Quelles plantes choisir en terre lourde et argileuse au jardin ?

Fréquents, les sols argileux et terres collantes conviennent pourtant à de nombreux arbres, arbustes et fleurs. Conseils et choix d'espèces à planter au jardin
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L’argile est souvent perçue comme une véritable « plaie » pour les jardiniers. Mais les terres argileuses sont plus un problème pour le jardinier que pour les plantes qui, pour bon nombre, s’en satisfont très bien. Ces terres sont très fréquentes en nature, et beaucoup de végétaux s'y sont parfaitement adaptés : la preuve en est par la quantité de "mauvaises" herbes poussant dans ces sols.


Terre collante, sol argileux… force et faiblesse au jardin

L’argile est le résultat le plus fin de la dégradation des roches et sables. Ces "grains" minuscules donnent une grande cohésion entre tous les éléments du sol, à la manière d'une colle : c’est précisément "l’effet colloïdal". Un bon sol, une bonne terre de jardin, a comme base un mélange intime d'argile, de sables et limons et de matière organique. C'est en effet cette dernière seulement qui peut empêcher l'effet collant et compact de l'argile. Quand l'argile (on devrait dire les argiles, car il en existe plusieurs) est très largement dominante, il est vrai que la terre est particulièrement lourde et compacte : elle se transforme en boue à la moindre pluie et devient dure comme de la pierre par temps sec prolongé, au point de se craqueler de partout ! Mais distinguons trois cas :

  • Sur sous sol plutôt perméable (fréquent dans les jardins), l’argile est une richesse, même si ces terres restent longtemps froides au printemps avec une végétation tardive.
  • Sur sous-sol imperméable, l’argile pose problème car elle accumule l’eau en surface formant des terrains boueux (bas-fonds), mais il existe des plantes de milieux humides adaptées .
  • Sous climat à période sèche marquée, le sol argileux devient dur comme du béton, se fendant parfois profondément même dans un pré ou une pelouse (la photo ci-après, prise en Bergeracois, le prouve !). La réhydratation est alors longue à se faire à l’automne.


Faut-il améliorer les terres argileuses au jardin ?

Plutôt que de voir cette question comme une obligation, voyons là comme une possibilité. Il vaut mieux faire de la nature une alliée en s’y adaptant, plutôt que de se battre contre elle : amender la terre pour la rendre souple et l’adapter à nos exigences n’a vraiment d’intérêt que pour le potager (puisqu’il s’agit dans ce cas de produire de quoi s’alimenter) et peut-être pour certains massifs de fleurs (voir pour cela notre article : Sol très compact, dur et pauvre au jardin... comment l'améliorer ? ). Mais pour l’ornement, justement, il existe bien assez de plantes très adaptées à ces sols pour obtenir un superbe jardin sans dépenser son temps et son énergie à vouloir à tout prix « améliorer » le sol.

Par contre, quelques gestes simples permettent de limiter l’effet collant excessif de ces terres :

  1. Ne pas piétiner ou rouler directement sur la terre, mais prévoir des passages adaptés avec un bon « matelas » de débris d’ardoises ou d’écorces de pins.
  2. Pailler le plus possible les massifs, le potager… avec une bonne couche de feuilles mortes ou de paille vraie, ce qui apporte des acides humiques à long terme (qui finiront par améliorer ce sol) et surtout empêche le dessèchement de la terre d’une part et le développement des mauvaises herbes d’autre part.

La photo suivante vous montre la différence entre une partie ameublie au motoculteur et l'autre non, par temps sec, dans une terre de jardin, avant émiettement puis plantation.


Si vous devez vraiment améliorer votre terre, c'est nécessairement par l'apport de matière organique bien décomposée (compost ou fumier). On parle d'amendement organique. Pour une terre très argileuse, une petite brouette de matière suffit au mètre carré, opération que vous pourrez renouveler une fois par an sur deux ou trois ans. 

Attention : n'apportez surtout pas de sable ! Cette erreur ne ferait qu'aggraver le problème. Puisque l'argile est une colle (un colloïde), en apportant du sable vous allez faire... du ciment, qui séchera peu à peu par temps sec (et restera de la boue par temps de pluie).


Quels arbres planter en sol argileux ?

À de rares exceptions près les arbres et arbustes sont rapidement capables de développer leurs racines dans les horizons du sol (un sol étant structuré en plusieurs couches différentes, variables d'un lieu à un autre) qui leur conviennent le mieux. Ainsi, beaucoup d’entre eux semblent adaptés aux sols argileux, même si, en réalité, certains n’ont fait que « percer » la couche d’argile pour prospecter ailleurs.

Les grandes essences champêtres ou forestières de l’hexagone réagissent bien en terrain argileux. Or, il en existe de très nombreuses variétés horticoles qui seront faciles à découvrir dans toute bonne pépinière. Le hêtre ( Fagus sylvatica ), par exemple, est très beau en tant que tel, mais on peut lui préférer certaines de ses variétés comme le hêtre pourpre, le hêtre tricolore, le hêtre à feuilles laciniées, le hêtre pleureur, le hêtre doré…


Il en est de même pour chacun des arbres naturels suivants :

Frênes (élevé : Fraxinus excelsior  et à fleurs : F. ornus ) ; charme ( Carpinus betulus ) ; certains ormes (champêtre : Ulmus campestris  et à petites feuilles : U. minor ) ; noyer royal ( Juglans regia ) ; certains chênes (pédonculé : Quercus pedonculata , sessile : Q. sessiliflora , pubescent : Q. pubescens et tauzin : Q. Tauzin)  ; certains érables (champêtre : Acer campestris,  plane : A. platanoïdes  et sycomore : A. pseudoplatanus ) ; pin sylvestre ( Pinus sylvestris ) ; sapin pectiné ( Abies pectinata ) ; épicéa commun ( Picea abies ).


La plupart des arbres et arbustes de la familles des Rosacées (celle des rosiers) s’y débrouillent très bien (cerisier, pommier, prunellier, aubépine…) dont d’ailleurs la grande majorité des rosiers.

Parmi les arbres exotiques, en voici quelques uns qui se comportent très bien en sol lourd et argileux : chêne rouge d’Amérique ( Quercus rubra ) ; érable de negundo ( Acer negundo ) ; marronnier ( Aesculus hippocastanum ) ; noyer noir d’Amérique ( Juglans nigra ) ; tulipier de Virginie ( Liriodendron tulipifera  ) ; copalme ( Liquidambar styraciflua ).


Quels petits arbres, arbustes et grimpantes planter en sol argileux ?

Trois grimpantes notamment donnent de superbes résultats en terre lourde et collante : les houblons, dont la variété dorée ( Humulus lupulus 'Aureus' ), les rosiers grimpants et les vignes, qu’elles soient fruitières ou d’ornement (comme Vitis coignetae ).

Parmi les petits arbres et les arbustes, il y a du choix : alisier blanc (Sorbus aria) ; arbre de Judée (Cercis siliquastrum) ; aronie (Aronia arbutifolia) ; certains berberis (comme B. x stenophylla ou B. wilsoniae) ; corète du Japon (Kerria japonica); cytise (Laburnum x watereri 'Vossii') ; laurier sauce (Laurus nobilis) ;

Il y a aussi tous les cornouillers et les cotoneasters ; toutes les variétés de forsythia ; garrya ( Garrya elliptica ) ; tous les genêts et tous les houx ; lavatère ( Lavatera olbia  'rosea') ; toutes les variétés de mahonia et de millepertuis ; noisetier et ses variétés ; pieris japonais ( Pieris japonica ) ; photinia et ses variétés ; seringat ( Philadelphus coronaries ); tous les sureaux et leurs variétés ; tetrapanax (Tetrapanax papyriferus) ; la plupart des viornes et les weigelias.


Ci-dessous, voici trois illustrations d'ambiance de jardin en sol très argileux. À gauche, pommier (fruitier), lierre, chaenomèles (cognassier du Japon) et bergénias; au milieu, vignes et rosiers; à droite, massif de rudbeckias, agératums, soucis et delphiniums.


Quelles plantes vivaces pour un massif en terre argileuse ?

La liste serait très conséquente, en voici donc seulement quelques unes :

Acanthe, achillée, anémone du Japon, aster, barbe de bouc ( Aruncus ), bergénia, buglosse ( Anchusa ), chardon bleu (Echinops), cinéraire, coréopsis, cypérus (faux papyrus), delphinium, digitale, géranium vivace, gunnera, heliopsis, hémérocalle, hosta, houttuynia, inule, iris des jardins, lis de la madone, lupin, lychnis, monarde, muscaris, orchidées, pivoines herbacées, toutes les primevères, reine des prés ( Filipendula ulmaria ), rose trémière (passerose), rudbeckia, salicaire ( Lythrum salicaria ), solidago (ou verge d’or), toutes les violettes.


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