Bassin d'Arcachon insolite: artistes et peintres du bord de mer

Andernos, Arcachon, Cap Feret... Entre terre et mer, le bassin est source d'inspiration. Promenades et découvertes entre art, hommes, nature et paysage
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Il y a des lieux magiques qui offrent, à qui sait les regarder et les comprendre, toutes les occasions de s’interroger sur la nature et sur la relation de l’homme à son environnement.

Le bassin d’Arcachon est l'un de ces sites qui permet aux artistes et aux amoureux de peintures et de paysages de vivre intensément un séjour, bref ou long, petite rêverie, apaisée ou boudeuse : « Être, tel Kandinsky qui a cherché non à faire de la peinture mais à conquérir la plus noble des quêtes: la spiritualité? » Liliane Collignon historienne de l'art moderne et contemporain

Le bassin d’Arcachon, bassin des artistes, des peintres, des écrivains…

« Bassin d'Arcachon, terre d'artistes », indique Le Routard... et l’expression n’est pas vaine!

Si, dans les années 1820, alors que naît la mode des bains de mer sur les plages de Normandie, le bassin d’Arcachon n’est qu’une baie sauvage, en partie cernée de dunes que l’on commence à boiser (1), dés 1850 sa popularité s’accroît et inspire déjà Léo Drouyn avec de nombreuses gravures comme Arcachon, casino en 1851.

Dés 1857, avec le décret impérial qui donne officiellement naissance à la ville d’hiver où l’on soigne les tuberculeux, Arcachon devient une station qui attire écrivains et artistes. Manet ( Le Bassin d'Arcachon , 1871) et Bonnard sont parmi les premiers à s'y rendre, mais nombreux furent ensuite les peintres de plein air venus de Bordeaux, de Libourne et d'ailleurs (2). Une véritable effervescence culturelle et artistique s’y développe dés la fin du XIXe siècle: Henri de Toulouse-Lautrec ( Paysage du Bassin , 1889), René Princeteau ( Voiliers sur le Bassin d’Arcachon , 1885), notamment, viennent y séjourner…

Au début du XXe siécle, un groupe d’intellectuels se retrouvent régulièrement au Grand Hôtel Chantecler du Piquey: le sculpteur Jacques Lipchitz, le peintre et décorateur Jean Hugo, le compositeur Georges Auric, le comédien Pierre Bertin… Jean Cocteau y viendra régulièrement durant deux décennies, d’abord avec Radiguet, qui y écrit en grande partie Le diable au corps (1923) puis en compagnie de Jean Marais, en 1939 (2).

Dans la station balnéaire, à Andernos, sur l’autre rive du bassin, la tragédienne Sarah Bernhardt a vécu deux ans, de 1914 à 1916, tandis que, 10 ans plus tard, Le Corbusier construisait par exemple sa Maison et cantine , à Lège Cap-Ferret, en 1924 (visitable) (1).

Cap Ferret, Andernos, Arcachon… la magie du bassin

Célèbres ou méconnus, des centaines d’artistes se succèdent ainsi dans cette géographie unique depuis plus de 150 ans, et il est facile de partir sur leurs traces, tant la mémoire des lieux en témoigne, grâce aux nombreux thèmes de découvertes organisés sur ces arts et ces artistes dans tous les offices de tourisme du pourtour du bassin.

Il faut dire que le bassin d'Arcachon est une source inépuisable d'inspiration pour un grand nombre d’écrivains, peintres ou photographes, tous séduits par la lumière changeante de cette lagune (1).

Cette anse océanique, unique en France, vit au rythme des marées mais aussi des saisons et des heures, ou chaque moment a sa lumière, son atmosphère si particulière.

C’est pour cela, sans doute, que la vivacité culturelle ne s’y essouffle pas. En témoigne La plage aux écrivains, manifestation lancée en 2005 qui se déroule chaque mi-mai à Arcachon et qui favorise la rencontre des écrivains et de leur important public, sur le sable.

Bassin d’Arcachon : la bonne heure, la bonne saison, le bon endroit

Le tourisme de masse, estival et récent, pourrait masquer toute la magie des lieux et interdire la compréhension de cet espace et des raisons qui y amènent une telle effervescence créatrice. Juillet et août ne sont certainement pas les bons mois pour découvrir le bassin, ni même les chauds dimanches de mai, juin et septembre, où les Bordelais affluent en quête de grand air.

Hors de ces périodes, selon le jour, selon l’heure, selon le lieu, selon que le regard se porte loin ou s’attache aux multiples détails éphémères ou pérennes, tout s’offre au promeneur pour qu’il se laisse aller et devienne philosophe, peintre, sculpteur…

Le bon moment, la bonne lumière, c’est peut-être :

  • à l’heure où, la marée descendant, les amateurs de plage et de baignade ont quitté les lieux, fin août;
  • un matin de février quand la brume se lève sur Audenge;
  • un dimanche de décembre où des promeneurs emmitouflés marchent d’un bon pas sous les tamaris du boulevard Gounouilhou, en front de mer, à Arcachon;
  • un soir d’avril, avant que les ostréiculteurs ne ferment leurs cabanes, à Andernos…

Souvenirs d’enfant et inspiration pour les maîtres contemporains

« Le sable après la marée, les traces laissées, les petits monticules, les trous remplis de vase, ces sensations … petite fille je n'étais pas trop rassurée par ce terrain qui mariait si bien le dur et le mou, la répulsion et l'attirance... les pinasses échouées, le bain qu'il fallait aller chercher si loin! », témoigne Liliane Collignon.

Et justement, répondrions-nous en écho, quelle subtilité dans la lumière, quelle magie dans les formes et les objets, quelle puissance dans les matières que la nature livre si fugitivement à nos yeux ! Cette répulsion, cette attirance ne sont-elle pas sources fondamentales d’inspiration pour les artistes même les plus contemporains? (2)

Un Joan Miró fut peut-être inspiré par des flotteurs de pinasses, égarés sur l’eau, pour peindre Blue II, en 1961.

Les perspectives des pontons d’Arcachon auraient-elles échappées au « regard de photographe » du peintre Gustave Caillebotte ?

Monet a magnifié des ambiances de brumes, de soir et de reflets sur l’eau, proches de celles d’un matin d’hiver à Gujan-Mestras.

Et nul doute que l’apparent chaos du port de Lanton serait source d’inspiration pour le sculpteur Christian Boltanski !

Alors… laissez vivre vos souvenirs d’enfant, découvrez les artistes du bassin, soyez artistes aussi, quelques soient vos goûts, votre style.

« Plus la peinture est grande, plus on est dedans... Elle doit être une révélation», nous dit Liliane Collignon en parlant de l’expressionnisme abstrait. Émergence subconsciente de souvenirs enfouis, nous parle-t-elle du bassin d’Arcachon? Il est plaisant de l’imaginer puisque rien ne semble mieux définir ce lieux étonnant.

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(1) Le Bassin d’Arcachon, À L'âge d'or des villas et des voiliers, François & Françoise Cottin, Ed. L’Horizon chimérique, 2003

(2) Le Bassin d’Arcachon par les peintres, une anthologie , Battin Jacques, Ed. Atlantica, 2011

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