Butia yatay, Butia capitata, palmiers en vogue, robustes et beaux

Les Butia, palmiers résistants au froid et au gel, sont plantés pour l'ornement en France, bien que parfois rares à l'état sauvage : comment les cultiver ?
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L’engouement pour les palmiers résistants aux gels est de retour en France, depuis les années 80, mais à la différence des premières décennies du XXe siècle, les espèces les plus couramment proposées actuellement sont fort heureusement plus résistantes au froid et aux amplitudes thermiques. Le Washingtonia filifera a ainsi vu s’agrandir son aire de plantation. Mais si l’envie d’exotisme est la même, les échecs cuisants liés au gel des Phoenix notamment ont amené les pépiniéristes à proposer des espèces capables de résister à des hivers glacés avec gels occasionnels de -10 à -12°C. Les Butia y tiennent une place de choix (*).

Butia capitata, Butia eriospatha, Butia yatay

Le genre Butia , famille des Arecaceae , comprend 8 espèces de palmiers toutes originaires d’Amérique du Sud et caractéristiques des pampas à cerrados, ces grandes étendues de savanes herbeuses à buissonnantes, caractéristiques du sud du Brésil, de l’est du Paraguay, du nord de l’Uruguay et du nord-est de l’Argentine. Les 3 espèces les plus facilement visibles et vendues en France sont assez semblables d’aspect, et peu d’indices aident à les différencier aisément.

  • Butia capitata est le plus anciennement cultivé en grand nombre en France. Ce palmier a vraiment fait ses preuves dans tous les domaines où il est attendu : exotisme, forme, couleur, résistance au froid, robustesse générale. En France, il atteint entre 3 et 5m de haut avec un stipe (tronc) de 20 à 50cm de diamètre. Sa couronne de feuilles comprend 20 à 35 palmes très arquées de 2m20 de long environ.
  • Butia eriospatha est très similaire d’aspect au précédent, et la différence la plus visible se fait lors de la floraison. La grande hampe florale est couverte dans un premier temps (et comme chez tous les Butia ) d’une sorte de grande « feuille » coriace, une bractée appelée spathe, couverte chez B. eriospatha d’un épais « duvet » brun.
  • Butia yatay est le plus grand des Butia , avec une taille de 6 à 10m chez les vieux spécimens en France. Les feuilles sont un peu plus nombreuses que chez B. capitata (30 à 40 palmes) mais plus courtes (environ 1m80). En Argentine, Butia Yatay dépasse 12m de haut, comme au parque nacional El Palmar, une réserve de 8500 ha, créé en 1965 dans l’objectif spécifique de préserver un écosystème représentatif de cette espèce (centre-est de la province d'Entre Ríos, sur le Río Uruguay).

Réussir la culture des Butia : climat, exposition, résistance au froid, besoins en eau…

Globalement faciles de culture, ces palmiers se comportent comme la plupart des autres palmiers exotiques et nécessitent à ce titre quelques précautions.

Règles générales : plus ils sont petits et jeunes, plus ils sont fragiles (un jeune pied de 3 à 6 ans est beaucoup moins résistant à l’humidité et au gel qu’un spécimen plus âgé ayant déjà un stipe en formation). Aucun Butia ne peut résister à des hivers longs et ordinairement froids, à plus forte raison si l’humidité de l’air est élevée.

Les meilleurs secteurs géographiques sont le sud-ouest, la basse vallée de la Loire, la Bretagne, la côte normande, la vallée de la Garonne, la moyenne et basse vallée du Rhône et tout le bassin méditerranéen. Plus les risques de courants d’air froids et de répétition de gels élevés existent, plus l’exposition plein sud avec abri d’un mur ou d’une haie fournie est indispensable. Attention aux creux de vallons souvent plus gélifs, et aux expositions sans soleil l’hiver : les Butia ont besoin du plein soleil et de la pleine lumière.

Partout où des gels inférieurs à -8°C sont à craindre, et chez les sujets plutôt jeunes, il est vivement conseillé de resserrer les palmes centrales, quitte à les entourer d’un voile d’hivernage ou d’un paillasson de brande durant les 3 mois les plus froids. Une protection des racines et du pied à l’aide de fougère aigle ou de feuilles bien sèches (ou un bon « matelas » de copeaux de bois ou de bris d’écorce) est recommandée. Les mêmes protections sont conseillées en cas de risque d’enneigement prolongée.

Si la nature du sol n’est pas d’une grande importance, les Butia redoutent par contre l’humidité permanente de la terre. Un sol frais mais filtrant est nécessaire. Mieux vaut un sol un peu sec qu’un sol trop humide. Par contre, plus le sol sera riche en éléments nutritifs, plus la croissance sera efficace et rapide. Une bonne terre franche de jardin est parfaite. Pour la plantation, voir nos articles : Plantes du sud, réalisez leur plantation sous le soleil d'été et Les secrets pour réussir l'acclimatation de vos plantes exotiques .

S.O.S. Butia, et autres palmiers arrachés en milieu naturel

Seuls les spécialistes savent faire la différence entre les diverses espèces de Butia. Attention donc aux dangers de la « collection ». Que recherche-t-on en acquérant des palmiers ? Les intérêts des Butia sont : feuilles pennées, forme arquée des feuilles, couleur gris bleutée à vert cendrée des palmes, aspect global très « exotique ». Pour l’ornement, le reste n’est que détail sans intérêt et rien ne justifie pour cela de vouloir s’approprier des sujets rares par leur taille ou par leur classification taxonomique. Telle ambition relève des collections botaniques à but pédagogique ou scientifique.

Or, à l’instar des oliviers millénaires , des Butia (notamment B. yatay, B. paraguayensis ) sont prélevés illégalement dans la nature, en spécimens de grande taille (2m50 à 5m), particulièrement par des importateurs espagnols qui revendent à prix élevés ces spécimens sur les marchés européens. Butia yatay , par exemple, est pourtant une espèce menacée dans son habitat argentin, et l’arrachage sauvage de ces pieds donne raison aux défricheurs qui convoitent les cerrados des provinces de Corrientes, Misiones, Entre Ríos ou Santa Fe, pour y implanter grandes cultures et élevage. Le phénomène est identique, hélas, pour d’autres espèces comme Trithrinax campestris .

Avis donc aux amateurs de palmiers : si vous aimez les palmiers, ne réalisez que l’acquisition de pieds cultivés en pépinières : il existe une production importante de Butia issus de semis chez les pépiniéristes spécialisés.

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Avec l’appui des sites : butiacapitata.com , pacsoa.org et ripioturismo.com

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