De l'écologie à la ruralité: retour d'une harmonie homme-nature

Après 100 ans de productivisme, des pensées écologistes et humaines, dans les sens vrais des termes, trouvent enfin écho dans nos sociétés: explications.

Regarder à nouveau la nature comme source fondamentale de vie est un juste retour des choses depuis quelques années. De la perte de la paysannerie à l’affirmation et la reconnaissance des pensées écologistes des années 70 , voici quelques éléments de compréhension.

Une vieille France qui s’est modernisée en reniant ses campagnes

La perte du savoir paysan, l’homme qui nourrit l’homme, de la richesse et de la vitalité de nos campagnes est tout à la fois le résultat notamment:

  • de la déruralisation liée à l’attrait de la ville, ses facilités, son travail et sa vie moins rudes, pendant plus d’un siècle.
  • du lobbying industriel soutenu par les pouvoirs politiques successifs (dont la déclaration de M. Sarkozy, le 6 mars 2010, au Salon de l’agriculture: «toutes ces questions d’environnement, […] ça commence à bien faire» n’en est qu’une éloquente conclusion), sous couvert de découvertes scientifiques ou présentées comme telles, ont fait miroiter l’ accroissement de la productivité par l’usage de traitements chimiques et manipulation d’espèces vivantes, par exemple.
  • de la rudesse de la vie durant la dernière guerre qui a obligé tant de gens à se nourrir des mêmes légumes (pois chiches, fèves, topinambours, raves…), de mêmes fruits durant des mois, voire des années, jusqu’au dégoût.

L’apogée du prêt à consommer et le rejet de l’«authentique»

Progressivement, le pain noir comme la châtaigne sont devenus synonymes de pauvreté confrontés à la noblesse des pains blancs et farines industrielles. Carotte ou navet malformés et terreux ont été rejetés au profit des légumes parfaits. Pommes et poires régionales, multiples, ont laissé place aux quelques variétés standardisées présentes dans tous les étals de France…

Fi de la pomme de terre qui germe, de la mandarine à pépins et de la mâche à préparer soi-même. Tous les systèmes agraires s’y sont laissés prendre, jusqu’aux jardiniers. Plus besoin de produire ses propres semences, ni de faire ses semis de choux ou de poireaux. Finis la production de pieds mères, le greffage, la formation des palmettes! Adieu variétés certes goûteuses mais capricieuses et repérages et destructions manuelles de parasites.

Acheter arbre en conteneur formé, produits miracles exterminant parasites et autres nuisibles des cultures, engrais faisant fleurir et fructifier sans efforts, terreau en sac, etc. sont devenus des gestes courants totalement impulsés par les industriels, relayés par la presse spécialisée, les jardineries et grandes surfaces.

La nature, pour être commandée, doit être obéie

C’était sans compter sur l’attachement à nos racines qui alerte nos consciences, ni sur la ténacité et la persévérance de rebelles qui n’ont cessés de se battre pour la qualité de la vie, la protection de la planète et l’avenir des générations ( Pierre Rabhi en est un illustre exemple). Des pensées écologistes des années 70 a peu à peu refait surface l’évidence:

«La nature, pour être commandée, doit être obéie»

C’est la pensée du célèbre philosophe anglais Francis Bacon, en 1620 dans son ouvrage Novum Organum, Indicia de Interpretatione Naturae (Nouvel outil, indications sur l’interprétation de la nature). À cette vérité, il ajoute une méthode de pensée et d’action: « ne rien imaginer, ne rien supposer, mais découvrir ou trouver ce que la nature fait ou éprouve », ce que Darwin intègrera pour mener à bien son célèbre travail, L'Origine des espèces - 1859.

Durant plusieurs siècles, avec des périodes plus fastes, pour l’homme et la nature, ou plus dévastatrices, la ruralité en France a permis tant bien que mal de mettre en application ces méthodes, de manière souvent intuitives, finalisant une France d’une extrême richesse paysagère . L’abandon de ces savoirs, avec les révolutions industrielle et agricole, pouvait présager de la disparition complète des pratiques au cours du XXe siècle. Mais le petit monde rural, qui s’est maintenu à l’ombre de la grande agriculture industrialisée, fût le garant méconnu du maintien des vieilles variétés, des races anciennes , des savoir ancestraux, des pratiques agraires respectueuses de la plante, et plus globalement de la vie et de l’environnement.

Les valeurs du passé et les promesses de l’avenir

Lassés des promesses non tenues et de modes de vie trop éloignés des aspirations humaines, trompés par les scandales sanitaires à répétition, nombre de gens recherchent les saveurs d’antan, la qualité d’une vie saine, les choses simples du quotidien… Des mouvements de pensées vont aussi sur la voie de la décroissance .

Le discours des premiers «écologistes» allié à celui des paysans est enfin entendu. La prise de conscience est en marche et fait frémir les grandes industries chimiques et autres groupes industriels de pression qui se voient désormais obligés de revoir leurs stratégies, mais le chemin est encore long.

Retour aux sources? Non! Il faut concilier ce qu’il y a de meilleur entre hier et aujourd’hui, en pensant demain.

La quête d’une vie meilleure ne s’accompagne pas d’une acceptation de la rudesse de la vie d’antan. L’allongement de la durée de vie, la diminution de la mortalité infantile, l’intégration des loisirs dans le mode de vie, l’amélioration des soins… sont autant de gains que personne ou presque n’est prêt à concéder.

Par ailleurs, la désertification des campagnes, pour dramatique qu’elle fût sous certains angles, est aussi une bouffée d’oxygène pour la nature dans certaines régions et sous certaines conditions, et a permis l’émergence d’un mode de pensée alliant protection de l’environnement à ruralité, ce qui n’existait pas autrefois.

Enfin, l’industrialisation et la remise en cause des pratiques anciennes n’a pas eu que des effets pervers, loin s’en faut. Elles permettent aux chercheurs de mesurer l’importance des variétés anciennes et leur richesse biologique , de comprendre les limites des nouvelles pratiques agraires, de mesurer la valeur gustative et sanitaire des anciennes productions… Les technologies nouvelles permettent par exemple l’utilisation de méthodes d’arrosages plus économiques ou l’usage plus modéré des énergies.

Il est donc permis de croire en un avenir plus souriant.

Du même auteur: Ptérodactyle, oui, blobfish, non , sur l’appauvrissement de la biodiversité.

" écologie, la science qui apprends aux hommes à sauver la terre ?"

Sur le même sujet