Nouveaux jardins méditerranéens : allier le beau et l'écologique, faire un jardin sec et plus minéral

Jardin en Méditerranée : comment créer un bel espace à vivre moins coûteux et plus respectueux de la nature ? Les bonnes idées, les pièges.
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Quand les contraintes naturelles deviennent des atouts, le jardin devient lieu de vie et de rêve. Cela n'est possible que si le jardinier connaît et maîtrise les facteurs du milieu qui l'entoure, plus particulièrement ici le milieu méditerranéen .

La «nature» est belle dans le Midi, mais ses lois sont dures. Une réflexion doit être menée pour réussir un jardin peu coûteux et qui respecte l’environnement.

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Les grands jardins méditerranéens des XIXs et XXe siècles sont des musées vivants

Jardins de la Villa Thuret, Villa Éphrussi de Rothschild, Clos du Peyronnet, Champfleuri, Domaine du Rayol, Serre de la Madone, Val Rameh ou Maria Serena, sont de ces noms qui font vibrer n’importe quel amateur de beaux jardins subtropicaux et méditerranéens.

Internationalement connus, ces jardins sont le reflet d’une époque: chemins d’eau, bassins, fontaines, sous-bois frais, végétation du monde, fabriques, fleurs et fruits en plein hiver… rien n’était impossible pour les commanditaires de ces superbes «jardins d’hiver». Ces richissimes propriétaires séjournaient souvent de manière éphémère dans leurs somptueuses propriétés, tandis que les équipes de jardiniers devaient entretenir toute l’année ces «nouveaux paradis»*.

Si ces spectaculaires créations suscitent l’admiration et se visitent aujourd’hui pour certaines, de telles verdoyances et riches collections végétales, gourmandes en eau et en éléments nutritifs, sont inconcevables de nos jours. Ces réalisations sont totalement inadaptées aux modes de vie et budgets actuels et au respect minimum des ressources naturelles. Mieux vaut les visiter qu’en rêver!

Les paysagistes précurseurs du jardin «écologique»

Dans ce bel inventaire des grands jardins, il n’y eut pas que des rêves d’exotisme, d’acclimatation ou de jardins andalous. Il y eut également les créations de précurseurs du mouvement moderne, art du jardin méditerranéen, par retour à une culture classique «dépouillée» ou par recherche d’un modèle régional, un "jardin de la Côte d’Azur"*:

  • savants faux maquis à base d’aromatiques, cistes, cyprès et pins méditerranéens,
  • «effets plan d’eau» avec des fétuques bleues, en pelouses circulaires,
  • valorisation des barres rocheuses et pierriers, par plantation disséminée de vivaces,
  • style néo-toscan, ou français réinterprété, par abondance de persistants taillés,
  • introduction du cubisme dans le jardin «moderne»,

Villa Arnaga (d'Edmond Rostang), Villa Croisset, Villa Noailles et La Chèvre d’Or (deux jardins du vicomte Charles de Noailles), Villa Yakimour (de l’Aga Khan)… sont des œuvres de grands paysagistes professionnels ou amateurs, comme Ferdinand Bac, Harold Peto, Guévrékian ou Charles de Noailles, notamment.

Les mouvements actuels dans le jardin méditerranéen

Se plier aux chaleurs estivales élevées, au manque chronique d’eau une bonne partie de l’année, aux sols rocheux, pauvres et secs, aux gels rares mais parfois violents, est une règle de base à laquelle il ne faut plus déroger.

La règle d’or: des créations fonctionnelles, belles, économes, durables réconciliant homme et nature, plante et minéral:

  • jardin de méditation, très minéral : belle pierre, dalles, galets
    arrondis ou roches aux formes étranges, s’harmonisent en couleurs et aspects.
  • jardin sec, végétal et minéral : choix de végétaux locaux ou parmi
    des plantes issues des régions sub désertiques de Californie, Arizona, Texas et
    Mexique, suffisamment résistantes aux fortes amplitudes thermiques et à la
    sécheresse.
  • Jardin sculpture, soit minéral, soit végétal : assemblage de
    matériaux inertes en damiers, losanges, bandes, par exemple - associant bois et
    tuiles, ardoises ou pierres pilées - ou choix de végétaux sculpturaux ( Nolina
    recurvata
    , Yucca elephantipes , Tricocereus pasacana , Agave
    victoria-reginae
    , Dasylirion glaucophyllum Opuntia linguiformis, Butia yatay …) (**).

Nature, source d’inspiration, en jardin méditerranéen ?

Avec l’arrivée des baignades naturelles et une certaine tendance «bio» ou «écolo», la recherche du naturel devient fréquente dans la création de nouveaux jardins.Il serait cependant dangereux et irresponsable de «laisser faire la nature». Le pourtour méditerranéen est profondément transformé par plusieurs millénaires de présence humaine, avec les activités de déforestation et sur pâturage, notamment.

Les équilibres naturels dans ces lieux anthropisés ne se recréent pas par simple abandon des pratiques humaines sur le milieu. Pire, agir ainsi c’est favoriser la prolifération de certains végétaux opportunistes et un enfrichement à haut risque d’inflammabilité.

En ce sens, il est important de s’inspirer du travail des créateurs pour concevoir et réaliser des jardins respectueux de l’environnement; ces mouvements modernistes du siècle passé, ou des nouvelles tendances actuelles, sont le résultat de réflexions extrêmement poussées de visionnaires ou professionnels expérimentés.

Jardin écologique en méditerranée: attention au piège des jardineries

Fi des plantes fragiles, gourmandes en eau, exigeantes en éléments nutritifs et en entretien.

Le choix est difficile à faire dans nombre de jardineries, car leur principal objectif, mercantile, est d’inciter à l’achat par effet coup de cœur. Ainsi se côtoient une multitude de plantes aux exigences bien différentes les unes des autres. Mettre côte à côte Chamaerops humilis , palmier nain très frugal et robuste, et Washingtonia robusta, gourmand en eau et sensible au froid, est écologiquement incohérent. Mais le second, au grand feuillage vert, fait facilement l’objet d’un achat spontané, sans réflexion environnementaliste.

Le jardin écologique est possible en Méditerranée, preuve en est faite. Il impose de ne pas se laisser tenter par cette multitude de végétaux fabuleux mais trop exigeant en eau et en terre de qualité.

Difficile pour les «mordus» de plantes !

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* Ernest Boursier-Mougenot, Michel Racine, Jardins de la Côte d’Azur , Edisud/Arpej, Bourges, 1987.

(**) Fabio Benzi, Luigi Berliocchi, L’Histoire des plantes en Méditerranée , Actes Sud/Motta, 1999.

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