Créer un jardin sec, sans arrosage, c'est possible et assez facile

Des plantes que l'on n'arrose pas, de beaux jardins économes et plutôt sans soucis... c'est la promesse des jardins secs, qui préservent les ressources en eau.
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  • Quand la sécheresse s’installe, trop tôt,
  • quand le prix du mètre cube d’eau augmente, trop souvent,
  • quand le temps manque le soir ou le week-end pour arroser, trop fréquemment...

qui ne rêve pas d’un jardin sec, des plantes qui poussent et s’embellissent chaque année, sans souci, juste avec l’eau du ciel, la rosée, la brume, quand elles existent ? Suivez-nous et découvrez que votre rêve peut devenir réalité. Mais avant, faisons un petit point sur ce que la nature sait faire.

Jardin sec… la nature n’a pas attendu après l’homme pour le créer

L’eau, c’est la vie. Mais la vie sait aussi être économe en eau ! Naître et vivre dans un pays généreusement doté d’un climat globalement océanique et doux de surcroît, ne nous aide pas à prendre conscience de la chance extraordinaire que nous avons de vivre dans un de ces secteurs minoritaires de la planète pour le moins privilégié. La sécheresse est plus fréquente sur terre que la pluie, et nous l’ignorons généralement. Pourtant, cela n'emp^che pas la présence de fleurs comme le démontrent ces deux photos prises dans les versants arides des Albères (frontière France-Espagne) en méditerranée, avec ciste, lavande stoechas et euphorbe.


L’eau sèche existe aussi, et nos montagnes les plus élevées ont imposé à la vie de s’y adapter. Quand le sol est gelé, les plantes n’ont aucun accès à la ressource liquide. Elles doivent durant de nombreux mois se contenter de l’eau de fonte captée durant quelques semaines d’été.

Ainsi se sont adaptées les plantes dites succulentes, les plantes grasses, adaptées aussi au froid : Joubarbes ( Jovis Barba et Sempervivum sp .) et sédums ( Sedum sp .) en sont de parfaits exemples.

Quand la neige couvre la terre, sans fondre, les plantes en rosettes, à feuillages duveteux ou pourvus de réserves nutritives, tiennent 6 mois sans eau : l’ androsace des Alpes ( Androsace alpina ), les saxifrages ( Saxifraga sp. ), l’épervière des glaciers ( Hieracium glaciale ) ou le célèbre edelweiss ( Leontopodium alpinum ) en témoignent, blottis entre deux pierres.


Mais les plantes grasses existent aussi dans des climats plus chauds, puisque, chaud ou froid, le problème reste le même quand l’eau n’est pas présente. Cactées et succulentes savent se passer d’eau pendant des mois, voire même des années. Les adaptations les plus extrêmes sont peut-être représentées chez les plantes caillo ux : Lithops , Conophytum et Fenestraria .

Autre exemple de situation extrême, cette plante poussant dans une fracture du goudron et des remblais sous-jacent à près de 2000 m d'altitude : soumise au gel l'hiver, à l'aridité l'été !


Première solution pour créer un jardin sec: copier la nature

Beaucoup de pépinières et jardineries proposent une multitude de plantes dites de rocaille, qui sont souvent très résistantes à la sécheresse : achillées, armeries, arnicas, benoites, campanules, céraistes corbeille d’argent, doronics, gentianes, gnaphalles, potentilles, saxifrages, sédums, etc. permettent de créer de superbes scènes sur talus, sur murets ou en massifs rocailleux. Joubarbes et sédums permettent aussi de réaliser des scènes avec pots et auges de pierres dans lesquelles on peut se prendre au jeu de réaliser de jolies collections, à disposer dans un bel espace gravillonné, par exemple.

Certains arbustes de montagne résistent bien au sec, comme les buis et genévriers ( J. communis ), et les pins de haute altitude, comme Pinus mugo , également.

La connaissance du milieu dans la création de jardins méditerranéens , amène aussi à s’intéresser de près aux plantes de la sécheresse. Buis et genévriers ( Juniperus sabina , J. oxycedrus  et  J. thurifera ) y ont aussi leur place, tout comme les filarias ( Phyllirea sp .), les cistes, l’oleastre ( Olea europaea ), le palmier nain ( Chamaerops humilis ), le laurier rose, les nombreux cultivars de cyprès, les chênes à feuilles persistantes ( Quercus ilex , Q. coccifera , Q. suber ), les pins pignon et laricio, les aromatiques telles que thyms, sarriettes, romarins et lavandes. Voici un exemple de jardin sec avec gazanias, cistes, agaves, carpobrotus, lentisques et fétuques (au fil des ans, les gazanias se ressèment abondamment et fleurissent de décembre à juillet :


  • Voyager dans les terres sèches du monde

Sécheresse ne signifie pas forcément désert, même si les déserts, froids ou chauds, sont hautement instructifs en terme de compréhension de la résistance des plantes au sec. Les paysagistes le savent. Ce sont souvent de grands voyageurs, à la recherche de l’inspiration et de découvertes utiles à la création de jardins économes en eau.

La cordillère des Andes en Amérique latine, l’Argentine et la Bolivie, l’Afrique du Sud, l’Afghanistan, les pays arides du Moyen-Orient, les montagnes de l’Atlas, les Etats du centre-sud des États-Unis et jusqu’au long de la côte Pacifique, et certaines contrée de l’Australie et de Nouvelle-Zélande, révèlent des formations végétales exceptionnelles, parfaitement adaptées au chaud, au froid occasionnel, aux longues sécheresses, à la frugalité.

Ce sont de ces contrées du monde que proviennent les superbes cordylines , les aloès, les agaves,  les eucalyptus , les yuccas, et divers palmiers rustiques et résistants à la sécheresse et au froid. Voici l'exemple de mon propre "jardin sec", certes encore jeune mais déjà bien architecturé, dans le Roussillon (photo prise fin mars).


Depuis 1970, de nouvelles prospections dans les pays et régions du monde ont permis d’enrichir notablement les collections et d’apporter une végétation peu connue, souvent gardée dans le secret de jardins très confidentiels, voire même inconnue.

Deuxième solution pour créer un jardin sec : adopter un style contemporain

Il faut dire que les goûts ont notablement changé ces dernières décennies, et nous sommes de plus en plus nombreux à partir à la recherche de cadres de vie plus épurés, plus graphiques, plus minimalistes, aptes à engendrer l’évasion spirituelle, le songe, la simplicité.

Et au final, tout concorde à merveille puisque, à cette évolution de nos goûts, s’accompagnent à la fois le renouveau de la création paysagère, la nécessaire prise en compte de la gestion optimisée des ressources naturelles, la restriction budgétaire dans les ménages… qui se combinent parfaitement dans la création de jardin design, l’alliance du végétal et du minéral.

Or, pour la dimension végétale, il est étonnant de voir comment la nature, dans sa grande prévoyance à notre égard, sait être ultra contemporaine depuis des dizaines de millions d’années, pour nous offrir, à l’heure où nous savons les percevoir, des plantes au graphisme incroyable, et de surcroît increvables ou presque. En voici un exemple, pris aussi chez moi, avec yuccas (rostrata et elephantipes), cactées cierges et raquettes, aloes, graptopetalum , kalanchoe...


Yucca rostrata , Yucca filamentosa , Nolina sp ., Phormium sp ., Dasylirion sp ., Beschorneria sp. , Furcraea sp ., Butia sp ., ainsi qu’une multitude de nouvelles agaves et cactées, sont parmi ces plantes très graphiques qui peuvent venir composer de fabuleux espaces extérieurs, alliées aux roches, aux dallages, aux pots géants et au minéral sous toutes ses formes ou presque.

Toutes se bonifient avec le temps, offrant un spectacle insolite, pérenne et économique… Le jardin sec, par excellence.


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