Cryptobotanique : plantes mangeuses d'hommes, monstres carnivores

La plante carnivore et monstrueuse qui attrape humains et bêtes alimente les peurs depuis longtemps. Cet être fabuleux existe... dans notre imaginaire !
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Plantes carnivores, arbres mangeurs d’hommes et de bétail, lianes tueuses… De la dionée attrape mouche à l’épouvantable monstre de sève, végétal capable de dissoudre toute chair d’animaux de grande taille, l’esprit des hommes a franchi le pas.

Crypto vient du grec κρυπτ?ς « caché », et la botanique est la connaissance et l’étude scientifiques des plantes. On en déduit que la cryptobotanique est l’étude des plantes qui ne se voient pas (qui n’existent pas ?) ou dont l’existence ne peut être prouvée. Nous connaissons mieux la cryptozoologie, avec les célèbres cryptides que sont le yéti ou le monstre du Loch Ness par exemple.

De la naissance du mythe de la plante tueuse

MuseumStuff , site de référencement des musées du monde, indique la principale source de l’origine du mythe des plantes monstrueuses :

« En 1881, une revue, le South Australian Register a publié un article du voyageur allemand Carl Liche. Lors d'un voyage à Madagascar, il a été horrifié de voir la tribu indigène Mdoko sacrifier une femme à un arbre mangeur d'hommes ». Deux versions de cette histoire existent : l'une laisse entendre que les vrilles de l'arbre ont pris la femme par le cou pour l’étrangler, l’autre que la femme fut dissoute par les sucs.

La paranormal-encyclopédie apporte un extrait des propos relatifs à cet arbre : « Les grandes feuilles s'élevèrent lentement et avec raideur, comme les armatures d'un derrick, se dressèrent dans l'air, s'approchèrent l'une de l'autre et écrasèrent la victime morte et entravée avec la force silencieuse d'une presse hydraulique et l'absence de pitié d'un instrument de torture»

Plantes carnivores : quand l’esprit de l’homme fait son cinéma

Trois autres monstres végétaux sont connus : Umdhlebi, Duñak , Ya-te-veo.

Le Umbdhlebi est un arbre du Zoulouland qui empoisonnerait les animaux qui s'en approchent. C’est le cas le plus vraisemblable de toute la cryptobotanique. Un article a même été publié à son sujet dans le prestigieux journal Nature , le 2 novembre 1882, par le révérend G. W. Parker, un missionnaire envoyé en Afrique du Sud : « L’auteur mentionne que l'umdhlebi empoisonne sans doute les animaux qui s'en approchent pour que leur cadavre fertilise le sol. Ce serait donc un arbre "proto-carnivore". L'existence de plantes proto-carnivores est attestée en botanique ». Nature, dans une note d’accompagnement, compare l'umdhlebi à l'upas ( Antiaris toxicara ), arbre poussant notamment sur l'île de Java et qui produit un latex très toxique.

Duñak et Ya-te-veo sont également des arbres mangeurs, mais purement imaginaires, ceux-là :

« Selon le folklore tribal des Philippines, le Duñak serait un arbre anthropophage au feuillage épais et au tronc rouge sombre. Comme le Ya-te-veo d'Amérique du Sud, il n'est connu que par ouï-dire. La légende veut que lorsqu'un animal passe sous les branches Duñak, des vrilles épineuses descendent de son feuillage pour s'enrouler autour de la proie et le soulever jusqu'au sommet de l'arbre, où elle serait ensuite broyée et mangée » (source paranormal-encyclopédie ). Tout cela ressemble fort à l’action d’un python sur sa proie.

Le fait est, par contre, que de ces croyances, l’homme a su s’en emparer au cinéma.

MuseumStuff nous cite des exemples parmi les plus célèbres de la fiction cinématographique relative aux plantes carnivores monstrueuses, notamment dans la culture populaire des années 1960 : « The most famous examples include the black comedy The Little Shop of Horrors , The triffid s of John Wyndham 's , The Day of the Triffids ».

L’homme si fragile face aux forces de mère nature

Animal social au mode de vie tribal, l’homme est vulnérable face à la nature : vue, odorat, ouïe sont d’un faible secours car insuffisamment développés eu égard aux capacités sensorielles d’autres espèces animales. Son corps, peu ou pas pileux, est particulièrement sensible à toutes les agressions, avec une peau fine et très innervée.

Isolés ou en tout petits groupes, les humains sont vite apeurés, terrorisés, en milieu inconnu et inhabituel. Animal diurne, la vulnérabilité de l’homme s’accroît avec l’approche du crépuscule, puis de la nuit. Celle-ci le trompe facilement en transformant l’inconnu en hostile, l’imaginaire en « réel ». La moindre petite atteinte à sa personne par un élément du milieu se transforme très vite en agression pour l'homme, en terreur et peur panique, par le truchement de la pensée qui interprète les faits en construisant un scénario dramatique et angoissant.

La nuit, chaque griffure de ronce ou piqûre d’ortie, peuvent vite prendre des proportions démesurées, faute d’avoir pu en définir la cause visuellement, puisque l’homme, en pure contradiction, se lie à l‘adage « voir pour le croire »: je n'ai pas vu la ronce, donc c'est un monstre !

L’homme civilisé, instruit, serait-il à l’abri de ces peurs et des croyances qui en résultent ? Rien n’est moins sûr. Il a déserté la nature qu’il ne connaît plus et tout ce qui émane d’elle lui fait peur : n’en témoignent que la petite araignée qui le terrorise ou son angoisse à l’idée qu’il puisse y avoir des plantes toxiques dans son jardin.

Vraisemblance des plantes carnivores, invraisemblance des monstres

Comme l’indique Wapedia , la plante carnivore ayant les plus grands pièges, actuellement connue, est probablement Nepenthes rajah , avec des urnes dont la hauteur peut atteindre jusqu'à 38 cm et le volume jusqu'à 3,5 litres, permettant à cette espèce de piéger très occasionnellement de petits mammifères. Il n’est pas totalement improbable donc que d’autres végétaux de taille similaire ou plus grande puisse exister en forêt pluviale inter tropicale.

Mais, s’il reste encore beaucoup de territoires mal connus par insuffisance d’exploration scientifique, et de très nombreuses espèces vivantes à découvrir, curieusement les cryptobotanistes, comme les cryptozoologues d’ailleurs, restreignent toujours l’existence de leurs êtres fabuleux aux seuls endroits peu explorés, endroits dont la surface se réduit peu à peu, bien sûr.

Plus sérieusement, Omnisterra fournit une liste exhaustive, synopsis nomenclature de toutes les plantes carnivores du monde connues à ce jour. La connaissance même de cette base de données internationale suffit à mesurer l’invraisemblance de l’existence supposée de plantes mangeuses d’hommes, et discrédite donc la cryptobotanique comme science .

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Du même auteur : Réflexion sur l'arbre et l'homme, hommage à la plante

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