Le Chevalier de la Barre ou l'intolérance religieuse au XVIII

L'histoire du Chevalier de la Barre, qui meurt à 19 ans, victime de l'intolérance religieuse au siècle des Lumières
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Un crucifix abîmé

C’est en août 1765 que les habitants d'Abbeville constatent qu’un crucifix du Pont-Neuf a été abîmé. Après quelques atermoiements, on finit par soupçonner un gentilhomme de dix-neuf ans, Jean-François Lefebvre dit le Chevalier de La Barre, déjà inquiété pour des propos impies et pour ne pas avoir accepté de se découvrir lors du passage d’une procession.

Ainsi commença cette triste affaire qui eut une fin tragique.

Un procès rondement mené

Le Chevalier de La Barre essaie de se défendre tant bien que mal devant ce procès irrégulier en interjetant devant le Parlement de Paris, qui lui accorde d’être décapité avant d’être brûlé le 1er juillet 1766 par quinze voix contre dix.

En effet, la condamnation du tribunal d’Abbeville le 28 février 1766 est sans appel : le Chevalier de La Barre est condamné à avoir un poing coupé, la langue arrachée et à être brûlé vif, après des aveux sous la torture et la découverte du « Dictionnaire philosophique » de Voltaire et d’autres livres licencieux chez lui.

Voici maintenant la version qu'en fit son avocat dans une relation célèbre.

Relation de la mort du Chevalier de La Barre par Maître Cassen

Extraits de la relation :

"Enfin, le 1er juillet de cette année, se fit dans Abbeville cette exécution trop mémorable: cet enfant fut d’abord appliqué à la torture. Voici quel est ce genre de tourment.

Les jambes du patient sont serrées entre des ais; on enfonce des coins de fer ou de bois entre les ais et les genoux, les os en sont brisés. Le chevalier s’évanouit, mais il revint bientôt à lui, à l’aide de quelques liqueurs spiritueuses, et déclara, sans se plaindre, qu’il n’avait point de complice.

On lui donna pour confesseur et pour assistant un dominicain, ami de sa tante l’abbesse, avec lequel il avait souvent soupé dans le couvent. Ce bon homme pleurait, et le chevalier le consolait. On leur servit à dîner. Le dominicain ne pouvait manger. « Prenons un peu de nourriture, lui dit le chevalier; vous aurez besoin de force autant que moi pour soutenir le spectacle que je vais donner». Prenons du café, dit le chevalier de La Barre après le dîner le plus paisible, quelques heures avant son exécution, il ne m’empêchera pas de dormir.

Le spectacle en effet était terrible: on avait envoyé de Paris cinq bourreaux pour cette exécution. Je ne puis dire en effet si on lui coupa la langue et la main. Tout ce que je sais par les lettres d’Abbeville, c’est qu’il monta sur l’échafaud avec un courage tranquille, sans plainte, sans colère, et sans ostentation: tout ce qu’il dit au religieux qui l’assistait se réduit à ces paroles: « Je ne croyais pas qu’on pût faire mourir un gentilhomme pour si peu de chose.» et ce furent ses dernières paroles."

Voltaire, impliqué de façon indirecte s'indignera et lui rendra hommage dans son dictionnaire philosophique.

Voltaire et la réhabilitation

De son exil, Voltaire s’élève contre l’iniquité et la cruauté de ce procès réclamant la révision de ce dernier, comme le montre sa lettre au Comte d’Argental :

« L’atrocité de cette aventure me saisit d’horreur, et de colère. Je me repens bien de m’être ruiné à bâtir et à faire du bien dans la lisière d’un pays où l’on commet de sang-froid, en allant diner, des barbaries qui feraient frémir des sauvages ivres. Et c’est là ce peuple si doux, si léger et si gai ! Arlequins anthropophages ! je ne veux plus entendre parler de vous. »

Le philosophe ne réussit pourtant pas à faire réviser le jugement, malgré ses protestations et la demande de réhabilitation, dans les cahiers de doléances, du chevalier par la Noblesse de Paris.

En fait, il faut attendre La Convention en 1793 pour que le Chevalier de La Barre soit réhabilité avant d’être élevé à la figure de victime du fanatisme catholique au XIXème.

Mais quel fut le véritable coupable ?

Une simple charrette

Il fut, par la suite, établi que la dégradation du crucifix à l’origine de l’affaire du chevalier de la Barre aurait été causée par l’accident d’une charrette chargée de bois. Le chevalier de la Barre était dans sa chambre la nuit de la dégradation du crucifix.

N’oublions pas que l’enquête fut menée par Duval de Soicour, lieutenant de police d’Abbeville, qui avec acharnement, n’hésitera pas à fournir de fausses accusations et de faux témoignages, et par le lieutenant du tribunal d’élection Belleval, qui est un ennemi personnel du chevalier de La Barre, qui se venge à travers lui d’un revers sentimental.

Un symbole actuel

Aujourd'hui l'histoire et le martyre du Chevalier de La Barre est un symbole fort pour tous les partisans de la liberté et de la laïcité.

Aujourd’hui, le nom, le monument consacré au Chevallier à Abbeville et la statue parisienne à Montmartre de cette victime de l’intolérance religieuse demeurent un point de ralliement pour les tenants de la laïcité et de l'anti-catholicisme

Il existe même deux associations au nom du chevalier de La Barre : l’association Le chevalier de La Barre à Paris et le groupe La Barre à Abbeville.

Une loge maçonnique du Grand Orient De France porte son nom en Essonne.

Il reste pour tous les esprits libres un symbole de l'intolérance religieuse dans un siècle qui s'ouvrait à la modernité et à la tolérance.

Si au XXIème siècle un tel évènement reste improbable en Occident... dans d'autres pays le pire est toujours possible!

La laïcité apparaît comme le meilleur moyen de faire vivre ensemble des gens de tous horizons et de toutes croyances dans la tolérance et la fraternité, en France comme ailleurs.

Sources principales :

- Internet :

- Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Chevalier_de_la_barre

- Association Le Chevalier de La Barre : www.laicite1905.com/

- Relation de la mort du Chevalier De La Barre : www.voltaire-integral.com/VOLTAIRE/La barre .htm

- Roman :

- Max Gallo , Que passe la justice du Roi : vie et supplice du chevalier de La Barre , Paris, Robert Laffont.

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