La taille et l'entretien des gynériums, de l'herbe de la pampa

Imposant, envahissant, Cortaderia, ou Gynerium, forme des touffes qu'il faut maîtriser : comment le tailler et pourquoi ? Suivez les conseils d'entretien.
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À une époque où les Français s’intéressent de plus en plus aux problèmes écologiques et à l’environnement, il est plus que jamais nécessaire de faire attention aux plantes invasives. Belle, mais capable de coloniser bien des milieux sauvages, l’herbe de la pampa est, hélas, une plante invasive qui nécessite d’être contrôlée.

Entretenir et tailler chaque touffe de gynérium est à la fois utile d’un point de vue esthétique et important d’un point de vue écologique.

Un gynérium… des gynériums

Il existe de nombreux arbres et arbustes envahisseurs à éliminer , ou à éviter de planter, en France, mais il y a également des plantes herbacées tout aussi dangereuses pour l’environnement. Le gynérium, dans certaines régions, est une de ces pestes végétales.

Le Conservatoire Botanique de Brest ( CBNB ) nous explique : « chaque plante est capable de produire des millions de graines fertiles (jusque 10 millions par pied) pouvant être éparpillées par le vent dans un rayon de 25 km. Dans des conditions favorables, les graines germent en trois semaines à 22-25°C. Dès sa seconde année (une plante vit 10 à 15 ans en moyenne), une plante peut atteindre un mètre et produire des graines (d'une capacité de vie de cinq ans) ».

L’herbe de la pampa… et de bien d’autres milieux !

Son aptitude à supporter des conditions de milieu bien différentes lui permet de s’implanter facilement dans des zones humides (comme au bord des étangs de la côte languedocienne), des milieux sableux (comme dans les Landes), des pelouses et landes (comme dans le Finistère), le long des routes et digues, dans les remblais (comme en Basse-Normandie), et même dans les falaises, ou dans des formations forestières ou arbustives (*).

Son extension est constatée dans toutes les régions atlantiques et méditerranéennes ou à climat doux (source Conseil général 06 et Tela-botanica ). On constate aussi sa présence en ville, dans les zones artisanales, les friches, les zones industrielles et commerciales, comme à Bordeaux Lac, en Gironde.

Ainsi, selon les régions, le gynérium est aimé ou détesté, de par l’aptitude de la plante à envahir ou non certains paysages ; ce qui fait dire à un internaute : « Tout est relatif.... Depuis plus de 40 ans elle devrait avoir déjà recouvert des milliers d'hectares, or il n'en est rien ». Mais ce raisonnement manque d'approfondissement.

Taille des gynériums pour le contrôle de la dissémination

Pour concilier jardin et protection de la nature, la sagesse veut que la coupe des tiges florales des herbes de la pampa soit envisagée systématiquement avant la dissémination des graines (source Conservatoire Botanique de Brest). Coupez les chaumes à la fin de l’automne, tout en laissant le feuillage. Brûlez-les. Imposez-vous cette taille à cette période, et tant pis si vous auriez visuellement pu profiter quelques semaines encore des grands plumets. Au moins, vous minimisez les risques de dissémination des graines.

En laissant en place la touffe de feuillage durant l’hiver, vous éviterez l’excès d’humidité dans le pied et le risque de pourriture qui peut s’ensuivre. Dans le même temps , le maintien du feuillage hivernal permet de garder un aspect esthétique et fourni un refuge pour de multiples petites espèces animales.

Taille de l’herbe de la pampa en fin d’hiver

Les touffes, en vieillissant, grossissent notablement et finissent par se vider en leur centre. En laissant les feuillages secs, vous obligez la plante à former des feuilles toujours plus hautes, une touffe toujours plus grosse, pour émerger au milieu des chaumes et feuilles mortes. Au final, après quelques années, l’aspect est totalement inesthétique et devient désordonné, avec une majorité de matières sèches (illustration ci-dessous).

Avec une cisaille parfaitement aiguisée et si possible crantée à la base (pour faciliter la coupe des chaumes), attaquez grossièrement la touffe par un côté afin de vous approcher du pied. À la verticale de la touffe, et à cinq à 10 cm des brins, taillez depuis le ras du sol sur 50 cm de haut les feuilles. Avancez de la sorte sur 50 cm à 1m en tournant autour de la touffe.

À 35/40 cm du sol, attaquez la touffe à l’horizontal, maintenant que vous pouvez voir en partie son pourtour (illustration ci-dessous). Ne soyez pas surpris si, à 40 ou 50 cm du bord, les feuilles et chaumes se raréfient soudainement vers le centre : la touffe est creuse (illustration ci-dessous).

Reprenez le bord de la touffe à la verticale, puis à l’horizontal, et ainsi de suite jusqu’à faire tout le tour.

Tous les deux ou trois coups de cisaille, attrapez les feuilles et chaumes coupés et dégagez-les de la touffe pour voir votre travail et ne pas multiplier les efforts.

Nettoyage des gynériums : les grands moyens

Terriblement coupantes, les feuilles imposent des vêtements épais et de bons gants pour être taillées et attrapées, sous peine de coupures douloureuses et profondes.. Enfilez aussi les bas de pantalon dans les chaussettes, car si une feuille attrape le haut de la chaussure, elle a tôt fait de remonter dans le pantalon grâce aux minuscules crochets qui bordent les deux côtés de la feuille.

Hormis cisaille ou sécateur, l’usage des engins à moteur (débroussailleuse, taille-haies et à plus forte raison tronçonneuse) est dangereux. Rebondissement de lame, blocage subit de la lame, entortillement des feuilles autour des organes de coupe… il faut un matériel de qualité et de l’expérience pour s’y aventurer.

Reste que si la ou les touffes sont un peu à l’écart du champ visuel et des autres plantes, mettez-y tout simplement le feu, à la manière des coupeurs de canne à sucre avant la récolte. C’est le mode de régénération naturelle des touffes dans la pampa ! Cortaderia est une pyrophyte pour qui le feu est un allié .

Pour éliminer la plante, c’est aussi de cette manière que l’on procède, en intervenant ensuite avec une mini pelleteuse pour arracher la base du pied.

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(*) Informations recueillies auprès de la Fondation Sansouire, Station biologique de la Tour du Valat, Le Sambuc, 13200 Arles

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