Réussir un jardin sableux en bord de mer. Conseils et plantes adaptées

Que faire, que planter en sol où domine le sable, avec l'influence des embruns et vents de mer ? Recommandations, astuces et espèces pour le potager et l'ornement.
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La création de massifs fleuris, la plantation d’arbres et arbustes, la culture de légumes, rien de tout cela n’est impossible sur sols sableux (ou sablonneux), même près de la mer. Connaître les caractéristiques de ces milieux et en tirer le meilleur parti, adopter quelques bons gestes, voilà de quoi concrétiser vos envies de jardin. Pour agir, il est d'abord nécessaire de connaître les principales forces et faiblesses de ce type de milieux.


Les atouts des terrains sableux pour un jardin

Quand le sable est dominant dans un sol, les éléments manquent de cohésion entre-eux. C'est tout l'inverse d'une terre lourde ou argileuse ! Le grand avantage qui en résulte, c'est la facilité à travailler ces sols, ce qu'exploitent les plantes en faisant pénétrer leurs racines en profondeur. Notons justement qu'en l'absence de végétation, les anciennes dunes s'érodent et disparaissent, notamment du fait du piétinnement, par exemple, d'où les programmes de "fixation dunaire" souvent engagés. 

La faible capacité de rétention en eau, en surface du moins, est également un atout à plusieurs titres :

  • pas d'humidité stagnante dans le sol, donc peu de risques de pourriture des racines (raison pour laquelle ce substrat assez "stérile" et juste frais sans excès est intéressant pour réaliser du bouturage par exemple)
  • réchauffement rapide du sol au moindre rayon de soleil 
  • pas de risque de fort gel du sol par temps froid

Les sols sableux sont bien aérés, ce qui est très bien pour les racines. De plus, la majorité des terres sablonneuses sont légèrement acides, ce qui autorise l’installation de végétaux dits de terre de bruyère avec des floraisons spectaculaires !

Contrairement à une idée reçue, un sol sableux est rarement très profond. Même une dune, sous nos climats, n’est pas un « tas de sable ». Dès l’instant où elle est stable, la végétation s’y installe facilement (les graines germent vite et bien dans le sable) et vont chercher les éléments nutritifs et l’eau plus en profondeur, sous le sable. 

De ces caractéristiques, on peut retenir :

  • le sable est un excellent substrat pour la germination (semis) et le bouturage
  • les arbres et arbustes à enracinement profond sont très adaptées dans ces milieux
  • les plantes caractéristiques des zones sub-désertiques aussi, avec un enracinement très étalé en surface pour capter la moindre goutte d'eau

Il est beaucoup plus facile d’améliorer la qualité d’un sol sableux que celle d’un sol très lourd et argileux. Pourtant, c'est avec le même procédé que cela se fait : par apport de matière organique bien décomposée (de préférence du compost plutôt que du fumier). Cet apport peut se faire localement, là où vous souhaiter installer certains végétaux plus exigeants en éléments nutritifs.


Les inconvénients des bords de mer au jardin

Ce n'est donc pas le sable qui pose problème en bord de mer, mais d'autres facteurs :

  • les remontées d'eau marine dans les secteurs les plus bas salinisent le sable et brûlent les racines de la plupart des plantes (ce qui explique la présence de quelques espèces très particulières dans certains secteurs, comme la salicorne)
  • les embruns répétés ont le même effet de salinisation
  • l'air marin et le vent plus ou moins chargé d’embruns brûlent les tissus végétaux et peuvent nuire à une bonne croissance des plantes

Plus on est à proximité immédiate des rivages, pire est la situation si l'on est exposé au vent (ce qui est très souvent le cas). À moins de 100m, ce sont des brûlures assurées sur les feuillages de la plupart des végétaux. À moins de 500m, les risques de nécroses existent, sans abri. Aux effets du sel s’ajoutent ceux de la puissance des vents que la surface marine ou océane, sans relief, ne fait qu’intensifier. Mais comme la nature a horreur du vide, elle sait pourvoir à ces conditions très difficiles avec des espèces végétales bien munies pour se protéger de ces inconvénients. Il est donc indispensable de savoir les utiliser pour composer avec, et non pas contre, la nature.


Bons sens et jardin sableux en bord de mer

Il est tout à fait scandaleux de réaliser à grands frais et à grand gaspillage d’eau et d’apports extérieurs de matériaux, des gazons bien verts, des grandes pelouses et des massifs de fleurs fragiles en bord de mer. C'est hélas pourtant ce que l'on voit dans certains établissements hôtelliers ou certaines propriétés privées ! D'autant plus scandaleux que l'on peut faire très joli autrement.

À sol très filtrant et peu riche, végétation frugale en eau et en éléments nutritifs.

À milieu très venteux et à risque d'embruns des brise-vents et protections appropriées, surtout si vous souhaitez établir un potager ou quelques massifs de plantes d’ornement.

Quel brise-vent ? Trois possibilités: 

  1. Les écrans en brande (bruyère) sont très efficaces car ils laissent passer l’air en retenant la plupart des embruns. Ils bloquent aussi le sable lors des tempêtes. On les trouve en différentes hauteurs, jusqu'à 2,50m (suffisant pour un petit jardin près de la maison).
  2. L’écran végétal avec la mégaphorbiée (herbes géantes) qui offre le charme particulier aux bords de mer tout en apportant une dimension sonore au jardin : cannes de Provence, phalaris, phragmites, ou bambous cespiteux (les pousses de ces bambous se développent à proximité immédiate du pied mère et n'envahissent pas votre terrain, comme le font les bambous traçants).
  3. Les brise-vents avec des arbres : le cyprès de Lambert ou cyprès de Monterey ( Cupressus macrocarpa ), si caractéristique des paysages côtiers de la façade atlantique, est très résistant au vent et au sel. Le pin maritime ( Pinus maritimus ) constitue aussi un bob frein, mais sur la partie haute seulement, alors que les tamaris (dont Tamarix ramosissima , ci contre) le font sur les parties basses.
  4. De ces trois possibilités en découle une quatrième : la combinaison de deux ou trois d'entre-elles, selon la taille de votre jardin. Pour un grand terrain, la base sera constituée de cyprès de lambert et de tamaris. Dés que ces arbres dépassent 1,50 à 2m de haut, vous implantez à leur pied des cannes de Provence ou autre herbe géante. Enfin, après 10 ou 15 ans, vous puvez tout à fait parfaire le dispositif avec des brandes de 1,75m pour "boucher" efficacement les quelques parties faibles qui apparaissent ça et là, et stopper les courants d'air au sol.

Pour vos massifs de plantes de terre de bruyère profitez de l'existence de pins ou d'écorces de pin dans votre région pour constituer un bon paillage d’aiguilles au sol. Si le sol est trop filtrant sur 50cm ou plus, faite un apport de compost, au moins pour le temps que s’installent arbustes et arbrisseaux. Dans de tels massifs vous pourvez planter des azalées, des camélias,  des rhododendrons, des callunes et bruyères (dont les bruyères arborescentes), etc. Les résultats sont  spectaculaires en climat doux et humide, de la Normandie à la Gironde. Plus au sud, l'air chaud et sec pose facilement problème, surtout en région méditerranéenne. Il faut au minimu l'abris et l'ombre de grands arbres pour espérer obtenir quelques résultats. Mais dans ces régions, mieux vaut opter pour les plantes de milieux semi-desertiques (voir des exemples d'espèces ci-après : jardin exotique et jardin de cactus).


Potager et verger en sol sableux

Les plus belles carottes s’obtiennent en sols sableux ou sablo limoneux, tout comme les asperges, d’ailleurs.

Fenouil, haricots, artichauts, radis, salsifis, oignons, cardons, topinambours, et même pommes de terre (il existe des variétés locales de haute valeur gustative, de la Bretagne à la Gironde), donnent d’excellents résultats, avec un apport même modéré de compost.

De la même manière, il est facile d’obtenir de beaux fraisiers. Plantez aussi de la vigne, des figuiers, des ronces à mûres (ou mûriers) et des mûroisiers (croisement entre ronce à mûres et framboisier), des sorbiers, argousiers et arbousiers.

Et si vous aimez les beignets d’acacia, plantez un robinier faux- acacia ( Robinia pseudo-acacia , puisque ce sont ses fleurs (et celles-là seulement) que l’on utilise à cet effet. Attention, cet arbre peut vite devenir envahissant par drageons, et il se ressème facilement. Optez pour des variétés horticoles telle que le robinier 'Frisia'.


Arbres, arbustes, fleurs et exotisme en jardin de bord de mer

Pour un jardin sauvage et naturel, plantez des pins maritimes, frênes et peupliers, de la cytise, des ajoncs, genêts, callunes, arbousiers, cistes, euphorbes, echinops et sédums.

P our un jardin très exotique, osez le palmier des Canaries ( Phoenix canariensis ) , des eucalyptus (comme E. globulus et E. ficifolia ) , le faux poivrier ( Schinus molle ), les yuccas, dasylirions, beschornerias , asparagus, géraniums et pélargoniums.

Pour un jardin typé, préférez les cyprès de Lambert, pins pignon , tamaris, féviers d'Amérique ( Gleditsia triacanthos ) et genévriers de Phénicie, les pittosporums, oliviers de bohème (argousier) et éléagnus, les acanthes, agapanthes, et armoises, artémises ou ornithogales et les passeroses (roses trémières).

Et pourquoi pas un jardin de cactus et plantes grasses. Il existe de nombreuses cactées résistantes au froid , ainsi que les superbes agaves , à mélanger avec des pourpiers ( Portulaca grandiflora ), ficoïdes, sédums, et joubarbes.

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