Santé: plantes d'intérieur dépolluantes, que faut-il en penser?

Épuration de l'air des logements par les plantes: mensonge ou vérité? Que dit la science? Démêlons vrai et faux sur l'absorption des ondes et polluants.
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Bioépuration, phytoépuration, remédiation… une fois de plus, usage est fait de mots scientifiques et d’études fondamentales bien réelles, avec détournement de sens, pour attirer lectorat et clients vers une nouvelle mode, de nouveaux marchés et produits.

La vérité sur les plantes dépolluantes dans nos intérieurs est en dessous, et bien différente, de ce que disent certains rédacteurs et médias. Les problèmes de santé envahissent notre quotidien. Il est facile d’attirer l’attention du public sur ces questions.

Les bienfaits des plantes

Tout ce que les végétaux peuvent nous apporter est immense, à commencer par l’alimentation, la médecine, les textiles, etc. Arbres, herbes, algues, mousses… de très nombreuses propriétés sont encore à découvrir dans les décennies à venir.

Pour notre bien-être, et tout particulièrement lorsque le stress nous fait perdre le moral , se retrouver parmi les plantes peut apporter beaucoup: «Difficile à croire, a priori : la présence de végétation (…) dans notre entourage immédiat et dans notre quotidien a pourtant de nombreux effets et bienfaits sur notre état psychologique, notre santé et notre vitalité…» ( lire la suite ).

Laboratoires scientifiques et missions d’études travaillent pour découvrir tout ce que peuvent nous apporter les plantes: carburants, produits pour les industries, médicaments…

Comme en témoigne la célèbre revue internationale Nature , paraissent de nombreux résultats d’étude, mais la presse plus populaire s’en empare à l’occasion, quitte à ne fournir qu’une information tronquée, voire détournée.

Beaucoup de plantes sont épuratrices

Gaëlle Dupont ( Le Monde du 29 décembre 2010 ) titre: «Des plantes au service de la dépollution.» Elle écrit: «Pour restaurer l'état des eaux et des sols, les solutions végétales sont de plus en plus sollicitées. L'année 2010 a été "plutôt bonne" pour Phytorestore, selon son président, Thierry Jacquet. Cette PME est le leader en France d'une activité encore marginale, mais qui a le vent en poupe : la phytoremédiation. Les végétaux sont les principaux agents de traitement de l'eau, des sols, ou de l'air pollué.»

La phytoépuration de nos eaux usées est parfaitement connue et maîtrisée, comme en témoigne les très sérieuses communications faites par Terre vivante , et le nombre croissant d’entreprises s’engouffrant dans ce marché, soutenues par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie ( ADEME ).

Les plantes participent également à la remise en état des sols pollués. Cette dépollution est une remédiation (remise en état) consistant «à utiliser la capacité naturelle des plantes à contenir, dégrader ou éliminer les produits chimiques toxiques et les polluants du sol ou de l´eau : métaux, pesticides, solvants, explosifs, pétrole brut et contaminants qui risquent de s'échapper des sites de décharge», comme le démontre l’Institut national de la recherche agronomique ( Inra ).

Presque 90% de notre temps dans des espaces clos, pollués

Parce qu’une part de plus en plus importante de la population française (et occidentale en général) passe presque tout son temps dans des locaux, les chercheurs des domaines de la santé s’intéressent de plus en plus à la qualité de ces intérieurs.

Les conclusions ont fait l’effet d’une bombe: «Ces environnements comprennent de nombreuses sources de polluants atmosphériques (installations à combustion, matériaux d’ameublement, de décoration, de construction) auxquelles s’ajoutent les activités humaines (tabagisme, utilisation et stockage des produits cosmétiques, d’entretien et de bricolage…). Cette multitude d’émissions génère un cocktail de polluants dont il est clairement établi aujourd’hui qu’il exerce des effets sanitaires à court comme à long terme», déclare le professeur Damien Cluny (discours d’ouverture de la journée technique sur l’épuration de l’air intérieur par les plantes, 6 mai 2010).

Oui, des plantes épurent l’air

Des recherches scientifiques ont été conduites sur ce sujet depuis les premières expérimentations de la NASA, et l’ association Plant’airpur vulgarise les travaux du programme Phytair, recherches scientifiques menées en partenariat avec l’ADEME, en France.

Les éléments apportés depuis 2005 prouvent que, dans certaines conditions proches de celles rencontrées en milieu naturel, trois plantes ( Scindapsus aureus – pothos, Chlorophytum comosum, Dracaena marginata ) donnent des résultats en matière de dépollution de l’air.

Ces résultats valent pour des polluants pris isolément un à un comme le benzène (C6H6), le monoxyde de carbone (CO) et le formaldéhyde (HCHO).

Pourquoi faut-il être réservé sur les plantes dépolluantes?

Les résultats obtenus jusqu’à maintenant sont obtenus en laboratoire. L’air de nos intérieurs ne correspond pas à des polluants pris isolément mais à des cocktails complexes. Par ailleurs, aucune étude ne permet de penser que les plantes aient un quelconque effet sur les ondes émises par les téléphones et autres appareils.

Ainsi, en conditions réelles telles que nous les vivons au quotidien et «en l’état actuel des connaissances, encore limitées, l’utilisation de plantes en pot n’apparaît pas efficace pour éliminer les polluants de l’air dans les espaces clos», affirme l' Observatoire de la qualité de l'air intérieur .

«On sait depuis longtemps que les plantes captent très bien les polluants atmosphériques au moyen de leur feuillage, mais peuvent-elles par la même occasion dépolluer l’air? De nombreux espoirs ont d’abord été fondés sur l’utilisation directe des plantes, mais malheureusement cette façon de dépolluer dont nous venons de détailler les processus, s’est vite révélée trop faible pour être applicable», explique Jean-Pierre Garrec de l’ Inra de Nancy .

Si, de par leur nature, les techniques faisant appel aux végétaux suscitent une attente importante de la part du grand public (et des producteurs de plantes!), les résultats (obtenus en laboratoire ou lors de tests dans les écoles ) montrent des possibilités de biosurveillance de la qualité de l’air intérieur, uniquement des possibilités.

Conseils importants

Il est prévu, le jour venu, que soit créé le label «PHYTAIR» pour communiquer, former, informer de manière objective et «certifier» qu’une plante a été vraiment testée et pour donner ces capacités épuratoires.

  • Attendez l’apparition de ce label dans les jardineries et pépinières. Seul le pothos semble le meilleur prétendant actuellement.
  • Lisez les très intéressantes études fournies par tous les organismes que nous citons dans le présent article.
Manger des fleurs qui ont du goût, et sans s'intoxiquer !

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