Forgeron métier actuel, et fer forgé: entre modernité & tradition

Beau, durable, irremplaçable, contemporain, le métal forgé retrouve un nouvel élan après quelques années d'oubli relatif, grâce aux forgerons d'aujourd'hui.
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Quelle image avons-nous du métier de forgeron ? Cetautomatix, le Gaulois très musclé du village d’Asterix, est surement l’image humoristique prédominante, mais il y a fort à parier que la vision diverge sensiblement entre la génération des plus de 50 ans et les autres (article rédigé en s'inspirant de deux professionnels talentueux *).

Forge et forgeron dans les années 60

À cette époque, dans quelques villages de France, on pouvait encore voir maréchal-ferrant, maréchal des forges, parfois serrurier ou faiseur de cercles. C’était de ces rares métiers d’artisan installés vraiment au cœur des villages.

On se souvient du tablier de cuir, du marteau, de la tenaille et de la gouge, de la forge aux braises rougeoyantes, de l’odeur à nulle autre pareille du métal chaud. Et ce bruit si particulier du marteau sur le fer, et du fer sur l’enclume… en rebond parfois. Geste, sûr et franc, maintes fois répété. Être forgeron n’est pas affaire de gros muscles : c’est surtout utiliser une « théorie d’action » qui, dans une rapidité que le néophyte ne perçoit pas, permet simultanément de réfléchir, prendre les bonnes décisions et forger coup après coup.

Si le métier semblait dévolu aux hommes, c’est peut-être moins par leur force que par le fait que les femmes étaient exclues de ces artisanats là, par croyance ou par tradition.

Fer forgé beau, durable, robuste. Un temps oublié

Nancy, place Stanislas : la splendeur des lieux doit sa beauté aux grilles de fer forgé qui aèrent l’ensemble en le structurant. Impressionnantes, elles posent la noblesse du décor. Porte de la Pépinière, les grilles de Jean Lamour encadrent la fontaine d'Amphitrite, de Guibal. Dorées à l’or, le fabuleux travail qu’elles représentent fait leur renommée mondiale.

Mais faut-il se référer à ce remarquable ouvrage pour évoquer la place si particulière du travail du forgeron dans notre patrimoine ? Que seraient les jardins des villages du Périgord, de Bourgogne ou de Normandie sans leurs clôtures basses de fer forgé ? Quel charme auraient les maisons de Nantes, Lyon, Amiens sans leurs superbes marquises ? Et que dire des domaines et châteaux bourguignons, aquitains ou franciliens sans leurs grilles ?

Le travail du forgeron est partout, des outils des champs au mobilier des châteaux, dont l’essentiel a traversé les siècles jusqu’à nous. Il fait partie de notre patrimoine.

Dans les années 60-70, à l’époque du produit réalisé industriellement, selon un modèle censé être de goût moyen puis cloné à l’infini, le « fer forgé » a perdu tout caractère : l’authentique coup de marteau est remplacé grossièrement par un faux martelage, toute pièce en tous points semblables à toutes autres pièces. Patine standardisée - en réalité grossièrement imitée - et détournement d’usage des formes – le fer à cheval devient porte-clés et la crémaillère s’affuble de lampes – auront pourtant tôt fait de désintéresser les amateurs, lassés de ces mauvaises imitations d’un artisanat vieux de plusieurs millénaires.

De confidentiel, le métier de forgeron retrouve un nouvel élan

Forge et ferronnerie ont connu plusieurs fois un certain oubli, entre des périodes d’engouement. Ainsi, le relatif désintérêt durant le XVIIIe siècle disparaît avec l’émergence du style Rococo qui verra la création des fers forgés de la place Stanislas. Après un nouveau recul au XIXe siècle, la passion pour l'art nouveau et les arts décoratifs va relancer de manière spectaculaire la ferronnerie d'art en France et en Belgique.

C’est justement la richesse de l’œuvre des forgerons qui sauve le métier. Une telle profusion de pièces dans tous les styles, pour tous les usages, chez les riches et les moins riches, nécessite forcément tôt ou tard des restaurations, et se révèle dans le même temps source d’inspiration, d’envie pour de nouvelles créations. Qu’on se le dise, rien n’est plus contemporain que ce qui est intemporel, et en la matière, le métal travaillé, forgé, n’a rien à envier au bois et à la pierre. Pour le reste, ce n’est qu’une question de forme et d’apparence.

Si la petite production très confidentielle de fer forgé traditionnel, demandée par quelques amateurs, à permis de maintenir la profession à quelques rares forgerons, ces derniers ont bien compris qu’avec leurs savoir-faire ils sont en mesure de séduire une nouvelle clientèle. Architectes et designers sont aussi demandeurs avec des personnes exigeantes en recherche d’authenticité et de produits nobles et durables. Ajoutons enfin la demande croissante en restauration de pièces anciennes, nombreuses, et il devient alors facile de mesurer que le retour de la profession est en bonne voie, mais aux goûts d’aujourd’hui.

Métal forgé d’aujourd’hui, plus facile à vivre et à entretenir

Nous ne reverrons pas les forgerons cercler à chaud les roues de charrettes fabriquées par le charron. Araires, pioches, tisonniers ne sont également plus de leur ressort. Serrurerie, tonnellerie et ferrage des chevaux resteront très confidentiels. S’il y a un certain regain d’intérêt pour les enseignes, éléments de mobilier et marquises, c’est certainement dans le domaine des clôtures, grilles, rambardes et garde-corps, main courantes et ferronneries d’ornement, que la profession trouve un véritable nouvel essor.

C’est qu’aux savoir-faire traditionnels indispensables s’ajoutent deux éléments essentiels pour séduire : la praticité et la créativité.

  • Fini le lourd portail métallique difficile et pénible à ouvrir : l’automatisation a fait de tels progrès que même ces créations de poids s’ouvrent électriquement. Finies les corvées d’entretien du métal qui rouille, et finis aussi les coûts exorbitants relatifs à cet entretien. Les métaux utilisés sont traités durablement contre la corrosion par des procédés sophistiqués, et de nouveaux alliages sont utilisés, plus solides aussi. Mieux, même, la rouille est devenue une alliée esthétique pour qui le souhaite.
  • Côté création, le métal du forgeron s’associe au bois, au verre, à la céramique, dans des mariages audacieux et contemporains, très innovants, ou en clin d’œil à l’histoire. Des jeunes partent à nouveau en apprentissage pour embrasser la profession, avec l’envie d’innover. Alors, le retour du forgeron sur le devant de la scène est une véritable chance pour les particuliers, comme pour les créateurs actuels.

(*) avec l'appui de deux professionnels talentueux : une femme forgeron (et oui !) et un homme forgeron .

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