Lithops, Conophytum, Fenestraria : plantes cailloux et passion

La plante caillou fascine collectionneurs et amateurs. Connaître, comprendre ses milieux de vie d'origine c'est trouver les secrets d'une culture réussie.
46

Fenêtres de la terre ouvertes sur le ciel, entre le gazeux des airs et le solide minéral, les Lithops , Conophytum et Fenestraria illustrent à la perfection l’émergence de la vie à partir de l’inerte, traversés par le flux d’énergie procuré par la lumière solaire, humectés par les brouillards ou arrosés par les pluies capricieuses ; faciles ou difficiles de culture suivant les espèces : quelques explications.

Succulentes Lithops, Conophytum et Fenestraria

Famille des Aizoacées ( Aizoaceae) , sous-famille des Mesembryanthemaceae * : les plantes cailloux et plantes à fenêtres sont des succulentes proches des ficoïdes cultivés dans nos jardins ( Mesembryanthemum ) ou du carpobrotus ( Carpobrotus edulis ) naturalisé sur le pourtour méditerrénéen.

Dans la classification de Raunkiaer , ces plantes grasses sont des géophytes : elles poussent semi-enterrées dans le sol, ne laissant apparaitre à la surface que leur(s) partie(s) supérieure(s), fenêtres plus ou moins translucides filtrant les rayons du soleil pour assurer leur photosynthèse.

Plantes africaines des zones subdésertiques

Troublants jusqu’à la passion, ces flowering stones, ces cailloux de vie magnifient leur existence par le « flash » d’une floraison aussi improbable qu’éclatante dans ces milieux inhospitaliers pour les humains que nous sommes.

C’est peut-être du fait de cette opposition fondamentale entre leur existence et la nôtre que ces plantes fascinent les collectionneurs, et passionnés qui partent à leur découverte dans les contrées d’Afrique australe, précisément quand les fleurs éclosent.

De la Province du Cap (en Afrique du Sud) jusqu’au désert du Kalahari (vers le Botswana) et le Namaqualand (vers la Namibie), au nord, et jusqu’au Transvaal au nord-ouest, les milieux représentant au mieux les écosystèmes caractéristiques de ces plantes sont le désert ou les zones subdésertiques, le fynbos (maquis, brousse) et le veld (prairie semi-aride et plus ou moins pierreuse)**.

  • IMPORTANT : Rappelons que la saisonnalité de l’hémisphère sud amène à intégrer, pour la compréhension de ces plantes, un rythme biologique saisonnier différent dés lors qu’elles sont cultivées dans l’hémisphère nord !

Approcher les conditions biogéographiques des fynbos, veld et désert

Les conditions globales de milieu des plantes cailloux sont regroupées sous le terme de « biotope à Comophytum ». Le point commun, essentiel, de l’ensemble des espaces où sont présentes ces plantes est la grande perméabilité du substrat : sable, cailloux ou limons grossiers, tous très filtrants et naturellement pauvres en matière organique, avec présence variable d’argile.

Il en découle que tout substrat de culture riche et pourvu de matière organique est fortement propice au développement de pourritures.

Par contre, le point de discorde qui sépare souvent les amateurs tient en les facteurs climatiques, tout naturellement parce qu’il est impossible de considérer en globalité toutes ces plantes. Chaque espèce occupe une aire qui peut présenter de fortes variations hygrométriques et pluviométriques par rapport à une autre espèce.

  • le fynbos :

  • le Namaqualand :

  • le veld

  • IMPORTANT : aucune règle ne s’applique donc globalement quant à « l’arrosage » de ces plantes ; la diversité des modes d’hydratation est importante et une espèce peut nécessiter des apports en eaux très différents d’une autre. La connaissance de chaque espèce est donc un préalable à leur culture d’où la nécessité d’en faire l’acquisition auprès de pépiniéristes compétents.

Cailloux ou plantes cailloux ?

« Le camouflage par mimétisme concerne par exemple les "plantes-cailloux" comme les Lithops et les Conophytum , dont l’aspect de cailloux n’attire pas l’attention des ennemis herbivores » ( Lucien Baillaud , Société Francophone de Biologie Théorique).

Au-delà du camouflage, l’exposition minimaliste de tissus aux facteurs extérieurs au sol, préserve ces plantes des agressions climatiques et de la forte variabilité de ces facteurs. En nature, ces Aizoaceae , sont presque invisibles, contrairement donc à ce que l’on applique en culture où l’on cherche à les valoriser en les dégageant du substrat.

  • IMPORTANT : cette dernière considération amène deux réflexions : l’extériorisation au substrat peut limiter des risques de pourrissement, mais elle expose anormalement des tissus à la lumière, à l’insolation et à l’humidité de l’air.

Culture des Lithops : collection et acte phytocide

Titre provocateur, mais qui à comme objectif de poser la question de la nature de nos passions.

Le sujet n’est pas propre aux Lithops, mais il semble que plus l’intérêt se porte sur des êtres vivants à l’écologie complexe et subtile, plus l’obsession de réussir leur culture ou leur élevage tient du pari que l’on se fait à soi-même de vaincre la difficulté, quitte à devenir aveugle des essais destructeurs que nous menons à l’encontre des êtres que nous prétendons aimer à la passion.

Avant de se lancer avec acharnement dans la culture de ces plantes étonnantes, il faut fondamentalement prendre le temps de s’informer sur le milieu naturel de vie de chaque espèce, imaginer et s’imprégner des conditions écologiques de ces espaces qui nous sont étrangers, seules sources exactes de leurs exigences vitales. C’est ainsi que procèdent les producteurs de renom et les véritables passionnés (terme préférable à celui de collectionneurs !)

Pour aller plus loin : Kuentz et Arides .

____________

* Source : IUCN , International Union for Conservation of Nature

**Source, pour partie : Le Bon Jardinier , 153ème édition, La Maison Rustique.

Du même auteur : « Où trouver la plante idéale, l’arbre idéal ? »

Sur le même sujet