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JEAN-LUC MERCIER

Publié dans : Contes et Légendes autour du feu

Killian et la flambée de Caliglia

Parce que le feu attise l'imaginaire et qu'il est propice à l'évasion de l'esprit... voici une histoire à lire ou à raconter un soir de veillée au coin... de feu !

Quand arrive le soir Caliglia aime éclairer un feu dans la cheminée de sa petite maison. Cela lui rappelle les veillées qu’il aimait tant durant son enfance !
 C’est qu’en temps longtemps, alors qu’il n’avait que trois pommes d’âge, près de l’âtre les anciens racontaient des histoires. Certaines le faisaient rêver, d’autres l’effrayaient, d’autres encore lui rappelaient les aventures qu’il imaginait avec Bienlêché, son ours en peluche, et Toufou son chien de toile et de crin.

Imperceptiblement par ces histoires, il avait appris les mystères de la vie, les peurs, les joies, les doutes, la folie des uns, la bonté des autres. L’impuissance des dieux aussi, comme la toute-puissance de Dieu... et qu’importe qu’il y crût ou non ! Mieux comprendre le monde qui l’entourait, les coutumes, les traditions venues du passé, mieux affronter l’avenir, oser, prendre de l’assurance, tout cela aussi il l’avait appris grâce aux veillées au coin du feu. Alors, en allumant la flamme dans sa cheminée, il espérait secrètement voir venir s’assoir des amis, des inconnus, des personnes avec qui partager les légendes qu’il connaissait et en découvrir de nouvelles. Ce soir-là, avant même que les derniers sarments ne se soient consumés, avant même que la braise ne gagne l’âme dure des premières bûches d’yeuse, il entendit le heurtoir frapper le bois de son épaisse porte.

heurtoir de porte, jean-luc mercier, contes et légendes autour du feu, 11/1/2016

Dehors il fait nuit, mais en ouvrant la porte, la lueur dansante du feu suffit à éclairer le souriant visage de Killian, le petit voisin du bout du chemin. « Entre mon garçon, tu as l’air tout refroidi. Viens te chauffer près de la cheminée, tu me diras ce qui t’amène ». Killian s’assoit sur le banc de bois et regarde danser les flammes, écoute crépiter le feu, tous yeux grands ouverts, émerveillés. « Tu regardes aussi le feu, monsieur ? » demande-t-il soudain. « Bien sûr mon garçon, c’est ce que je faisais avant que tu n’arrives » répond Caliglia. « Et à quoi tu penses en regardant le feu ? » reprend aussitôt Killian. Caliglia reste muet quelques instants, puis son visage s’illumine d’un grand sourire : « Quand je regarde le feu, longtemps, les flammes me racontent des histoires ! Tu veux que je te raconte celle qui me passait à l’esprit tout à l’heure ? »

À voir les grands hochements de tête de Killian, Caliglia comprend l’enthousiasme de l’enfant et se met à lui conter l’histoire d’Ignifi, le soleil : « Il faut retourner très loin dans le passé, bien avant que le grand-père de ton grand-père ne soit né, bien avant que les fleurs et les animaux ne peuplent notre planète. C’était au tout début de la naissance du monde.
 Ignifi, notre soleil, avait créé la mer et le ciel. C’était beau, c’était tout bleu. Mais il y avait tellement d’eau que nulle part on ne pouvait voir la terre. Pas un rocher, pas une plage, pas une falaise... que de l’eau, un immense océan. Ignifi regardait cela avec beaucoup d’émerveillement, mais compris que sans terre visible, les seuls êtres vivants qui pourraient exister seraient dans l’eau et qu’il ne pourrait donc jamais les voir. Impossible pour un soleil de feu de mettre la tête sous l’eau sans s’éteindre aussitôt ! Alors il réfléchit longuement. Soudain il comprit ce qu’il fallait faire. Pour que la terre sorte de l’eau, il mit un peu de son feu au centre de notre planète. Il savait combien la flamme n’aime pas être enfermée, car après tout, lui-même, ne projetait-il pas ses rayons bien loin dans l’univers ? Et de fait... le feu sortit bientôt de la terre en la poussant, la soulevant, la perforant : il venait de créer les volcans. Ainsi de la terre sortit de l’eau, des rochers, des montagnes, des cavernes et de jolies plaines naquirent ainsi, tout autant que des plages et des dunes.

Heureux d’un si merveilleux spectacle, Ignifi s’empressa d’y mettre des arbres, des herbes, des oiseaux, des scarabées, des lapins et plein d’autres êtres vivants. Dans l’eau, il mit des poissons, des étoiles de mer, des algues, afin que ceux qui se baigneraient puissent aussi profiter d’un joli spectacle.

poisson rouge dans une mare, jean-luc mercier, contes et légendes autour du feu, 11/01/2016

Mais si tout cela était vraiment merveilleux, Ignifi ne s’arrêta pas en si bon chemin : il lui fallait un être capable de voir justement ce si joli spectacle et capable aussi de le faire découvrir à ses propres enfants. Ainsi notre soleil nous a-t-il donné vie, ce qui me permet de te raconter cette histoire aujourd’hui. C’est Ignifi également qui enflamma un jour quelques brindilles devant les premiers hommes pour leur montrer comment domestiquer le feu avant de le faire rentrer dans des cheminées. C’est grâce à cela aussi que tu peux profiter de cette jolie flambée ce soir, mon garçon ». Killian est aux anges. Il veut en savoir encore plus, et s’impatiente déjà devant Caliglia en le pressant de lui narrer la suite, ou un autre récit. « Tu sais, mon garçon, je pourrais t’en raconter bien d’autres des histoires, mais ce soir, il faut que tu rentres, car tes parents vont s’inquiéter sinon. Reviens demain, avec tes parents ou tes copains si tu veux. Mais dis-moi... tu ne m’as pas dit ce qui t’amène chez moi à cette heure-ci » Killian sort soudain de sa rêverie : « Papa vous demande si vous n’auriez pas des allumettes pour allumer la cuisinière à bois. Il ne nous en reste plus une seule, contrairement à ce qu’il pensait ».

« Tiens mon garçon prend la boite qui est là. Et maintenant, rentre vite chez toi ». Killian se lève et quitte la cheminée puis la maison en lançant à Caliglia un « merci monsieur, merci pour cette belle histoire. Je vais m’endormir ce soir avec de jolis rêves. Votre feu est vraiment très beau ». Caliglia patiente quelques instants dans la pénombre du dehors, le temps que le garçon arrive bien devant sa maison, lui fait un dernier signe de la main puis referme la porte. Content de ce bon moment, il s’assoit à nouveau près du feu, et laisse son esprit inventer de nouvelles histoires... pour demain !



À propos de l'auteur

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JEAN-LUC MERCIER

Forestier, écologue, botaniste, conseiller en aménagement du territoire, paysagisme, écotourisme solidaire. Enseignement supérieur et journalisme maison, art et jardin.
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