Âge et beauté ! Le paradoxe du bébé et de l' arbre, logique d'humain

C'est jeune et mignon ! Vrai s'il s'agit d'animaux. Si c'est vieux c' est plutôt moche. Faux s'il s'agit d'arbres... Illogismes et contradictions

L’humain, en bon mammifère, protège avec infiniment de soin sa progéniture. Avec l’évolution de son cerveau, apparaît la conscience et la sensibilité, la pensée et la réflexion, les choix de vie et la compréhension de ce qui l’entoure.

Du coup, certaines sociétés comme la nôtre, ont choisi d’élever au rang du merveilleux, et jusqu’à l’excès, leurs bébés, et même les "bébés" d’autres espèces animales. Il en va tout autrement pour le végétal : le bébé plante ne fait pas florès. Dans une totale contradiction, nous redoutons la vieillesse animale, et la nôtre en particulier, là où nous n'avons qu'admiration pour le vieil arbre !


Les bébés plantes, ça existe !

L’homme déteste être confronté à la vieillesse animale et manifeste une indifférence grandissante pour nos vieux . Dans le même temps, nous n’avons d’ admiration que pour les vieux arbres qui inspirent respect et force. L’homme aime l’arbre quand il est vieux . L’enfant ne dessine que le vieil arbre, sous l'impulsion des adultes (de l'école maternelle jusqu'à l'université, et aux parents).

Mais notre enseignement et notre culture ne nous permettent plus de percevoir qu’un arbre de quelques centimètres de haut et de six semaines d’âge est aussi un arbre. On ne le voit même pas… on marche dessus. Le chêne d'un an en tête d'article vous inspire-t-il le même respect que celui ci-après ?

Le cas des jeunes sapins (2 à 5 ans) en montagne dans les zones de ski de fond est connu. Les skieurs ne voient poindre que des têtes émergeant de la neige. Ils pratiquent leur activité sans s’en soucier, cisaillant de leurs skis nombre de sapins et compromettent ainsi l’avenir de la forêt au niveau stationnel. Heureusement, de temps en temps, les sapins géniteurs se vengent en réceptionnant durement contre leur belle écorce rugueuse quelques skieurs zélés (certains skieurs finissent même leur vie « dans le sapin » !).

Nombre de gardes forestiers de l’ONF, en région parisienne, se sont souvent entendu demander par des promeneurs « Pourquoi gardez-vous toutes ces broussailles », en désignant des parcelles de jeunes arbres feuillus de chêne ou hêtre. Dans les mêmes lieux, le piétinement des parcelles en semis naturel fut tel dans les années 60-70 qu’il fallut imaginer la fermeture de pistes et chemins forestiers et la mise en place de moyens d’information spécifiques.

Tendresse pour le petit d’animal, dédain pour le petit de plante

Les animaux ont plus de chance, du moins, ceux qui sont suffisamment visibles et plus ou moins attendrissants.

Chez tous les mammifères, beaucoup d’oiseaux, quelques poissons, de rares reptiles et aucun vers ni mollusque, leurs petits nous fascinent. C’est tellement mignon !

Le chiot et le chaton si adorables, le petit cochon si craquant (parfois aussi si croquant !), le poussin si doux, le petit chimpanzé ou l’éléphanteau... et que dire du faon, du girafon ou du lionceau !

Ceci étant, vive le nounours de notre enfance, à bas l’ours de nos montagnes !

Mais à part l’horticulteur, le sylviculteur ou l’agriculteur, connaisseurs de la valeur d’une jeune vie végétale, qui s’extasie devant une plantule d’orme, un semis de hêtre (en plus, ça ne ressemble nullement à du hêtre !) ou de fétuque ? Déjà que l’herbe et l’homme ont un rapport particulier !

Notre expérience nous a permis d’entendre, en pépinière de plantes d’ornement, de nombreuses réflexions du genre « ça ne ressemble à rien » lorsque sont proposés à des clients des jeunes arbustes ou de jeunes arbres. Pourtant SI, cela ressemble tout simplement à de jeunes plantes !

La preuve par les noms et la richesse du vocabulaire

Petit test, répondez à ces quelques questions, « Comment appelle-t-on le petit » :

  • d’une oie ?*
  • d’un bouleau ?**
  • d’un sanglier ? (réponse paragraphe suivant)
  • d’un cèdre ?**
  • d’une couleuvre ?***
  • d’un cerf ? (réponse paragraphe suivant)
  • d’un pissenlit ?**
  • d’un lièvre ?****

La vénerie et l’âge des « proies »

Par une histoire complexe (qui serait hors cadre de ce sujet), les chasseurs de grands gibiers ont instauré un vocabulaire complexe et spécifique au cours du temps. Ainsi, sanglier et cerf par exemple se voient gratifiés de nombreux noms désignant chacun un stade de vie :

  • Pour le sanglier

Marcassin avant 6 mois,

Bête rousse entre 6 mois et un an,

Bête de compagnie entre 1 et 2 ans,

Ragot ou ragote entre 2 et 3 ans,

Verrat ou laie après 3 ans.

  • Pour le cerf mâle

Faon jusqu’à 6 mois

Hère de 6 mois à 1 an,

Daguet de 1 à 2 ans,

Deuxième tête de 2 à 3 ans,

troisième tête de 3 à 4 ans,

quatrième tête de 4 à 5 ans,

dix cors après 5 ans.

Forestiers et cultivateurs n’ont su faire ni mieux, ni même autant

Mais alors, comme appelle-t-on un chêne de un an, de 10 ans, de 50 ans, etc.? Et un "bébé" mélèze ? 

En arboriculture d’ornement ou fruitière, toutes les espèces sont réunies sous un même vocable pour désigner les différents âges (en fait, les tailles) : semis, baliveau, demi-tige, tige. Ainsi parle-t-on d’un pommier demi-tige, d’un baliveau de bouleau blanc. Ces noms sont les mêmes q uelque soit l'espèce de plante. 

Les forestiers ont un langage spécifique, mais là aussi, pour désigner les âges des arbres, on ne se contente que de stades de croissance dans les peuplements, comme pour la futaie par exemple : semis (stade des jeunes pins ci-contre), fourré, gaulis, bas perchis, haut perchis, jeune futaie (stade des pins de la photo ci-dessous), futaie adulte, vieille futaie.

Agriculteurs, maraîchers et horticulteurs ont un langage encore plus pauvre pour désigner les jeunes plantes: semis, bouture, jeune plant... Mais aucun terme pour parler d'un jeune poireau ou d'un vieux chysanthème (encore que les chrysanthèmes meurent souvent bien jeune sur les tombes où on les laisse se dessécher !)


Et le petit d’homme dans tout cela ?

Les bébés d'homme font au contraire l’objet d’une fascination sans limite : déifiés, vénérés, adorés, aimés, bébé bonheur devient garçonnet ou fillette, avant de devenir garçon ou fille.

Puis vient l’âge suspect de l’adolescence, généralement mal compris des parents, et pour cause. L’ado c'est « l’âge con », comme il se dit parfois. Arrive l’adulte, stade suivant, redevenant souvent plus sage. Curieusement, l'adulte garde de son adolescence un souvenir édulcoré quand, dans le même temps, il peste souvent après la niaiserie adolescente de ses propres enfants.

Puis vient la vieillesse ! "Ah non, pas ce mot, quel horreur !" Pas question de supporter la moindre ride ou d'accepter cet âge là ! Désigner quelqu'un comme vieux est souvent perçu comme une insulte. C'est vrai, troisième ou quatrième âge, c'est mieux ! Senior aussi ! Drôle d'humain. Pourtant, un vieux, une vieille, est réllement vieux, ou vieille ! Et c'est un âge merveilleux. "Non de non, s'obstinent certains, je suis resté(e) jeune". Ben voyons ! Demandez aux vrais jeunes ce qu'ils en pensent. Que cela nous plaise ou non, à trente ans on est déjà des vieux pour eux ! Toujours est-il qu'ensuite les vieux ne meurent jamais... ils s'éteignent, ils partent, ils "nous laissent" !!! Drôle d'humain, encore une fois.


Quoi qu’il en soit, aimé peu ou prou, les animaux retiennent beaucoup plus notre attention et notre respect dans leur(s) jeune âge(s) que les jeunes plantes, et si l'on voulait être un peu logique... on respecterait les jeunes arbres pour pouvoir ensuite les admirer vieux !

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*un oison   **il n’y a pas de nom   ***un couleuvreau   ****un levraut

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