Bourgeon, géniale petite boîte à multiplier les organes végétaux

Méristèmes, apical ou axillaire, les bourgeons recèlent quelques mystères pouvant produire les organes dont la plante à besoin : feuilles, fleurs, rameaux.
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« Tout, tout, tout, vous saurez tout sur le... » bourgeon: le gros, le petit, le floral, l’adventif… Difficile de s’inspirer de Pierre Perret, car il faudrait un livre entier pour épuiser le sujet. Belle invention en tout cas que ce condensé d’organes peu ou pas différenciés, bien visibles sur les plantes qui doivent mettre au repos leur activité de croissance pour se protéger des rigueurs du milieu durant quelques temps : le froid, le chaud, le sec.

Initiation à la vie végétale dans l’intimité des bourgeons*.

L’homme aime bien « les savoirs en tiroirs », pas la plante

  • Enseigner que les bourgeons se forment à l’automne, se développent en hiver et s’ouvrent au printemps,
  • enseigner que sur une tige, il existe le bourgeon apical, à l’extrémité, et des bourgeons axillaires , à la base des feuilles,
  • enseigner qu’il existe des bourgeons à feuilles et des bourgeons à fleurs, des bourgeons pour la croissance et d’autres pour la reproduction,
  • enseigner qu’il existe des bourgeons végétatifs (qui vont se développer en tiges ou feuilles) et des bourgeons dormants (qui restent en attente),

C’est commode ! Un savoir en tiroirs, et rien ne se mélange. Pour parler de croissance, il suffit de prendre un bourgeon apical. Pour obtenir des feuilles, prenons un bourgeon axillaire.

Sauf que… c’est la plante, soumise aux influences de son environnement, qui en décide, pas l’homme, et que précisément, ça ne se passe pas ainsi.

Les bourgeons, tissus à tout faire

Imaginez avoir sous la peau un petit amas de tissu capable de se transformer en tout ce qu’il faut pour réparer, accroître ou multiplier votre organisme :

  • Un doigt coupé ? Pas de souci, le bourgeon va vous en refaire un autre.
  • Un doigt trop court ? Il suffit de commander à vos hormones son allongement par les bons soins du bourgeon.
  • Pas assez de doigts ? Le bourgeon se charge d’en ajouter d’autres.
  • Et si vous estimez être insuffisamment armé pour la reproduction, le bourgeon fera d’autres zizis floraux ou d’autres cryptes fructifères à bébés, ou les deux.

Perfection suprême, le bourgeon ne disparaît jamais, sauf quand on meurt. Pas de choix cornélien à faire. Utilisez-le, il reste toujours. Mieux, il se divise en de nouveaux bourgeons.

Fabuleux, non ?

Pur concentré de vie comme adaptation aux rigueurs

Grande sécheresse, froid intense ou chaleur excessive ? Quand on ne se déplace pas, il faut bien trouver une solution, faute de pouvoir se mettre au chaud, au frais, ou se rafraîchir. Plutôt que rendre l’âme, s’évertuer à compenser pour résister, ou développer de complexes protections, la plante, contrairement à l’animal, a inventé la solution « minimalisme et condensé ».

  • Minimalisme : elle se débarrasse du superflus, de l’accessoire, de tout ce qui est trop fragile, trop énergivore. Fi des feuilles, des graines, des fruits, des fleurs, des ramilles et des vieux tissus. Nudité intégrale ? Non ! bien au contraire. Par nécessité et non par pudeur, on se garde quelques bons tissus bien épais et protecteurs, dont le meilleur exemple est l’écorce liégeuse, le suber – notez que suber est précisément le nom d’espèce du chêne liège : Quercus suber .
  • Condensé : garder toute sa vie un échantillonnage choisi, miniaturisé, prêt à fournir à volonté tout ce dont on aura besoin le moment venu (1), et selon les circonstances, telle est l’innovation majeure, l’extrême originalité, de la conception du bourgeon.

Bourgeon initial, le bourgeon des bourgeons.

À chaque extrémité de tige (apex) il y a un bourgeon apical (parfois deux) dit bourgeon terminal. Le long de la tige, il y a des bourgeons axillaires qui peuvent ou non se développer(2). Apical ou axillaire, la structure est la même et les possibilités de se transformer en des tissus variés aussi. Explication :

Dans la graine, au sommet de l’embryon, existe LE bourgeon initial, celui qui donnera naissance à tous les bourgeons de la plante quels qu’ils soient. Ce bourgeon, comme tous ceux qui suivront, contient un méristème, massif de petites cellules indifférenciées pouvant produire tous les organes d’une plante, y compris de nouveaux bourgeons. Chaque cellule produite et qui se différencie n’entame en rien le capital initial qui reste le même (1).

Lorsque le bourgeon produit une feuille ou une tige, un amas cellulaire méristématique lui reste accolé, issu de la division du méristème initial, les deux méristèmes gardant le même potentiel que le méristème initial.

Seule exception, le bourgeon qui se transforme en fleur. Quand un bourgeon ose tenter l’aventure sexuelle, c’en est fini de lui. Il disparaît.

Des bourgeons par millions

Le premier bourgeon, apparu dans la plantule, est donc à l’origine de toute une lignée cellulaire qui se transmet de bourgeon en bourgeon et se répartit au fur et à mesure dans l’ensemble de l’organisme, sous forme de minuscules fragments de méristèmes disséminés dans tout l’appareil aérien.

« Cette lignée cellulaire est responsable des feuilles, des tiges, des fleurs et de tous les bourgeons que la plante produira tout au long de sa vie » (1).

Chaque fois qu’une feuille tombe, le bourgeon reste, et s’il ne se développe pas ou ne se transforme pas en fleur, il reste présent dans la plante jusqu’à la mort de celle-ci. Ainsi, un chêne multiséculaire possède des millions de bourgeons, certains aussi vieux que l’arbre puisque apparus les premières années de sa vie. Des millions de méristèmes tous issus d’un seul, celui du bourgeon initial.

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* Cette initiation est une vulgarisation libre réalisée à partir de fondements biologiques puisés dans deux ouvrages scientifiques :

(1) La botanique redécouverte , Aline Raynal-Roques, Ed. INRA / Belin – Courtry 1994

(2) Biologie , Neil A. Campbell, ERPI – Canada 1995

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