Les bienfaits des incendies de forêt : la vie pour les pyrophytes

L'incendie n'est pas une catastrophe pour tout le monde. En nature, il est vital pour le maintien de certains écosystèmes et plantes pyrophiles, adaptées.
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Toujours à la une de nos médias, les feux de forêts, quand ils ont lieu, sont présentés comme de véritables problèmes écologiques et environnementaux, et perçus comme tels par tout un chacun dans nos sociétés.

Pourtant, ce feu dévastateur ne l’est pas autant que nos peurs infantiles et nos angoisses d’adultes tendent à nous le laisser penser : le feu est source vitale pour des milieux naturels et pour des espèces qui s’y sont adaptées, jusqu’à une ligne rouge qui ne doit pas être dépassée..

Plantes pyrophiles : en quoi le feu est-il salvateur pour une plante ?

Au fil de l’évolution, pour survivre, certaines plantes se sont adaptées aux effets du feu sur elles en développant des tissus plus coriaces, plus spongieux, ou des racines plus profondes.

Ainsi, graines, fruits ou cônes résistent à la chaleur de la flamme ; les écorces très épaisses ou difficilement inflammables, les souches profondément enfoncées sous terre protègent les tissus de croissance plus fragiles. Ces plantes sont des pyrophytes . Revers de la médaille pour certaines de ces plantes, sans feu les fruits et cônes trop rigides ne peuvent libérer les graines, les écorces trop dures ne peuvent être percées par les bourgeons adventifs .

  • Sans graines libérées, sans bourgeons nouveaux, les plantes vieillissent sans pouvoir se régénérer. Les plantes qui ont besoin du feu pour se reproduire sont dites pyrophiles.
  • Faute d’incendie, le peuplement s’appauvrit et peut même disparaître pour laisser place à d’autres formations végétales.

Pourquoi le feu régénère le milieu ?

La dynamique des peuplements végétaux , et forestiers notamment, passent par différents stades d’évolution, depuis la jeunesse – l’apparition du peuplement – jusqu’à la maturité.

Selon les caractéristiques écologiques du milieu (climat, roche, sol) et biologiques des espèces (fertilité, type de reproduction, pouvoir germinatif) certains peuplements herbacés, arbustifs ou arborescents, vieillissent mal après maturité (apparition de maladies et parasites), et la régénération y est aléatoire. De nombreux travaux sur ces sujets sont regroupés par l’Amap ( botAnique et bioinforMatique de l'Architecture des Plantes ).

C’est le cas dans les secteurs phytogéographiques soumis à intervalles plus ou moins réguliers aux incendies naturels : pourtour méditerranéen, diverses régions d’Australie ou de l’Afrique par exemple. Dans ces milieux, de nombreuses plantes possèdent naturellement des essences volatiles, comme les thyms, cistes, pins. Plus il fait chaud, plus ces composés libérés sont susceptibles de s’enflammer spontanément, jusqu’à l’incendie, certaines années.

Lorsque ces incendies surviennent, ils permettent :

  • la dissémination des graines d’arbres et la germination de certaines d’entre elles grâce à la lumière disponible au sol,
  • l’apparition de nouvelles pousses depuis le sol, par rejets et drageons,
  • la fertilisation du milieu grâce aux éléments apportés par les cendres,
  • la destructions des maladies et parasites
  • les graines et nouvelles pousses sont autant d’aliments frais, abondants et nutritifs pour la faune.

Un feu, c’est bien ; trois feux, bonjour les dégâts !

« On sait aujourd’hui que ce n’est pas un feu isolé qui détruit la forêt, mais la trop grande fréquence des incendies », affirme le Cemagref, institut de recherche en sciences et technologies pour l'environnement.

Les milieux naturels, très fragiles et en équilibre instable, sont le résultat d’une longue évolution souvent hasardeuse et « tâtonnante » de plusieurs millions d’années.

Résister au feu après s’y être adapté n’est pas synonyme d’ignifugation. Aucun être vivant n’est anti-feu. La résistance à la flamme varie aussi suivant les espèces. Enfin, les feux naturels passent en surface et très rapidement.

Les milieux naturellement inflammables étant logiquement très sensibles à l’inflammation, la moindre étincelle les embrase. C’est ce qu’il se passe du fait de la présence et des activités humaines, et des successions de sécheresses combinées à elles. Quand la fréquence des incendies augmente, la richesse en plantes pyrophytes finit par s’appauvrir, espèce après espèce.

Jeunes arbres et repousses végétales ne sont pas suffisamment robustes pour affronter la flamme et n’ont pas encore de fructification : après l’incendie il n’y a donc pas de nouvelles semences au sol capable d’assurer la régénération et la faune, de retour, ne trouve plus de nourriture.

Fondamentalement les incendies à répétition inquiètent et mobilisent de gros moyens pour tenter de les comprendre pour les enrayer. Ainsi, « le programme IRISE s'est déroulé de 2005 à 2008 grâce au règlement européen Forest-Focus relayé par le ministère de l'Agriculture et avec le soutien de l'institut fédératif de recherche "Pôle méditerranéen des sciences de l'environnement" », explique le Cemagref, acteur incontournable dans l’étude de ces phénomènes.

L’information et la prise de conscience de chacun, et de chaque usager du milieu en particulier, est la meilleure et nécessaire prévention à cet effet.

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Du même auteur : Le paradoxe du beau bébé et du vieil arbre, logique d’humain

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