Quelles différences existent entre la sève et le sang ?

Plante, animal, qu'est-ce que la sève, qu'est-ce que le sang ? Ces liquides nutritifs assurent la vie mais qu'ont-ils en commun ? Sont-ils si différents ?
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Être de sève et être de sang : nous l’oublions trop souvent, mais les deux sont vivants. Si la vue du sang rebute beaucoup de personnes, la vue de la sève (quand on la voit !) nous indiffère totalement… Pour répondre à la question de leur différence (ou non) voici quelques éclaircissements (*). Précisons d'abord que, pour simplifier le problème, seuls sont pris en compte les végétaux angiospermes, comme les arbres feuillus, et les animaux vertébrés, comme les mammifères. En effet, n'oublions pas que sève et sang ne sont pas les seuls liquides biologiques ; il existe de nombreuses variantes, voire des liquides nutritifs différents chez d’autres êtres vivants.

Sève brute, la plante verte fabrique de l’organique avec de l’inorganique

Voilà un point fondamental dans la connaissance de la vie sur terre, et donc de notre existence : à quelques très rares exceptions animales près, la très grande majorité des végétaux sont seuls capables de fabriquer de la matière organique, à partir de matière minérale et de lumière, et grâce au fabuleux système de la photosynthèse. Ce phénomène se produit dans les parties vertes de la plante, là où existe la chlorophylle, pigment indispensable puisqu’il absorbe l’énergie lumineuse qui alimente la synthèse des molécules nutritives. Il est essentiel de se souvenir que les êtres vivants ont besoin d'énergie pour vivre (d'où le fait qu'ils s'alimentent), et que la seule source d’énergie utilisable par eux est justement la matière organique. Même la plante "verte" se nourrit de matière organique (la sève élaborée évoquée ci-après). C'est pour fabriquer ses propres aliments qu'elle réalise donc la photosynthèse, ce qui permet, au passage, de dire combien il est faux d'annoncer qu'une plante se nourrit de terre, d'engrais ou de minéraux !

L’eau permet de dissoudre les sels minéraux du sol, de la terre, ce qui rend ces derniers absorbables par la plante. Cette eau et ces sels dissouts, nécessaires à cette photosynthèse, circulent dans la plante depuis le sol jusqu’aux parties vertes (feuilles, tige) sous forme d’un liquide appelé sève brute. En réalité, cette « sève » n’est globalement que de la matière première, inutilisable telle quelle en tant qu'aliment.

La sève brute contient 99% d’eau et des ions NH4+, NO3-, K+, Ca++, PO4--- (ammonium, nitrate, potassium, calcium, phosphate). Accessoirement, elle contient des acides aminés produits par la réduction des nitrates dans la racine et d’autres substances organiques puisées dans les réserves au cours de l’ascension dans la plante. C'est une fois arrivée dans les cellules chlorphylliennes que cette sève brute est transformée en sève élaborée, dont une partie (variable) est généralement ensuite stockée dans des tissus de la plante (l'amidon dans les tubercules de pomme-de-terre, par exemple). 


Le « sang » de la plante : la sève élaborée

Seule la sève élaborée peut vraiment se comparer au sang. Assez visqueuse, elle est composée de glucides (saccharose), d’acides aminés, d’hormones de certains ions et d’un peu d’eau. Un tissu nommé phloème transporte la sève élaborée, à travers une succession de cellules criblées formant des tubes criblés. Les cribles sont des parois poreuses qui joignent les extrémités de deux cellules d’un tube, facilitant la circulation de la sève élaborée d’une cellule à l’autre.

Le transport de la sève élaborée est plus complexe que celui de la sève brute, et emprunte plusieurs directions, toujours d’un organe source vers un organe cible. Chez les plantes vertes, les organes sources sont les parties vertes de la plante, lieux de la photosynthèse. Les organes cibles sont toutes les parties de la plante en croissance : bourgeons, racines, fleurs, fruit. Ainsi, les feuilles à proximité d’une fleur produisent-elles toute la sève élaborée, nutritive, nécessaire à sa floraison puis à sa fructification.

Certains organes sont des lieux de stockage. Nous venons de citer la pomme de terre, mais cela peut être une tige, un tronc, la base d'une feuille ou la feuille elle-même, une racine... chez d'autres plantes. Ces organes cibles, lorsqu’ils se constituent, reçoivent donc  cette énergie organique. Mais ils deviennent des organes sources lorsqu’ils restituent cette énergie à l’ensemble de la plante, pour la croissance et la floraison notamment.

La sève élaborée circule à une vitesse allant jusqu’à un 1m à l’heure, par phénomène de diffusion et d’osmose, notamment.


La « sève élaborée » de l’animal : le sang

Le sang, ou tissu sanguin, est constitué d’une matrice liquide appelé plasma et de cellules.

Le plasma est composé de :

  • eau à 90%
  • sels inorganiques (ions) qui influent sur le bon fonctionnement des muscles et des nerfs
  • diverses protéines solubles aux fonctions variées (anticorps, transport des lipides, fibrinogène pour la coagulation…)
  • nutriments
  • déchets métaboliques
  • gaz respiratoires
  • hormones

Le plasma a donc de nombreux points communs avec la sève.

Trois catégories de cellules baignent dans ce plasma :

  1. globules rouges (ou érythrocytes) transportant le dioxygène (l’oxygène)
  2. globules blancs (ou leucocytes), constituant un des moyens de défense de l’organisme par lutte contre virus, bactéries et autres envahisseurs
  3. plaquettes (fragments de cellules), jouant avec les fibrinogènes un rôle dans la coagulation du sang

Le sang est véhiculé dans un réseau de vaisseaux (artères, veines, capillaires). Tandis qu’il parcourt tout notre organisme dans les vaisseaux les plus fins, les capillaires, des substances chimiques passent entre le sang et le liquide interstitiel qui baigne directement nos cellules et l’oxygène est distribué de même. À l’inverse, c’est le gaz carbonique qui va passer dans le sang pour être véhiculé jusqu’aux poumons. Mais, le sang riche en dioxygène demeure complètement séparé du sang qui en est appauvri et qui contient du gaz carbonique (CO2).

Sang, vaisseaux... il ne manque plus que le système pour faire circuler le premier dans les seconds. Contrairement aux plantes, la circulation sanguine est assurée par un organe spécialisé unique, qui fait office de pompe, grâce à un système d’oreillettes qui reçoivent, et de ventricules qui propulsent : le cœur. L’ensemble constitue le système cardiovasculaire. 


Sève et sang, liquides vitaux

Si l’on peut s’émerveiller devant le système cardiaque, on devrait l'être encore plus du système de la circulation de la sève chez la plante. En effet, ce système est bien moins fragile, donc plus fiable. Pas de cœur qui lâche ! Donc, pas de mort subite et totale. La défaillance d’un vaisseau n’entraîne que la mort localisée, celle d’une partie seulement de la plante. Cela aussi est exceptionnel : ne laisser mourir qu'une partie de l'organisme pendant que l'on continue à croître et à se développer sur d'autres parties !  

Si les plantes et les animaux les plus récents dans l'évolution de la vie fonctionnent globalement de manière différente, fondamentalement sève et sang ont la même et vitale fonction, celle d’apporter les nutriments à toutes les cellules et de distribuer l’énergie dans tout l’organisme. 

Pourtant mal considérés par l’homme, ne suscitant qu'un intérêt assez secondaire comparé aux animaux, les végétaux qui transforment la sève brute en sève élaborée, par le phénomène de la photosynthèse, ont une supériorité évidente sur l’animal, en terme d’invention et en terme d’importance pour la vie sur terre. Sans végétaux, peu à pas d’animaux, et en tout cas, pas d’homme ! 

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(*) Cette comparaison s’appuie sur les données de l’important ouvrage BIOLOGIE  de Neil A. Campbell et Richard Mathieu, Ed. du Renouveau Pédagogique, Saint-Laurent (Québec) 1995.

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