Écologie et écologisme - Complémentarité, confusions et dérives

Écologue, écologiste... Il y a complémentarité dans l'action. Mais, l'usage commercial des vocables engendre par surabondance la confusion dans les esprits.
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Bien que récente, l’écologie en tant que science qui permet de comprendre la Terre et la vie , est tout à fait fondamentale et sa légitimité n’est plus contestée aujourd’hui. Mais l’émergence de cette discipline scientifique de synthèse, notamment dans les années 60 à 80, s’est accompagnée dans le même temps de mouvements de pensées visant notamment à la protection de la nature puis à l’émergence de formations politiques s’appuyant sur ces pensées.

Du savoir écologique à la stratégie commerciale : désordre amalgame et confusions

L’écologie est de fait devenue dans l’esprit collectif un mélange confus de connaissances, d’idéaux et d’orientations politiques, amalgame entre la science, la pensée et des choix de société. S’y ajoute l’usage qu’en ont fait certains médias et industries dans l’objectif mercantile, à peine voilé, de profiter d’un créneau porteur.

C’est dans ce brouillard complet que se dessine pourtant de profondes mutations, parfois hasardeuses et difficiles à comprendre pour tout un chacun. « Demain doit être écologique ou ne sera pas », semble être le mot d’ordre.

Or, en l’absence de formation sur la connaissance écologique, chaque citoyen appréhende comme il le peut, en fonction de ce qu’il entend et de ce qu’il comprend, les phénomènes liés ou sensés être liés à l’écologie. Il n’y adhère qu’en fonction de ses moyens intellectuels et financiers d’ailleurs.

Il parle de CO2, sans comprendre la focalisation faite sur cette molécule, parce que le CO2 est l’argument commerciale culpabilisant utilisé pour influer sur nos modes de déplacement

Il subit le «réchauffement climatique» en grelotant lors d’un hiver glacial, persuadé que sa chaudière à mazout, qui le culpabilise maintenant, est la cause de tout cela.

Il se rappelle la médiatisation à outrance des pluies acides, disparues des médias aussi vite qu’elles y étaient venues, sans en avoir vu ni compris le catastrophisme annoncé.

Du véritable danger des glissements sémantiques

La frénésie, qui gagne de manière très désordonnée tous les domaines de nos sociétés sous prétexte d’écologie, prive chacun de nous des clés lui permettant un bon discernement entre vrai et faux, urgent et accessoire, légitime et infondé , scientifique et commercial, idéologique et vital.

Quand l’ampoule, la lessive, la voiture ou la maison deviennent écologiques, on entre dans la zone rouge. Cet usage inconsidéré de l’écologie risque par exemple et entre autres d’entraîner une déception aussi brutale et violente qu’aura été l’engouement suscité pour croire à ce vocable.

C’est que, non seulement «l’écologiquement correct» est majoritairement affaire de gens ayant les moyens, mais est aussi globalement insensé. Une voiture ne peut pas être «écologique»! La rendre moins polluante est une chose positive et nécessaire, mais au mieux elle ne devient que moins polluante. Rien d’autre. La prétendre écologique c’est affranchir chacun d’une réflexion de fond vis-à-vis de la portée de nos actes sur notre environnement.

Pire, cette nouvelle conscience insufflée mais biaisée risque d’entraîner distanciations puis dissensions dangereuses entre citoyens et entre peuples; ceux qui ne peuvent suivre cette frénésie coûteuse seront progressivement montrés du doigt.

Pas d’écologie sans remise en cause de fond

Ce néo-comportement écologique n’est d’ailleurs que de façade puisque la majorité ne consent que si son intérêt personnel y trouve son compte . Or, les vrais changements de comportement qui intègrent la dimension écologique se font nécessairement par acceptation d’un certains nombre de «sacrifices» .

Autre retournement possible, celui de la déception. L’écologique du moment est peut-être le polluant de demain. Tout va vite, très vite, trop vite dans les domaines du commercial. Beaucoup de gens ne peuvent pas suivre. Leur maison prétendue écologique d’aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain, supplantée par de nouveaux produits «tellement plus efficaces»! La bonne conscience du pionnier risque fort de s’en trouver émoussée.

Par ailleurs, l’écologie fait commerce quand tout va bien. Chaque crise, chaque difficulté la relègue immédiatement au second rang voire au superflu, faute de moyens.

Il ne s’agit nullement de juger de ces choix conjoncturels, mais bien de mettre en garde sur l’abus de langage qui les accompagne.

L’écologie ne peut être un effet de mode. L’écologie se fonde sur des savoirs, non sur des arguments commerciaux, même si cette connaissance doit permettre d’induire des modifications de nos modes de consommation.

Écologie et écologisme en complémentarité

Est écologue le scientifique étudiant l’écologie. Et, comme tout scientifique, il étudie des phénomènes fondamentaux. Sa démarche d’étude vise, à partir de problèmes et questionnements, à émettre des hypothèses dont il cherche des réponses.

Science de synthèse, l’écologie fait appel à une diversité de savoirs. L’écologue, dans l’absolu, est un grand généraliste, bien plus qu’un spécialiste, souvent même un conceptualisateur capable de mettre en corrélation un ensemble d’éléments interactifs et interdépendants constitutifs d’une entité définie.

L’écologiste n’a pas nécessairement un réel bagage en écologie. Il se place en « défenseur de la nature »; Peut donc s’autoproclamer écologiste qui veut.

L’émergence de cette pensée et des mouvements qui l’ont accompagnés résulte de préoccupations environnementales liées à la dégradation du cadre de vie et à la prise de conscience des pollutions, autant qu’au gaspillage des ressources planétaires et aux inégalités Nord-Sud notamment. Il s’agit non plus d’écologie mais d’écologisme.

Pourtant, bien coordonnés, les connaissances et les découvertes de l’écologue peuvent se voir vulgariser par l’écologiste, et l’écologisme peut gagner en crédibilité en s’appuyant sur l’écologie scientifique. Très sérieusement, des associations et mouvements écologistes agissent ainsi et c’est ce que le citoyen en quête d’information doit apprendre à percevoir. Reste par contre la dimension politique avec cette question de fond: « l’écologisme se doit-il être un ou des mouvements politiques » ou « la pensée écologiste fondée sur le savoir écologique doit-elle influer sur l’ensemble des mouvements politiques »?

À moins de considérer que l’écologie scientifique doit s’inscrire fondamentalement dans la Constitution comme filtre préalable à toutes nos actions économiques!

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