Rivières sauvages de France, entre richesse, patrimoine et label

Tourisme, pêche, réserve biologique, intérêts économiques et patrimoniaux, chaque rivière préservée est une force pour l'avenir, des richesses pour l'homme.
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Rivière sauvage… les mots seuls font rêver : grands espaces, vallons secrets, poissons furtifs, eau vitale, baignade, murmure liquide entre les roches, cascades ou grand ruban aquatique paisible ! Souvenirs d’enfance, aussi.

En France, si seulement 7% des masses d’eau douce sont en très bon état écologique, beaucoup de rivières ont une haute valeur patrimoniale en ayant subi peu, voire aucune altération liée aux diverses activités humaines (pas d’aménagements lourds, peu ou pas de prélèvements d’eau ou de granulats, pas ou très peu de pollution, et en tout cas, pas d’atteinte irréversible à leurs habitats). Des rivières qui hébergent encore des populations animales et végétales abondantes et qui, loin d’être des sanctuaires interdits ou des rivières sans hommes, méritent désormais un regard neuf et un renforcement de leur protection pour offrir aux hommes toutes leurs richesses.

Rivière, biodiversité et préservation de l’espace, de vrais enjeux

La valeur des lacs, mares, étangs et marais est démontrée et reconnue depuis longtemps : le travail du Conservatoire du Littoral et des Espaces Lacustres depuis 1975 est remarquable et reconnu par tous, et a permis de gérer avec intelligence de très nombreux espaces qui font aujourd’hui la fierté de bien des communes et régions de France.

Mais les rivières - torrents, ruisseaux ou fleuves – n’ont pas toujours eu la même chance et nombre d’entre-elles ont subi de graves agressions les privant de toutes leurs fonctions essentielles dans notre environnement : épuration et stockage gratuits de l’eau, zones tampons pour la gestion du risque naturel d’inondations, absorption des gaz à effets de serre dans leurs forêts alluviales, réservoir de biodiversité et de nourriture, espace de quiétude et de loisir maîtrisé pour l’homme…

La France, véritable château d’eau douce, envié par de nombreux pays, prends conscience de la nécessité de mieux gérer ces espaces irremplaçables, par la voix de nombreux scientifiques, pêcheurs, représentants d’institutions diverses, élus locaux, naturalistes, entreprises… et s’engagent pour que toute la société puisse (re)découvrir un patrimoine d’une richesse exceptionnelle apte à concourir au développement économique et culturel de la France.

Les plus belles rivières sauvages françaises : quatre exemples

Quand des associations d’élus, comités de bassins versants, fédérations de pêcheurs, syndicats mixtes, agences de l’eau et parcs régionaux agissent pour préserver « leurs » rivières, ce sont de véritables joyaux naturels dont chacun peut profiter aujourd’hui.

En Rhône-Alpes, le Chéran, principal affluent du Fier avec 443km2 de bassin versant, est riche d’une faune autochtone (truite fario, ombre, écrevisse à pieds blancs…) et d’un environnement végétal et géologique exceptionnel propice au développement d’un tourisme doux.

En Rhône-Alpes et Franche-Comté, la Valserine et la Semine, qui prennent leurs sources sur les hauts plateaux du Jura, présentent 54 km d’un spectacle époustouflant, avec cascades et marmites poissonneuses, et de tourbières associées où vivent des espèces aussi remarquables que le Sonneur à ventre jaune, un étonnant petit crapaud intégralement protégé en France.

En Bretagne, au cœur du Trégor, le Léguer c’est 60km d’une nature exceptionnelle nichée entre les Monts d’Arrée et la côte de Granit rose ou vivent encore la truite fario autochtone, le saumon d’atlantique, la truite de mer, l’alose, le chabot, les lamproies marines et de Planer, et la loutre d’Europe, par exemple.

En Languedoc, la Vis, affluent de l’Hérault, est une rivière typiquement méditerranéenne (avec d’ailleurs une population autochtone de truites méditerranéennes) qui présente ses eaux limpides dans un décor exceptionnel de roches calcaires où restent encore les traces des nombreux petits moulins à huile et à farine du siècle dernier.

Préserver et valoriser les dernières rivières sauvages, c’est l’adhésion de tous !

Beaucoup d’espèces protégées, et des milieux irremplaçables, qu’il faut faire cohabiter avec les activités humaines, tel est l’enjeu tant à l’échelle nationale qu’européenne. C’est pour mieux fédérer les énergies qu’est né le Fonds pour la Conservation des Rivières Sauvages le 20 mai 2011, initié par le WWF France, avec sa présidente Isabelle Autissier. Soutenu par l’Etat, et de nombreux partenaires européens, le Fonds s’inspire dans ses missions du Conservatoire du Littoral : - Regrouper les acteurs publics et privés autour des objectifs de gestion/préservation des rivières sauvages - Aider les acteurs locaux et les structures impliquées par un appui technique et scientifique – Développer une véritable synergie avec une réelle adhésion collective durable pour que la France dispose à terme d’un capital en rivières sauvages de quelques milliers de kilomètres.

Le réseau des rivières sauvages et la labellisation

Parce que le Chéran, la Valserine, la Sémine, le Léguer et la Vis sont quelques unes des nombreuses rivières d’exception qui sont en danger, malgré la volonté locale de les préserver par une gestion responsable, c’est par le Label Rivières Sauvages décerné qu’elles entreront dans le « réseau des rivières sauvages ». Le Douron, les gorges de la Loire, l’Oise, le Haut Allier… sont de ces trésors à mieux gérer également. Des labels, un réseau, un Fonds pour la Conservation… ces outils vont permettre la mise en place d’un référentiel scientifique robuste, la création d’un observatoire des rivières sauvages (certainement en Languedoc, à Rogues, avec la Maison de la Vis). Mais le souci immédiat est bien de mobiliser l’ensemble des acteurs (communes, institutions, entreprises, pêcheurs…) tant sur l’adhésion au principe que sur le soutien financier pour que toutes les rivières sauvages de France connaissent un aussi bel avenir que celles déjà « sous le feu des projecteurs ».

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Avec les informations fournies par Marie-Pierre Medouga, attachée de presse

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