Un jardin de rêve, idéal : gourmand, bio, vert, naturel, à vivre

Le jardin des français doit être nourricier, verger et potager ; il apporte l'abondance, l'alimentation naturelle et le bien-être ... il est aussi convivial !
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Que d’exigences ! que de qualificatifs ! et pourtant, c’est exactement ce qu’il ressort des divers constats de ces dernières années et tout particulièrement de l’étude menée par l’Unep-Ipsos en 2011 (*). C’est le retour en force du jardin, depuis une bonne dizaine d’années, et les français veulent pouvoir se nourrir avec. Dire que depuis le milieu du 19ème siècle (au moins) l’homme faisait tout pour se libérer des corvées du quotidien, et tout particulièrement de celles relatives à la production de sa nourriture, au travail de la terre et donc au jardinage !

Du jardin vital au jardin gourmand

Alors même que les années 60/70 promettaient plus de loisir, plus de temps libre, plus d’insouciance et d’amélioration des conditions de vie quotidienne, l’homme de plus en plus urbain a de nouveau envie de… jardin !!! c’est qu’il ne le voit plus comme une corvée ni une contrainte véritable. Pendant des siècles, le jardin avait une fonction essentielle : nourrir. Vital, il servait à fournir la nourriture aux hommes directement par les fruits et légumes, et indirectement en produisant des aliments pour la volaille et un peu de bétail (porc, chèvre, mouton). Si actuellement beaucoup de Français y sont à nouveau attachés, c’est qu’ils sont de plus en plus nombreux à y voir au travers de la nourriture, un symbole de produits frais et sains, par opposition (souvent excessive d’ailleurs) aux produits vendus dans les grandes surfaces, considérés comme industriels, et pour lesquels il existe de plus en plus une perte de confiance.

Mais ce jardin idéal et gourmand est aussi devenu attractif car il n’implique plus ou presque autant de fatigue et d’implication suivie qu’avant. Plus question de suer en bêchant durant des heures, d’arroser chaque jour à l’arrosoir, de déparasiter manuellement… bienvenue aux recettes faciles, aux modes d’emploi qui ne nécessitent ni connaissances importantes, ni longue expérience, ni transmission minutieuse des savoirs. On veut jardiner dans un pot de fleurs ou une jardinière, sur un balcon, contre un mur, dans un jardin en carré pour ne pas avoir à se baisser et sans se salir les pieds. Sans gants ni machines, sans plaisir ni solutions « pré mâchées »… peu d’adeptes ! l’écologique est propre et facile ou n’est pas ! sauf pour qui est prêt à payer des entreprises du paysage pour qu’elles fassent et entretiennent le potager bio. Reste que les nouveaux jardins sont perçus comme le lieu d’expérimentation des gestes verts à l’heure où l’on parle de bio, où la dernière tendance est à l’auto-cueillette et à la remise en avant des variétés disparues de fruits et légumes.

De la verdure au jardin, de l’eau aussi

Pour 2 français sur 3, ce qui caractérise avant tout le jardin, c’est la présence de plantes et donc de verdure, symbole de nature. Lointain souvenir de nos racines ? toujours est-il que pour beaucoup de personnes voir des plantes induit une diminution du stress. La tension musculaire et la pression artérielle qui diminuent, et le rythme cardiaque qui se rééquilibre sont des effets positifs pour la santé largement mesurés. C’est en totale corrélation avec cette étude (**) qui, en 2011 également, a démontrer les bienfaits des plantes d’intérieur, indiquant notamment que, dans les espaces de travail, le paysagisme d’intérieur permet d’améliorer la productivité de 10 à 15%. Ces constats sont aussi à mettre en relation avec le fait que 72% des personnes interrogées déplorent le manque de vert en ville (***).

Mais de quelle verdure parle-t-on ? simple pelouse pour les uns, bosquet d’arbustes pour les autres, présence d’arbres aussi… le fait est que le côté foisonnant d’un jardin a de plus en plus le vent en poupe. Ainsi, si 16% des français rêvaient d’un jardin à la française en 2007, ce taux n’atteint plus que 11% en 2011. Pour les personnes à haut revenus, la tendance s’oriente plutôt vers le jardin à l’anglaise, et pour des revenus moins élevés, le rêve est plutôt une tendance au jardin d’aspect naturel. Quant à l’eau, elle s’impose au jardin pour 21% des personnes, qu’il s’agisse de jets et fontaine , piscine écologique ou de baignade nature , de mare foisonnante de vie et fleurie, de bassin à poissons .

Jardin zen, jardin sauvage, et jardin loisir

La recherche de l’esprit du jardin japonais attire de plus en plus de gens, surtout des jeunes ; qu’importe d’ailleurs si le style est véritablement respecté, mais le côté zen de ces compositions où s’associent subtilement jeux d’eau, rochers, graviers et mousses en fait rêver 15% d’entre eux.

Avec 16% d’adeptes, le jardin sauvage semble voué à un bel avenir car il mélange pêle-mêle la vocation esthétique du jardin, le peu d’entretien et les « droits » de la nature. L’idée de mettre en œuvre des aménagements paysagers qui préservent la biodiversité fait son chemin : plantation d’essences locales, lutte biologique, plantation de haies champêtres ... Mais, tous types de jardin confondus, à peine un français sur cinq voit dans le jardin un réservoir de biodiversité. Importante pour certain, cette proportion reste pourtant bien faible eu égard à l’urgence d’un plus grand respect de l’environnement. La peur des « nuisibles, puants et autres vermines » est encore présente dans les esprits, et le manque de connaissances en matière de nature rend craintives beaucoup de personnes eu égard aux plantes toxiques et dangereuses dans les jardins .

Côté loisir, pour 6% des français le jardin est d’abord un espace de jeux pour les enfants. Pour 19% c’est surtout la cuisine d’été avec barbecue ou plancha , et pour un tiers des français, c’est un prolongement de la maison en tant que lieu de convivialité pour recevoir les amis, faire la fête ou du sport. Mais dans les faits, plus de la moitié s’y reposent et 3/4 y mangent ou y prennent l’apéro avec des proches.

Le retour du jardin vivrier, qui se doit d’être gourmand

« Des potagers aidant à l’insertion professionnelle aux vergers conservatoires, des jardins de couvents aux jardins partagés d’aujourd’hui, le jardin nourricier n’a cessé d’être le territoire d’une ingéniosité guidée par la nécessité, les voyages, la faim ou la gourmandise, les souvenirs d’enfance » (*). Peut-être de manière encore un peu confuse, ce retour au jardin nourricier est à mettre en lien avec le besoin de renouer avec les saison, les produits sains, et une certaine forme d’authenticité. L’envie de fruits et de diversité fruitière est toute aussi forte que celle de beaux légumes frais et goûteux, d’où le regain d’intérêt pour les variétés anciennes et plus ou moins oubliées.

Notons enfin que 16% des français voient dans leur coin de verdure un moyen d’embellir l’habitat. Pour eux, le jardin donne plus de valeur à la maison : « Ils n’ont pas tort quand on sait que les logements avec jardin se vendent 1 à 2 mois plus vite, à un prix 5 à 11% supérieur au marché » (*).

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(*) étude sur laquelle se fonde notamment le présent article : résultats de l’enquête Unep-Ipsos 2011 : « Le jardin rêvé des Français »

(**) étude sur " Les Bienfaits des Plantes d’Intérieur " – Environnement et Société/Unep, 2011

(***) étude sur « Le jardin, un bien social à partager » - Enquête Unep-Ipsos 2010

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