Ces animaux maudits: mauvais esprits, superstitions et croyances

Chouette, chauve-souris, chat ou crapaud... quand l'animal devient l'incarnation du mal, du diable, il en paye le prix fort par la souffrance et la mort.
803

Mauvais augures, esprits malfaisants, manifestations démoniaques, les croyances ancestrales laissent des traces profondes, conscientes ou inconscientes, dans nos mémoires et nos esprits.

Des animaux en ont payé le prix fort durant des siècles, au travers de rites sacrificiels et de comportements irraisonnés. Mais la page n’est pas complètement tournée.

Le chat sec de l'aître Saint-Maclou

En Normandie, l’histoire fait état des grands malheurs qui se sont abattus sur les habitants au cours des siècles. Ainsi, «la grande peste noire de 1348 tua les trois-quarts des habitants du quartier Saint-Maclou à Rouen», explique l'Agence régionale de l'environnement de Haute-Normandie ( AREHN ). La peste est une zoonose* véhiculée principalement par les rats et transmise à l’homme par les piqûres de puces.

Elle fit tant de morts qu’un nouveau cimetière fut ouvert: le grand aître. Dans ce lieu étrange, trois des galeries entourant le cimetière furent construites plus tardivement (1526 à 1533), pour servir d'ossuaire. «Leur décor est macabre: crânes, ossements, outils de fossoyeur, objets de culte dans les rites mortuaires (…) Dans une vitrine, près de la porte d'entrée, on a placé un squelette de chat découvert dans un mur» (source Referáty-seminárky ). C‘est lors de travaux de restauration que cet animal, dans une position torturée, fut découvert. La légende dit qu’il fut muré vivant avec une religieuse ensorcelée.

Diable, chat noir et mauvais sort

Le chat sec de Saint-Maclou était sans doute un chat noir, le diable. Lors de constructions neuves, il était d’usage de murer l’animal vivant afin d’écarter les mauvais esprits, d’éloigner le mauvais sort.

C'est aux alentours du XIIIe siècle que le chat est ostensiblement associé à la sorcellerie et au diable. Dans sa lutte contre le paganisme, l'Église engage une véritable campagne contre la sorcellerie. Les sorcières, pour l'Inquisition, sont de vieilles femmes solitaires et asociales. Ces dernières avaient souvent un chat pour animal de compagnie, et les chats, à cette époque, était fréquemment noirs. «Des milliers de femmes innocentes sont ainsi torturées, brûlées ou noyées… avec leur chat. En 1233, toute personne accueillant un chat noir sous leur toit risquait donc le bûcher… à moins que le chat "noir" ait au jabot une petite touffe de poils blancs appelée "marque de l'ange" ou "doigt de Dieu", alors chat et propriétaire étaient éventuellement épargnés», peut-on lire sur le site E ntrechats .

Au Moyen Âge, pour la Saint-Jean, «on remplissait un sac de chats vivants, que l'on suspendait au dessus du bûcher. Avec la combustion, le sac se déchirait, et les chats enflammés encore en vie courraient en tous sens. Les gens s'amusaient à sauter par dessus et éviter les boules de feu hurlantes», raconte Paranormal Fr Network , le portail francophone du paranormal.

Mais, annonçait à l'AFP une association italienne de défense des animaux en 2007, «plus de 60.000 chats noirs disparaissent chaque année en Italie, victimes de la superstition qui leur attribue des pouvoirs maléfiques». Le diable est encore là!

Bave et jets d’urine du crapaud

Dans son article Préjugés des Anciens sur LES CRAPAUDS , La France Pittoresque relate des propos du 19e siècle: «Le crapaud fait à volonté sortir de sa peau une humeur dégoûtante, mais qui n'a que des propriétés très médiocrement énergiques; on redoute encore plus son urine que sa bave et sa sueur. Il est certain qu'il n'est pas du tout agréable d'en recevoir dans les yeux, et c'est ce qui arrive quelquefois lorsqu'on tourmente l'animal; car c'est un des moyens de défense que la nature lui a donnés.»

Au Moyen Âge, le crapaud était considéré comme diabolique, symbole de mort et de damnation. Trouver un crapaud dans le cercueil d’un défunt indiquait que l’âme du mort était damnée. L’animal «servait notamment d’ingrédient dans des breuvages utilisés en sorcellerie. A tel point que la présence d’un crapaud près d’une habitation était une preuve suffisante pour accuser de sorcellerie l’habitant des lieux. Le mot crapaud vient d’ailleurs du vieux français, qui signifie ordure», relate le site Terra Nova .

La connaissance actuelle de ce pacifique et utile animal ne le protège hélas pas encore totalement de la malfaisance des hommes.

Chouette ou hibou… oiseaux de malheur, comme la chauve-souris

Ces rapaces nocturnes ont connu depuis le Moyen Âge et jusqu’à nos jours un sort cruel, par ignorance et superstitions .

Chouettes hulotte (appelée chat-huant de par son étrange cri) et chevêche furent les plus mal considérées. «À cause de son chant spécial, les hommes ont longtemps attribué à (la hulotte) des pouvoirs maléfiques». Comme la chevêche «on la clouait vivante sur les portes des granges car elle incarnait l’esprit du mal et surtout la peur de la nuit», écrivait Véronique Battaglia sur le site Terra Nova en 2008 . Elle ajoute: «Dans le bestiaire médiéval, le hibou est une créature diabolique. Il symbolise l’envie et l’ignorance (…) On le dit messager de mort. Celui qui entend hululer un hibou perdra un proche à court terme».

Le fait est que ces croyances populaires persistantes, plus ou moins entretenues par l’Église, ont très largement contribué au déclin des populations de ces oiseaux, jusqu’au bord de l’extinction, sur une grande partie de l’Europe.

Les chauves-souris connurent un sort similaire, comme en témoigne l’étude très approfondie publiée sur la revue Loxias : «La chauve-souris (considérée) comme la métaphore de la noirceur morale, se trouve immédiatement redoublée par celle qui y voit l’annonce de ce que deviendront après leur mort les âmes pécheresses (…) les ailes de la chauve-souris, représentant ici les âmes damnées livrées aux démons, (qui) ont pu devenir celles du diable lui-même.»

Un bestiaire noir d’animaux maudits

Le cadavre d’une buse empalée sur un piquet de vigne, en Aquitaine, des taupes accrochées par la mâchoire au fil de fer barbelé en Normandie, des serpents victime d’un coup de volant volontaire sur les routes de France, un corbeau cloué sur un poteau dans le Massif central… Ce ne sont pas des anecdotes d’un temps passé. Il s’agit de faits relatés au XXIe siècle au hasard des faits divers de journaux locaux. Sans parler des araignées...

____________________

* zoonoses : maladies infectieuses transmises par animaux vertébrés à l'homme et réciproquement .

Sur le même sujet