans les rues ou ruelles, on est plus attentif à ce qu'il se passe à notre hauteur qu'en haut des toits des maisons à plusieurs niveaux ! À l’inverse, elles s’imposent au regard sur les silhouettes de certains châteaux, de maisons bourgeoises et, plus simplement de maisons isolées, et pour qui vit dans les étages élevés des immeubles ou en mansarde. 

Avez-vous déjà vu une cheminée de toiture style Tudor, par exemple ? Avez-vous prêté attention aux fabuleux conduits extérieurs des riches demeures anciennes de la côte normande ou d’Arcachon ? Il y a des trésors de beauté qui signent magistralement des maisons et châteaux, en dessinent même la finesse ou la massivité de leur silhouette, s’offrent comme de véritables ornements à part entière, parfois même en constituent le seul véritable décor extérieur de la bâtisse. Modeste ou spectaculaire, une sortie de toit peut être belle et donner du caractère, voire de l'originalité comme le démontre ces deux exemples issus de demeures très opposées !

 

Parfois uniques, souvent plurielles, dans les grandes bâtisses elles donnent aux toits une allure singulière. Le château de Chambord (41) ne compte-t-il pas 365 cheminées qui définissent avec force son exceptionnelle et reconnaissable silhouette ? 

Plus généralement, à y prêter attention, il se dessine une réelle signature architecturale régionale des sorties de toit, très visible notamment dans les villages et maisons anciennes, parfois repris dans de l’habitat plus récent. La pierre volcanique et la forme trapue des cheminées à Salers (15) s’opposent aux formes élancées et aplaties des cheminées de briques de Nantes (44), des hautes cheminées carrées également en brique des Eyzies (24) et des petites cheminées surmontées de mitrons de terre cuite à Pau (64) ou à Bordeaux (33). Les pots de terre cuite magnifiquement ornés de chats de l’ancienne Maison du Peuple à Saint-Ouen (80) s’opposent aux massives cheminées de schistes couvertes d’une dalle de même pierre (elle-même tenue par un bloc de quartz) des maisons cévenoles lozériennes (48). 

La banalisation a ses raisons 

Historiquement, les sorties de toit ont fait l’objet d’attentions importantes, au moins quant à la qualité de leur construction, à leur taille, à leur orientation et à leur implantation sur les toits, et pour cause : il en allait de la sécurité des personnes et du bâti, et de la qualité du tirage donc du chauffage. Chaque maison ou presque, chaque ferme, chaque demeure faisaient l’objet d’une implantation spécifique de sa ou ses sorties de toit puisque chaque foyer, chaque bâtisse ont leur propre localisation géo-topographique, leurs spécificités de forme, de taille et de toiture. L’implantation par rapport au(x) vent (s) dominant (s) était aussi primordiale. 

Quand tous ces éléments étaient réunis et que l'esthétique y était ajoutée, le résultat était tout simplement parfait ! En voici un magnifique exemple, comme sorti d'un conte de fée :


Ces éléments restent plus ou moins importants aujourd’hui, mais l’évolution des modes de chauffage, l’invention de nouvelles techniques et nouveaux accessoires pour conduire les fumées, l’évolution des modes de construction et une certaine « standardisation » des toitures, etc. ont plutôt banalisé la construction des conduits de fumée, des souches et sorties de toit. Les boisseaux calibrés et la réglementation croissante ont accentué le phénomène. 

Ainsi, dans la seconde moitié du XXème siècle, les sorties de toit furent-elles majoritairement d’aspect similaire, juste couvertes d’un enduit-ciment, parfois habillées d’un crépi « décoratif ». Dans nombre de villes, il est vrai que l’urgence de la reconstruction après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale imposait aussi d’user de ces procédés somme toute efficaces ! Enfin, l’accession croissante à la propriété des classes modestes et le développement de maisons « bon marché » selon quelques modèles préétablis a également renforcé le phénomène, la sortie de cheminée faisant partie des éléments du bâti que l’on a considéré alors comme secondaires (donc concerné par un budget restreint), au moins d’un point de vue esthétique. 

Vers un retour et un renouveau de la sortie de cheminée 

Dans les années 1980-90 s’est imposée une transformation (amorcée 10 ans plus tôt) dans la manière de percevoir nos espaces de vie, résultant d’un « ras-le-bol » croissant pour la banalité, la banalisation, la standardisation. L’envie d’être reconnu en tant qu’individu avec sa propre personnalité s’affirme jusqu’au cœur de nos maisons et jusque sur nos toits ! 

Certains fabricants sont alors devenus de véritables pionniers, comme Cheminées Poujoulat qui, depuis plus de 60 ans, imagine des systèmes complets d’évacuation des fumées (afin d’optimiser l’utilisation des appareils de chauffage à bois).  Très sensibles à l'évolution des goûts, l'entreprise a parfaitement compris que, au-delà de la performance, les conduits de cheminée et sorties de toit doivent à nouveau s’intègrer parfaitement à l’architecture de chaque maison. 

Ce sujet est d'ailleurs à mettre en relation avec la question des conduits intérieurs et des tubages, car beaucoup d'évolutions se sont faites sur ce sujet (voir notre article : Conduit de fumée, tubage, poêle étanche : la sécurité, les économies).

Chaque style d’habitat peut désormais être personnalisé par les particuliers au niveau de leur conduit de cheminée extérieur, comme c'est déjà le cas pour une porte d’entrée ou une clôture, par exemple. 


Le retour des belles sorties de toit comme signe distinctif, esthétique et customisable d’une propriété est ainsi effectif. Bienvenue à la diversification, au design, à l’idée que l’on peut sortir des (mauvaises) habitudes (y compris architecturales). Le succès de l’innovante entreprise tient à son attache aux styles régionaux, mais plus encore à ses créations aux lignes épurées, ultras contemporaines, minimalistes ou avant-gardistes, et à l’usage de matériaux jusque-là confidentiels ou inédits. Il était enfin temps que l’on redonne à la maison son caractère et son esthétique du sol au toit. Des styles néo-régionaux sont ainsi imaginés pour rafraichir et moderniser l’habitat de caractère pour ceux qui souhaitent préserver le style local ou mettre l’accent sur ce style. Bien que très simple, la sortie de toit de la photo ci-après montre à quel point l'harmonie entre l"habitat, la cheminée et le paysage peut être importante :


Des formes audacieuses avec des matériaux nobles viennent ajouter une touche originale et élégante aux maisons contemporaines. Enfin, dans le cadre de la rénovation de l’habitat, on ose enfin allier l’ancien de qualité et le moderne de qualité, avec des résultats spectaculaires. Les sorties de toit des créateurs sont, à l’instar de celles des XVIIIème et XIXème siècles, des ouvrages qui s’offrent au regard telles des œuvres d’art et qui signent avec noblesse les belles maisons. Ajoutons aussi que dans la restauration de l’habitat ancien, de gros efforts sont faits depuis bientôt 20 ans pour prendre en considération l’originalité et la beauté des sorties de toit locales, originales ou historiques, et c’est heureux aussi pour préserver cette richesse patrimoniale française (mais aussi anglaise, allemande, néerlandaise et espagnole) trop longtemps délaissée. En voici un exemple en haute montagne, avec une cheminée aux lignes épurées pour une demeure en pierre et toit d'ardoise au style revisité.


À propos de l'auteur

user_images/ma-photo-pour-scribium.jpg

JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
  • 589

    Articles
  • 28

    Séries
  • 3

    Abonnés
  • 3

    Abonnements

Poursuivez la discussion!