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JEAN-MARIE MATHÉ

Publié dans : Les articles Politique Société & Médias de Jean-Marie Mathé

Comment vit-on dans un pays au bord du chaos?

Premier producteur de pétrole d'Amérique du sud sur un territoire grand comme presque 2 fois la France, peuplé d'une trentaine de millions d'habitants, le Venezuela est aujourd'hui un pays au bord de l'explosion. Depuis la victoire d'une coalition d'opposition aux élections législatives, fin 2015, c'est unvéritable bras de fer entre « chavistes » (du nom du président Hugo Chavez au pouvoir de 1999 à 2013 et mentor de l'actuel chef de l'état Nicolas Maduro) et « antichavistes ».Cette situation s'est intensifiée depuis que l'opposition a rassemblé début mai 1,8 million de signatures pour révoquer le président. Parallèlement, pillages de commerces, pénuries,lynchages et protestations se multiplient dans le pays où l'électricité et l'accès aux services publics sont limités,alimentant un énorme mécontentement parmi les vénézuéliens qui doivent faire des heures de queue devant les supermarchés et les pharmacies. De ce début de chaos, Julien Dormois en est le témoin au cœur de la tourmente. Caméraman-correspondantpendant 11 ans à France 3-Lorraine, le jeune mosellan de Boulay(près de Metz) a rejoint en 2011 Rusbelis, sa femme vénézuélienne :il est devenu responsable de l'agence « Venevision »(pour Venezuela Télévision) et s'installe à Maturin. 400 000habitants, chef-lieu du Monagas, un des 23 états du pays, à 520 km à l'est de Caracas, la capitale, 5ème ville la plus dangereuse du monde. Avant un retour en France programmé pour la mi-juillet,Julien nous livre un témoignage fort.


Dans quel état est le Venezuela aujourd'hui ?


« La situation du pays, je la compare à un cancer qui se généralise. Au début, en 1999 à l'arrivée de Chavez, il est présent mais personne ne s'en rend compte même pas le malade ; il vit normalement sans souffrir ni présenter de symptôme. Les mois passant, en 2013, son état empire malgré les traitements : voilà où est en le Venezuela, au stade terminal.La chute des prix du baril de pétrole a été le catalyseur de la dégringolade du pays dont la dette est colossale. L'inflation est galopante,180% l'an passé et les salaires ne suivent pas.Aujourd'hui, le salaire minimum qui vient d'augmenter de 30% est de 33 600 Bs (bolivars) soit 67€. 70% de la population n'a plus les moyens de manger 3 fois par jour. Le nombre de gens très pauvres a augmenté : pour eux, la meilleure solution est de voler.Parallèlement, l'insécurité est croissante."


En quoi la vie quotidienne de la famille Dormois a-t-elle changé ?


"Pour des raisons économiques, voici 2 ans, j'ai commencé par quitter, à contre-coeur, mon poste à « Venevision » pour me mettre à mon compte comme prof de français. Les semaines sont rythmées par les queues devant les supermarchés ou les pharmacies, tout en multipliant les sources de revenus. Un exemple :une amie médecin dans un hôpital public, fabrique, sur son temps libre des sauces italiennes, délicieuses, soit dit en passant, et a créé un site de vente de vêtements en ligne. Nous avons un statut de privilégiés en tant que famille française et nous tentons de vivre normalement en achetant des denrées rares au marché noir, à 4 fois le prix normal. Ma mère est venue le mois dernier avec une valise pleine de produits de 1ère nécessité, savons, dentifrices,etc. "Corpolec », EDF locale, coupe l'électricité 4 heures par jour : on planifie sa journée en fonction du calendrier des coupures. Les queues, qu'il est interdit de photographier ou filmer, dépendent de votre numéro de carte d'identité et les achats se font un jour dans la semaine. Matin et soir, sur le chemin de l'école de ma fille, je vois, devant les 2 supermarchés de la ville, des gens attendre sous la pluie ou sous un soleil de plomb, souvent pendant 10 heures, pour acheter 2 paquets de farine de maïs, un litre d'huile ou un pot de margarine. A cause de l'inflation, les prix changent tous les 15 jours : le poulet est passé de 1 000 bolivars en janvier à 4 000 aujourd'hui ou l'essence à 6 Bs (0,50€ au lieu de 1 centime en 2012). »


La couverture média des événements vénézuéliens en France est-elle satisfaisante ?


« Selon mon père et les sites d'information,que je consulte, les médias laissent à penser que nous sommes en pleine guerre civile mais c'est un effet de dramatisation des journalistes. L'état d'exception vient d'être mis en place et peut faire craindre de nouvelles violences mais il ne faut pas être alarmiste. Vue de France, la situation semble très grave mais ici ,tout le monde continue à vivre : les gens y sont hélas habitués car le pays, à cause de son sous-sol riche en pétrole et minerais, a toujours été un champ de bataille pour les grands de ce monde. »


Des regrets avant votre retour en France et comment celui-ci se passe-t-il ?


« Nous étions très bien installés et intégrés. Cela a été la meilleure expérience de ma vie mais je suis partagé entre la joie de retourner dans mon pays, revoir ma famille, pouvoir reprendre ma carrière de journaliste et la tristesse de quitter ma terre d'accueil comme un lâche abandonnant le navire entrain de couler. On rentre à Boulay à la mi-juillet. Ma femme vient d'obtenir son diplôme d'expert-comptable mais il ne sera pas valide en France. Le dossier naturalisation et visas a été déposé mais le problème, depuis janvier, est d'obtenir les documents originaux auprès des administrations qui ne travaillent que 2 matinées par semaine. Le plus dur est laisser toute la famille de ma femme derrière nous. ».


Jean-Marie Mathé 

À propos de l'auteur

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JEAN-MARIE MATHÉ

* Professeur d'histoire-géographie retraité

*CLP (journal "La Semaine")
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