Pourquoi créer une haie champêtre, sauvage, quelles espèces planter ?

Très écologique, la haie naturelle trouve son propre équilibre naturel. Facile à réaliser et entretenir, pas chère, c'est une création idéale à la campagne.
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Tout à la fois haie champêtre, haie traditionnelle, haie naturelle et haie écologique, voici la haie sauvage (*).

Rien n’est mieux adapté à un territoire donné que ce que la nature y a installé . Cette notion essentielle doit toujours rester à l’esprit de ceux qui souhaitent réussir facilement un jardin en respectant au mieux l’environnement. En matière de haies, c’est totalement vrai, même si la haie « sauvage » est l’aboutissement d’un long processus de co-évolution homme/milieu/plante qui a permis d’obtenir la plupart des traditionnelles haies champêtres et le riche paysage de bocage.

Le principe de la haie sauvage, ou haie naturelle 

Ce type de haie est basée sur un juste compromis entre l’action de l’homme et celle de la nature. Vous commencez le travail et la nature le poursuit ; il ne vous reste plus qu’à garder un œil plus ou moins attentif sur l’évolution de votre haie. Explications :

En choisissant des espèces naturelles à la région, vous implantez à l’automne (et jusqu’au printemps) une ligne, ou une double ligne en quinconce, d’arbustes à haut pouvoir de rejets. L’idéal est de recéper les plants, un an plus tard, en les coupant à 5-10 cm du sol. Cette opération ne fait pas perdre de temps, bien au contraire, et donne une vraie consistance à la haie.

Vous laissez ensuite s’implanter naturellement ce que la nature veut bien y faire pousser. Il peut s’agir d’arbres (frêne, chêne, tilleul…), d’arbustes (églantier, chèvrefeuille des bois, noisetier…), de plantes semi-ligneuses (ronces, morelle noire ou douce-amère…), de plantes herbacées ou tapissantes (lierre, pervenche, violette, primevère coucou…).

Votre intervention se limite à quelques coups de cisaille annuels pour limiter le développement de la haie et des arbres qui poussent dedans (ils doivent rester de la même taille que les arbustes) et pour contrôler certaines espèces qui chercheraient à s’échapper de manière hirsute (ronce notamment).

Remarque : vous pourrez utiliser le principe évoqué dans « Planter une haie écologique à petit prix » (en oubliant les espèces citées), et en respectant l’idée clé évoquée dans « La règle des 3F ».

Forces et limites de la haie sauvage : dans quels cas implanter une haie sauvage

La haie sauvage est véritablement liée à un état d’esprit, qui n’est pas forcément partagé par tous. Elle convient idéalement dans les grands jardins ou dans des espaces plutôt campagnards. Elle ne sera peut-être pas appréciée en milieu urbain ou en lotissement, par le voisinage.


Par contre, elle nécessite une certaine vigilance et éducation vis-à-vis des enfants notamment. En effet, la force de ce type de haies étant de laisser à la nature une place importante, certaines plantes peuvent s’avérer plus ou moins dangereuses. Si la ronce et l’églantier ont des épines, ce sont surtout celles du prunellier et de l’ajonc dont il faut se méfier ; il est très facile de se crever un œil. D’autres familles de plantes et d’autres plantes sont toxiques , comme les morelles, ou le gouet (arum) qui vont surement s’installer naturellement. Il faut veiller à ce que les fruits ne soient pas consommés ou les tiges portées à la bouche.

À l’inverse, la haie sauvage est source de plaisir :

  • par les fruits (mures de ronce, cornouilles, fruits de sureaux…),
  • par les couleurs d’automne,
  • par la richesse en insectes et oiseaux , voire même ponctuellement écureuil,
  • par les floraisons (violette, primevère et coucou, prunellier, morelle douce amère…).

Suffisamment épaisse, elle peut même garder un effet brise vue en hiver, malgré l’absence de feuilles. Et reconnaissons lui une poésie incomparable, avec son aspect intemporel , ses variations saisonnières et les surprises qu’elle révèle régulièrement en flore et faune sauvage.

Quelles espèces planter dans la haie sauvage pour en constituer la base ?

Par principe, vous n’implantez que des espèces sauvages de votre région. Pour bien vous informer sur le sujet, il peut être utile de se renseigner auprès d’une association locale de protection de la nature. À titre d’exemple, voici les arbustes que l’on trouve le plus souvent de la Normandie à l’Aquitaine : sureau noir, cornouiller sanguin, troène vulgaire, érable champêtre, prunellier sauvage, aubépine monogyne, fusain d’Europe, camerisier à balai, viorne flexible, viorne obier, bourdaine et nerprun, cerisier de Sainte-Lucie. Regardez les superbes photos de Champagne balade . On peut aussi y introduire du charme faux bouleau dont les feuilles restent sèches sur les branches l’hiver, donnant un aspect plus fourni si besoin est.

Ailleurs, il pourrait y avoir de l’ajonc d’Europe, du genêt à balai, de l’amélanchier, du buis, de l’azerolier…

Mais où trouver de telles plantes ? Il est vrai qu’aucune jardinerie ne propose ces arbustes. Heureusement, d’une certaine manière, car on peut les trouver à des prix très intéressants dans les pépinières forestières et dans des tailles variées, avec des tarifs dégressifs selon la quantité. Pommiers.com propose ainsi une liste (non exhaustive) d’adresses intéressantes, mais vous pouvez aussi chercher par un moteur de recherche, avec les mots clés « pépinière forestière » ou « plants forestiers » suivis du numéro de votre département.

Important : ne prélevez pas les plantes dans la nature, vous courrez à l’échec. Les arbustes sauvages développent très tôt un puissant enracinement. Hauts de 15 cm, ils ont déjà des racines de 30 cm ou plus. Impossible à prélever donc, et destructeur pour la nature.

L’entretien d’une haie sauvage

Historiquement, c’était souvent le bétail qui se chargeait de limiter le volume de la haie. Chez soi, il est nécessaire de tailler celle-ci pour lui garder un aspect fourni. Ce type de haie peut être réduit jusqu’à seulement un mètre de haut si vous le souhaitez. 1, 60 m à 1,80 m est une bonne hauteur, car gardée libre, elle peut se déséquilibrer -certaines espèces prenant le dessus- et risque d’atteindre des hauteurs incompatibles avec le voisinage.

Certains arbres doivent être très contrôlés, comme les frênes, car ils peuvent devenir très envahissants. D’autres sont à proscrire : le noyer s’installe facilement dans les haies sauvages, mais en plus d’être envahissant, il produit des substances qui inhibent la croissance des autres plantes.

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(*) avec les précieuses infos de  futura-sciences , des Amis de la Terre , du Parc Naturel du Vexin

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