Collectionneur de plantes : trucs, manies et folies de passionné

Passion des plantes jusqu'à la collection ! Quand le virus vous prend tous les moyens sont bons, les meilleurs et certains... moins avouables: explications.
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Les plantes sont des êtres vivants et, à ce titre, le respect de la vie s’impose , tout autant que celui de l’environnement. La collection passionnée s’entend ici pour des gens responsables, et conscients des gestes qui seraient les moins anodins d’un point de vue écologique notamment. Ce sont eux qui intéressent ici, et eux seuls. Aucune sympathie n’est accordée à ceux qui, au prétexte d’assouvir leurs égoïstes envies, sont prêts à s’approprier les plantes les plus rares ou les plus fragiles, ou à acheter à prix d’or des pièces d’exception, comme ces oliviers millénaires pourtant patrimoine de notre histoire . Cet avant-propos a valeur de mise-en-garde.

Qui est le collectionneur de plantes ?

C’est certainement au psychiatre de répondre ! Disons que le plus souvent, le passionné collectionneur est un peu poète, un peu naturaliste, un peu fou, un peu égoïste et un brin botaniste. Sa passion est rarement généraliste (heureusement vue le nombre de plantes !) et il se cantonne plutôt sur un groupe de plantes ( les conifères nains, les graminées d’ornement, les cactées…) ou sur un groupe taxonomique précis ( les bananiers , les rosiers, les nénuphars…). Parfois il s’intéresse plutôt à une origine géographique précise (flore de Nouvelle-Zélande, flore de Corse, flore du Chili…) ou à un type de milieu ou d’écosystème donnés (plantes des déserts, vivaces de l’étage alpin, plantes des tourbières…). Il existe aussi le passionné d’une forme végétale particulière (les plantes pachycaules, les plantes cailloux , les épiphytes…) ou celui qui s’invente un thème particulier ( plantes de couleur chocolat , plantes à fleurs vertes, arbres et arbustes pourpres , variétés anciennes de pommes…).

Parfois seul, parfois impliqué dans des associations spécialisées (Fruits Oubliés, Les Fous de Palmiers…), il a de commun avec tout autre collectionneur de plantes ce besoin irrésistible d’avoir toujours plus de plantes. L’absence de place est rarement un problème.

Les lieux ou sévit le collectionneur de plantes

« Apprenez à reconnaître un fou de plantes » ferait aussi un joli titre, et c’est vrai que le collectionneur passionné peut se reconnaître assez facilement, surtout quand on l’est soi-même ! Famille et amis savent qu’il ne faut jamais se promener dans un jardin ou chez un producteur avec le fou de plantes ; c’est une sortie ratée à tous les coups, sauf à se prendre aussi au jeu.

Le collectionneur de plantes est partout où il y a… des plantes, en vrai ou en images ! Aucun jardin, aucun parc n’échappe à son regard. Le nez au dessus des clôtures à rechercher sa proie, il fouille du regard autant les massifs publics, les cours privées que les balcons et bords de fenêtres fleuris. Il connaît toutes les pépinières spécialisées sans négliger la moindre jardinerie ou un quelconque rayon plantes d’une grande surface ou d’une coopérative agricole. Les rayons spécialisés des librairies le ravissent également, ainsi que la mini pépinière artisanale de son voisin.

Ses vacances sont, comme par enchantement, dans des régions du globe capables d’assouvir partiellement au moins, et pour un temps seulement, son envie de plantes.

Les outils du collectionneur de plantes

Le passionné fou connaît toutes les ruses pour s’accaparer graines et boutures, seules capables de le calmer. Toujours pourvu d’un sécateur dans sa voiture, ou d’un canif dans sa poche, il ne se balade jamais sans mouchoirs en papiers, sachets plastiques, flacons et autres poches disponibles, surtout de vêtement.

Appareil photo d’une main, carnet crayon de l’autre, il lui reste toujours assez de mains pour prélever subrepticement mais proprement une bouture au détour d’un massif, d’une potée, d’un rayon, dans les espaces publics ou la jardinerie (c’est pas bien, ça !). La crainte de mettre à sang ses doigts ou ses bras ne l’affecte jamais. Le nez au sol, il scrute le goudron, l’herbe ou la terre à la recherche de graines, et la moindre gousse sèche est objet de convoitise. Pas timide, il ne se prive pas de demander au jardinier ou à la petite vieille s’il peut prélever quelques graines, quelques feuilles ou rameaux à bouturer.

Une fois la bouture obtenue, il enveloppe sa base d’un morceau de papier-tissu qu’il humecte, et rempli son sac (comme par hasard souvent grand ou peu encombré) ou ses poches, peu à peu. En voyage, le collectionneur a aussi des chaussettes (même sous les tropiques) et des vêtements froissés dans sa valise, pour mieux dissimuler ses trésors, quitte à oublier les cadeaux-souvenirs !

Les principes existent chez les collectionneurs de plantes

Mais le collectionneur a des principes : les plantes invasives ou réputées comme telles ne l’intéressent pas. S’il prélève en nature, il ne le fait qu’en s’intéressant aux petits pieds naturellement condamnés (ceux au milieu d’un chemin, sous des branches ou d’autres plantes compétitives…). Les plantes rares et protégées sont seulement photographiées. Les prélèvements sont en proportion de l’abondance : une seule bouture, deux graines, le satisfont.

Le grand plaisir du collectionneur c’est aussi de ne prélever que des rameaux qui n’abiment pas la plante : les branches les plus faibles lui suffisent. Et souvent, il est aussi doué dans la micro bouture. Enfin, quand la graine n’est pas mûre, quand la plante semble coriace ou que l’échantillon convoité semble difficile à prélever, le collectionneur, un peu philosophe, s’avoue vaincu et n’insiste pas.

Une passion des plantes qui se transforme parfois en collectionnite aiguë

« Seul un collectionneur peut véritablement parler de la collectionnite, cette maladie aux symptômes bien connus, aux patients innombrables et aux conséquences plus ou moins épouvantables pour les proches, les finances, la décoration… » c’est en ces termes que l’éditeur Le Passage présente Emmanuel Pierrat, auteur du livre La collectionnite - 2011. Et qu’il s’agisse de timbres, de pistolets à eau, d’étiquettes de fromage, d’œufs en pierre ou de plantes… le problème reste le même, à un détail prêt : la plante est un être vivant. Alors… quand le collectionneur de plantes sent monter en lui les symptômes les plus évidents de sa maladie grandissante, la prise de conscience s’impose, avant de commettre des prélèvements hasardeux ou irresponsables.

La meilleure médecine, d’ailleurs, est souvent l’échec. Marre de voir mourir les rameaux prélevés ? fatigué des graines qui pourrissent ? alors… voilà peut-être venu le moment de passer définitivement au stade du contemplatif et du méditatif !

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