Du respect de la vie végétale au plaidoyer pour la vie en général

Le peu d'intérêt pour les plantes comme êtres vivants interroge : végétal et animal sont-ils si différents ? Toute forme de vie se respecte, non !

Notre culture, notre perception sensorielle de notre environnement, nos centres d’intérêts économiques, nos modes de vie et même nos religions, nous font oublier la vie végétale, et par là même la signification de la vie. L’homme, dans son rapport à l’être vivant, occulte son rapport à la vie. Qu’est-ce que la vie ? La question ne se pose même plus, vaguement assimilée au mieux à l’animal mobile, plus certainement ramenée à l’homme et à quelques espèces animales qui lui sont chères… Le reste, à commencer par les plantes, indiffère beaucoup.

Souffrance, douleur et conscience… la part des choses

L’homme souffre ; certains animaux souffrent ; d’autres non ; la plante jamais ; Cette idée, comme repère à la valeur de la vie, serait sensée si nous connaissions le ressenti de cette souffrance pour chaque être vivant, ce qui n’est aucunement le cas. L’animalcule qui se contorsionne en subissant une agression ou le jeune gnou qui se fait dépecer vivant, que ressentent-ils ?

Pour l’homme même, la souffrance n’est pas égale entre les individus, pas semblable dans le temps selon l’état de l’individu concernée, pas forcément proportionnelle à l’agression vécue, ni exponentielle, ni illimitée. Souffrance et douleur restent partiellement mal comprises, mais relèvent pour l’essentiel d’impulsions électriques nerveuses, d’environnement et de conscience ( plus d’informations ici ). Telles que définies aujourd’hui, il est probable que souffrance et douleur ne soient pas applicables à beaucoup d’êtres vivants.

De là à s’emparer de ce postulat pour affirmer, avec force confusion, que les plantes n’ont pas de sensibilité, il y a une grande marge que certains n’hésitent malheureusement pas à franchir pour des causes qui n’ont absolument pas besoin de ce genre d’allégation pour être défendues.

Végétal et animal, un concept battu en brèche depuis plus de 100 ans

Parler de « végétaux » et « animaux » sous-entendrait qu’il existe une frontière évidente entre les deux. Nos limites sensorielles et une bonne dose d’anthropomorphisme nous amènent à qualifier populairement d’animal le lièvre ou le merle, et de végétal le blé ou le chêne ; l’immense majorité d’entre nous occultons l’immense majorité des êtres vivants des méso et microsphères. Or, la classification des êtres vivants est en perpétuelle évolution. La distinction même entre vivant et non vivant est sans cesse repoussée.

Jusqu'au XIXe siècle, les êtres vivants étaient répartis en règne animal et règne végétal ; beaucoup de doutes émergeant sur la pertinence de cette distinction, « dans le milieu du XXe siècle, les êtres vivants (furent) communément classés en cinq grands règnes : bactéries, protistes, champignons, plantes et animaux  » (source  AFD ). De nouvelles méthodes font évoluer cette classification : «  Encore balbutiante, la classification biologique émerge peu à peu avec le développement des techniques de laboratoire. Déjà, elle nous a donné quelques surprises en rapprochant des espèces que l'on pensait très éloignées, mais qui en fait, s'avèrent très proches biologiquement  » (source AFD).

Il suffit de se plonger dans les travaux universitaires de C.F. Boudouresque pour comprendre la profondeur des remaniements dans l’organisation du vivant : « les notions traditionnelles de ‘végétal’ et ‘animal’ ne correspondant à aucun clade défini, et étant susceptible de générer des interprétations erronées, il a été choisi de ne jamais utiliser les suffixes ‘phyte’ (du grec ‘plante’) et ‘zoa’ ou ‘zoaire’ (du grec ‘animal’) et d’utiliser à leur place ‘bionte’ (du grec ‘vie’)  ». Ne peut on être plus clair ; plus que d’opposition ou de différence, en matière d’approche des plantes et animaux, il s’agit de distinguo.

La sensibilité touche tous les êtres vivants

Rémy de Gourmont décrivait tout ce que les chercheurs démontrent encore aujourd’hui dans leurs travaux : «  Il y a une sensibilité chez les plantes et qui se traduit par des états physiques parfaitement visibles. Une plante a soif, elle baisse la tête, ses feuilles se recroquevillent. On lui donne de l'eau et, quelques heures après, elle a de nouveau déployé ses feuilles, redressé la tête (…) On voit des effets d'apparence absolument pareille chez un malade très faible et qu'une injection d'eau de mer ranime soudain (…) il y a là un certain parallélisme, mais il deviendrait absurde de le pousser un peu loin ».

Rien de nouveau ne remet en question ce point de vue ; Pas de confusion non plus entre souffrance et sensibilité ! cette dernière est même une base fondamentale de travail en agronomie, par exemple ce sujet étudié par l’INRA : Mécanismes de sensibilité des plantes aux oomycètes .

Parce qu’elle reste un mystère, la vie se doit d’être respectée

La vie ne peut se définir simplement : « Il est même probable que notre recherche d’une définition précise est utopique, chaque stade de l’évolution définissant ses propres règles, la vie apparaissant en fait graduellement dans des systèmes de plus en plus évolués  » (source Luxorion). Et l’auteur d’expliquer : le cailloux est inerte, le cristal grandit, les argiles ont des capacités de mémorisation et de chaînage, les protéines assurent le travail de la cellule, les virus ont des capacités de reproduction, les protozoaires sont autonomes et les métazoaires sont organisés.

« En cherchant une définition exacte de la vie, en considérant uniquement ses extrêmes ou en arrêtant arbitrairement ses propriétés, on se trouvera à un stade ou à un autre face à des confusions, et entravés dans les paradoxes du langage » (source Luxorion ).

Si l’homme est seul à avoir la conscience de son existence, seul à se poser la question du pourquoi, il doit reconnaître que son intelligence ne lui permet pas de savoir pourquoi la vie et le monde existent ; il doit ne pas détruire par désintérêt, plaisir ou ignorance cette vie. Si la mort est indispensable à la vie, n’oublions pas de « percevoir la diversité et l'originalité d'un monde (NDLR : les plantes) fascinant sans lequel la vie à la surface de notre planète serait impossible et dont l'homme est entièrement dépendant pour assurer son alimentation  » (source AFD ).

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