Comprendre ce qu'est le design : origine, designers et tendances

Architecture design, mobilier design, objet design, culture, état d'esprit, émergence et évolution d'un concept au service de l'homme, grâce au designer.
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Le mot semble si communément admis que nul n’imagine devoir le définir : design… et son porte-flambeau, le designer. Snob ? Pourquoi pas. Populaire ? Le plus possible. Cher ? Eventuellement. Bon marché ? De préférence.

Disons que le mot, loin de faire fuir par méconnaissance ou par peur, loin d’attirer, par effet de mode ou par besoin de se démarquer, devrait être d’abord et simplement compris comme un état d’esprit.

Il est habituel de rappeler que «design», mot anglais utilisé au XVIIe siècle et signifiant « plan, dessin d’un ouvrage d’art », vient du latin et du vieux français designare , qui superpose l’idée de dessein à celle de dessin. Son sens profond est toujours là, même si chaque époque, et selon les cultures, voit sa propre variation de la définition du « design ». (*)

Le design, entre la fonction, la réalité industrielle et le goût du client

C’est principalement au carrefour de ces trois axes que se place le souci du concepteur créateur designer, pour produire de nouveaux objets et mobiliers ménagers, par exemple.

En France, c’est dans les années 60 que le mot fait son entrée de manière concrète dans le vocabulaire, remplaçant la simple idée d’esthétique industrielle qui prévalait jusque-là dans les productions. Le pratique doit s’adjoindre à l’acceptablement beau, mais l’application qui en sera faite banalisera l’esprit même de la tendance, dans le grand public, jusqu’à associer souvent design à objet en plastique de couleur vive.

Et si, dans les années 80, le bois semble remplacer le plastique, façon scandinave, ce n’est pas pour rien que « design » sera associé à des grandes productions, comme celles d’Ikea . À une certaine esthétique et au côté fonctionnel s’ajoutent réellement la dimension de production industrielle, celle d’exploitation du potentiel des matériaux optimisés et celle de réseau de distribution… Donc l’idée que le design peut être beau, fonctionnel et pas cher : tout ce que demande une grande partie des clients, et cela vaut pour le jardin design, contemporain .

Pourtant, dès lors, le concept même ne nuit en rien à l’idée que la production de « pièce unique », véritable œuvre vendue en galerie d’art, puisse avoir sa propre existence. La recherche reste la même qu’il s’agisse de pin ou de palissandre, d’inox ou d’argent, de table basse produite à la chaîne et bon marché ou de table basse travaillée en unité isolée au prix d’une pièce unique. Pour les créateurs qui suivent, c’est l’exemple de la chaise qui est retenu. L'exemple n'est pas anodin, et se trouve même posé en question par Liliane Collignon : Où s'arrête le design où commence l'art ? et l'auteure de s'appuyer précisément sur le cas de la chaise.

Design et designers, des maîtres Mendini, Branzi ou Starck… 

Les ancrages les plus forts du design sont à rechercher notamment et tout particulièrement chez les trois maîtres incontestés ci-après cités.

"Il faut entrer dans l’an 2000 avec gentillesse. Objectivement, le monde est violent et la maison doit être protectrice", affirmait Alessandro Mendini, tête pensante du design italien, aujourd’hui âgé de 80 ans et dont le Poltrona di Proust , fauteuil baroque, romantique, fabriqué par Magis a fait le tour du monde, et sa version Proust Geometrica , avec son incroyable tissu de coton, fauteuil fabriqué par Cappellini, aussi.

En restant dans les sièges, Andrea Branzi, 73 ans, lui aussi Italien, grand maître de production mobilière, a produit, par exemple, sa célèbre Revers Chair , en aluminium laqué et hêtre, fabriquée par Cassina, un fauteuil d’une grande légèreté, en contraste total avec celle citée ci-avant, de Mendini.

Philippe Starck, Français de 62 ans, considéré par de nombreux journalistes comme « Le Boss », est le pionnier du « design démocratique », concept qu’il a initié : améliorer la qualité, baisser les prix, donner le meilleur au plus grand nombre sont les idées forces du créateur de génie, missionné pour travailler pour le président François Mitterrand. On dit de lui qu’il est le seul à avoir les épaules suffisamment larges pour que les investisseurs le suivent les yeux fermés, quelque soit la simplicité ou le prestige du lieu revisité. Si l’on garde l’exemple des sièges, des créations aussi célèbres que Toy (1999), Soft Egg (2002) et Bo (2006) fabriquées par Driade, ou que Loulou Ghost (2008) fabriqué par Kartell sont tout à la fois la démonstration que le beau, confortable peut se décliner à petit prix (de 80 à 180 €), et répondre à des convictions « écologiques » de respect de la planète.

… à Bouroullec, Morrison et Massaud, nouveaux designers

Les nouvelles générations complètent et poursuivent l’œuvre des maîtres, la dépassant à l’occasion et sans complexe. Retenons en un clin d’œil trois créateurs, et pas des moindres.

  • Jasper Morrison, 52 ans, Anglais présent à Londres et Paris, est le designer de l’utile et de la simplicité. Discret, sa production se traduit par de grands succès comme Air , une chaise fabriquée par Magis, produit populaire et à petit prix, ou par Glo Ball , une lampe déclinée en diverses versions, de chez Flos, produit plus onéreux.
  • Erwan & Ronan Bouroullec, français de 35 et 39 ans, sont des valeurs sûres qui suscitent l’admiration avec le beau intelligent de leurs créations. Influencés par Jasper Morrison, précédemment évoqué, les deux frères associés créent pour de grands éditeurs comme Vitra, Kartell, Kreo, Cappellini, Ligne Roset… Ils qualifient volontiers leur travail de «délibérément simple avec un élément d'humour », ce qui explique certainement largement leur succès. Leur Striped Sedia , une chaise à prix très abordable, est une illustration de leur esprit.
  • Jean-Marie Massaud, Français de 45 ans, se distingue par son discours très prisé des étudiants, mêlant l’écologie à l’économie dans une forme de philosophie qui lui est propre. Si son Heaven Chaise produite par Emu ou sa Flow Chaise de chez Italia représentent par exemple le créateur et son style, désigné par certains journalistes comme le gourou actuel en matière de design français, son parcours est, à l’évidence, une success story pour les futurs créateurs.

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(*) source Architectural Digest, mai 2011

Salon de l'habitat et de la décoration de Bordeaux édition 2011

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