Quelles différences entre "mauvaise herbe" et "peste végétale" ?

Les mauvaises herbes sont les indésirables, mais les écologues s'intéressent aux plantes invasives, aux pestes végétales ; éléments de compréhension.
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Tout ce qui nous gêne est mauvais ou nuisible ! c’est typiquement humain. La mauvaise herbe est aux plantes ce que le nuisible est à l’animal. Mais dans la gêne, certaines plantes le sont beaucoup plus que d’autres, pour des causes souvent d’origine… humaine ! Dénouons la question (*).

Quand l’herbe devient de plus en plus mauvaise

Historiquement, la notion de « mauvaises herbes » est très similaire à celle de « nuisibles et autres puants » chez les animaux. Ces termes étaient employés notamment par les paysans lorsqu’ils devaient lutter contre les plantes indésirables dans leurs cultures (les malherbes), contre les campagnols, mulots et autres mangeurs de graines ou contre les renards, fouines et autres tueurs de poules.

Mais au XXe siècle, alors que l’homme, s’apitoyant pour la cause animale, tend à réhabiliter la dignité des espèces autrefois « maudites », les mauvaises herbes deviennent de plus en plus « mauvaises », et font l’objet d’un acharnement à la destruction à grand coup d’herbicides, débroussaillants et autres phytocides. N’importe quelle herbe d’ailleurs se retrouve en position d’être qualifiée de mauvaise. Les raisons en sont les suivantes :

  • les paysans sont devenus agriculteurs, chefs d’entreprises qui se doivent d’être rentables, productives. La terre n’est plus que le support aseptisé pour une monoculture à haut rendement. Aucune « herbe » n’y a sa place.
  • les rurbains font la chasse permanentes aux herbes, près de la maison et dans les cours gravillonnées,
  • les jardiniers amateurs souhaitent un potager bien propre ou des massifs de fleurs bien nets,
  • les municipalités préservent le goudron de leurs routes et leurs trottoirs,
  • les clubs « nettoient » leurs terrains de sports, leurs stades,
  • etc.

Mauvaises herbes : rien n’est pourtant mauvais dans la nature !

Vous l’aurez compris, toute plante qui pousse là où elle n’est pas souhaitée, est une « mauvaise » herbe. Mais la mauvaise herbe de l’un peut-être la bonne herbe de l’autre : le pissenlit est ami ou ennemi, comme l’ortie, la chicorée sauvage ou la ronce.

Certes, les stratégies de développement des plantes sont variées, et certains végétaux sont naturellement plus « envahissants » que d’autres :

  • les jardiniers savent combien il est très difficile de lutter contre le chiendent alors que le petit pâturin s’arrache avec une grande facilité.
  • les agriculteurs savent combien la lutte contre les fougères aigles ou la lutte contre les prêles sont hasardeuses alors que le coquelicot est facile à supprimer.

C’est l’homme et l’homme seul qui, en développant des activités sur un espace donné, décide ou non de souhaiter, tolérer ou refuser la présence de telle ou telle espèce, de toutes ou d’aucunes.

Après tout, le chiendent est un fabuleux fixateur de sols instables autant qu’une plante fort appréciée lorsqu’il s’agit d’en faire des brosses ! Comme quoi tout est relatif.

Curieusement, ne sont pas spécialement considérées comme mauvaises herbes, les plantes toxiques ou dangereuses pour les personnes au jardin , par exemple. Là encore, pas vraiment de logique.

Plantes invasives, quand une herbe devient plus que « mauvaise »

La nature permet exceptionnellement à des plantes de disséminer leurs graines très au-delà de leur territoire d’origine. Cyclones, éruptions volcaniques et tempêtes peuvent entraîner des semences à des milliers de kilomètres. Si le lieu où ces graines échouent est favorable à leur germination, les plantes vont se développer. Si les conditions de milieu sont excellentes, elles peuvent même proliférer au détriment des autres végétaux et deviennent de véritables pestes.

« Souvent les "pestes végétales" deviennent de simples "mauvaises herbes" avec le temps, car le milieu naturel fini par s'adapter à cette nouvelle présence, avec un délai plus ou moins long. On appelle cela le temps de réponse du milieu » (selon i-services.net ).

Mais, certaines espèces arrivent à perturber durablement les écosystèmes et les équilibres dans les biocénoses. Ce problème est bien connu des scientifiques ; mais si nous avons évoqué des causes naturelles probables, la très grande majorité des pestes végétales sont implantées par l’homme, involontairement (graines qui se retrouvent accidentellement transportées par avion, train, bateau, voiture) ou volontairement (plantes introduites pour l’ornement par exemple).

Reynoutria, buddleya, gynérium, jussie, ambroisie, sont de ces herbes, arbres ou arbustes invasifs que nous connaissons , par exemple, en France métropolitaine. Le phénomène existe aussi pour des animaux.

Mauvaise herbe ou peste végétale ?

Ainsi donc, il est facile de déduire que les herbes les plus « mauvaises » ne sont pas celles qui portent précisément ce qualificatif. Il semble qu’une meilleure compréhension de notre environnement nous amène enfin à tempérer nos ardeurs destructrices envers des végétaux naturels, bien de chez nous, qui ne font simplement que tenter de pousser, de vivre comme n’importe quel être vivant.

Développement durable, agriculture raisonnée et agriculture « biologique », jardinage « écologique » et méfiance vis-à-vis des pesticides dont ont reconnaît de plus en plus la dangerosité , sont de ces évolutions de société qui permettent de comprendre que le mauvais n’est pas là où nous le croyons. Chiendent, pissenlit, ortie, liseron, armoise… ne sont tout au plus que gênantes eu égard à certaines de nos activités.

Le vrai danger est celui de plantes qui, arrivant dans des milieux qui ne sont strictement pas leur biotope d’origine, peuvent supplanter des espèces naturelles et perturber gravement les milieux.

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(*) avec l’appui scientifique des ouvrages :

Le guide illustré de l’écologie , B. Fischesser et M.-F. Dupuis-Tate, Ed. de la Martinière - Turin 1997

Écologie de la végétation terrestre , M. Godron, Ed. Masson – Paris 1984

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