Serres du Jardin des Plantes: visite botanique du monde à Paris

Visiter les Grandes Serres du Jardin Botanique : loisir éducatif et émerveillement, entre patrimoine architectural et richesses végétales de la planète.
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Comment passer un moment agréable et reposant à Paris ? Les amoureux de jardin, les passionnés de plantes, les botanistes éclairés et les amateurs d’architecture de verre et d’acier ou Art déco le savent déjà : rendez-vous au Jardin des Plantes. Mais le lieux est passionnant pour tous les publics.

Ouvertes en toutes saisons au 57, rue Cuvier, Paris Ve, les célèbres serres ont fait peau neuve entre 2005 et 2010, et se dévoilent, magnifiées, au regard émerveillé des passionnés de mondes imaginaires, d’histoire et d’aventure (*).

Des maisons pour les plantes, des plantes pour le Roi

Rêves de conquêtes et d’exotismes, témoignages formels des voyages d’exploration, les plantes exotiques - qui viennent d’ailleurs – ont vite occupé une place importante dans l’estime des têtes couronnées du monde. Saveurs nouvelles, formes nouvelles, couleurs nouvelles, chaque nouvelle espèce faisait l’objet de toutes les attentions.

Les botanistes avaient les faveurs du Roi, et toute expédition amenait son lot de plantes, admirées par la cours, fierté de la couronne prête à investir gros pour les conserver et les montrer aux hôtes de marque.

Serres ou orangeries ? Les premières plantes fragiles que l’on cherche à conserver sont les agrumes : orangers, citronniers et espèces proches. Dès le XVIIe siècle, pour ses petits arbres, on construit des bâtiments partiellement vitrés, qu’on appelle alors orangerie.

Les agrumes y sont mis à l’abri des gels, mais les bâtiments, utilitaires avant tout, sont fermés au public. Les orangers s’admirent l’été, au bord des allées, dans les parcs.

Le bâtiment vitré s’est progressivement transformé en structure de bois vitrée, beaucoup plus lumineuse, pour accueillir à l’année, des plantes plus fragiles. Les intendants du Roi, dont Buffon, le plus célèbre d’entre eux, en érige au Jardin des Plantes. Mais la plus ancienne fut construite en 1714 par Sébastien Vaillant, pour abriter, notamment, un pied de café envoyé à Louis XIV.

Du Royal Garden of Kew à Paris, les cathédrales de verre

Alors que les trésors botaniques deviennent plus nombreux, plus grands, plus exigeants, la nécessité de construire plus haut, plus lumineux, plus sophistiqué s’impose.

Véritable révolution technique, l’utilisation du métal, associée au verre, va permettre d’édifier des structures plus solides, permettant une meilleure isolation pour des plantes réclamant une chaleur constante, tout en concevant de véritables œuvres architecturales. Les principes sont d’abord conçus en Angleterre, près de Londres, au très célèbre jardin de Kew. Charles Rohault de Fleury, architecte du Muséum de Paris, s’y rend en 1933 y étudier le système.

De retour en France, il construit entre 1834 et 1836, deux serres carrées vitrées et hautes, chauffées à la vapeur produite par une chaudière et diffusée par des tuyaux. Le pavillon oriental qui sera appelé plus tard la serre mexicaine, contient des eucalyptus, des dragonniers, et des mimosas. Il est tapissé de passiflores et d’autres plantes grimpantes. Le pavillon occidental, où la température est plus élevée, dit pavillon des palmiers et appelé ensuite serre australienne, accueille bambous, palmiers, vanille, canne à sucre, bananiers, dattiers, fougères arborescentes. Il comporte un bassin aux nymphéas décorés d’une nymphe sculptée par Brion.

Ces bâtiments, prototypes des serres modernes, comptent parmi les innovations les plus importantes de l’architecture métallique. Ce sont les premières serres au monde d’aussi grandes dimensions réalisées en verre et en métal.

Construite entre 1935 et 1936, par René Berger, architecte en chef du muséum, la serre des forêts tropicales humides est majestueuse, avec son bassin, son imposant rocher de béton creux aux formes cubistes. Ses grandes dimensions lui permettent d’accueillir les plus hauts sujets. Son entrée art déco, est toujours l’actuelle entrée principale des serres, et constitue un spectaculaire témoignage du style architectural de l’époque.

De la découverte scientifique à la pédagogie et à l’art

La fièvre botanique n’est plus, et la fascination pour ces êtres de sève récoltés aux antipodes a disparu. Chacun peut, de nos jours, aller à la rencontre du monde végétal par ses propres voyages ou par les découvertes au travers du web ou des émissions télévisées. Qui s’étonne d’un palmier aujourd’hui ?

Ce désintérêt progressif et les difficiles conditions subies par les serres (chaleurs et humidité, donc rouille notamment), ont progressivement amoindri la portée culturelle de monuments pourtant classés.

C’était sans compter sur les passionnés d’art et d’architecture qui, alliés aux passionnés du Jardin des Plantes, ont mobilisés les forces et les moyens pour entamer la plus vaste opération de restauration et de reconversion de ce patrimoine d’exception.

Un énorme travail de cinq années a mobilisé architectes, scénographes, médiateurs ou spécialistes de la pédagogie, scientifiques et jardiniers, associations spécialisées dans les handicaps. À la magie architecturale des serres devait s’y ajouter une nouvelle et importante dimension pédagogique, afin d’apporter un attrait incontournable et inscrit dans notre époque.

Ainsi, tout en gardant la magie du lieu et son potentiel de dépaysement, la rénovation fut assortie d’une muséographie repensée, de nouvelles plantations et présentations végétales.

On y appréhende les connaissances les plus récentes sur les plantes et la fragilité des milieux et les enjeux actuels de leur préservation.

Les quatre voyages

Les grands thèmes actuels structurent la visite et apportent émerveillement et réflexion :

  • La serre des forêts tropicales humides, c’est l’invite au voyage, au dépaysement, dans l'atmosphère chaude et humide qui sied à ces écosystèmes tropicaux, si essentiels et malheureusement si dangereusement menacés.
  • La serre des déserts et milieux arides, en contraste violent, permet de découvrir les mécanismes d'adaptation des plantes à la sécheresse, dans 5 régions du globe : déserts des Etats-Unis et du Mexique, des Andes, d’Afrique du Sud, de Madagascar, du Sahara.
  • La serre de Nouvelle-Calédonie présente des milieux rares aux espèces emblématiques, dont celles de la forêt sèche, du maquis minier ou de la mangrove.
  • La serre de l'Histoire des plantes retrace 430 millions d'années de vie végétale, depuis leur sortie de l'eau, jusqu'à l'apparition des fleurs.

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(*) rédigé avec les informations du Jardin des Plantes

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