Fabienne Lesniak, graphothérapeute

"Dys" pour difficulté, "graphie" pour écriture. Les dysgraphies sont traitées chez l'enfant par la graphothérapie ou rééducation de l'écriture.
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Fabienne Lesniak est la seule graphothérapeute en Lorraine: elle a ouvert son cabinet à Coume (à 6 km de Boulay, en Moselle) depuis le 1er octobre.

Dans son manuel de psychiatrie de l'enfant (1980), le professeur de Ajuriaguerra définit l'enfant dysgraphique comme un "enfant dont la qualité de l'écriture est déficiente alors qu'aucun déficit neurologique important ou intellectuel n'explique cette déficience".

Aide-maternelle (ou agent territorial spécialisé des écoles maternelles – ATSEM) depuis 1980 à l'école maternelle « Les Lutins » à Boulay, Fabienne Lesniak, 49 ans a travaillé au plus près de l'enfant, ce qui l'a amenée à constater des difficultés scolaires pour nombre d'entre eux.

Rapidement intéressée par ces problèmes en écriture, elle a cherché à comprendre ce refus d'écrire. Elle adhère, en 1993, à l'association Trouble déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) afin de mieux comprendre ces manques de concentration et d'attention; ces enfants ont souvent du mal à rester en place, à attendre leur tour et agissent fréquemment de façon impulsive. "De voir qu'on ne pouvait pas les comprendre me faisait mal. Ces enfants dysgraphiques n'avaient donc que peu de chance de connaître le plaisir d'écrire. Je ne pouvais pas leur apporter mon aide puisque je n'étais pas formée", nous dit Fabienne. Elle a cherché en vain un spécialiste en graphothérapie dans la région, mais a découvert le Groupement européen des graphothérapeutes – approche plurielle (GEGAP) qui l'a décidée à suivre une formation afin de pallier ce manque de rééducation de l'écriture et pouvoir s'investir auprès de ces enfants.

En 2009, à raison de 5 sessions de 3 jours au cabinet de formation Josiane Delorme (CFJD), un organisme de formation à la graphothérapie agréé de Tours, elle a fait valider ses savoirs. Les intervenants formateurs étaient des praticiens de la discipline enseignée, telle Josiane Delorme, graphothérapeute, graphologue et fondatrice du centre de formation, la neurologue Régine Zekri-Hurstel, Francine Fromont, psychographologue ou encore Isabelle Anckner-Darras, conseillère en relation conjugale et familiale. Elle a complété ses connaissances en adhérant à un groupe d'échanges et de partage en graphothérapie.

Graphothérapeute, un métier nouveau et peu connu

La graphothérapie est à la dysgraphie ce que l'orthophonie est à la dyslexie. La première association de rééducateurs en écriture est apparue en 1966. A l'heure actuelle dans le milieu scolaire, plus de 20% des élèves sont dysgraphiques, en majorité des garçons, combien d'entre eux sont détectés et reçoivent une rééducation adaptée? "C'est un appel à l'aide silencieux quand on écrit mal!", raconte Fabienne, qui se fixe 3 objectifs: apporter de l'aide aux enfants, aux parents et aux enseignants; redonner le "plaisir d'écrire" et restaurer l'estime de soi. Les symptômes sont décelables dès la maternelle: refus de dessiner, coloriage laborieux, mauvaise prise en main des ciseaux, impossibilité d'enfiler des perles.

Son rôle est de les mettre à jour. Elle effectue, tout d'abord, un bilan global, comprenant de nombreux tests, à partir duquel le graphothérapeute rééduque les écritures lentes, illisibles et/ou sales en respectant la personnalité de chacun par un travail individuel personnalisé. "J'utilise différents supports: les feutres, la craie blanche mais aussi la plume d'oie, le porte-plume et l'encre. Je travaille sur la pression de la main et la tenue de l'instrument scripteur. Je leur apprends à se décontracter. Je les corrige de façon ludique. Ma technique repose sur la relaxation gestuelle et des exercices graphiques. Le but est d'obtenir le maximum d'efficacité avec le minimum d'effort", explique Fabienne qui travaille en partenariat avec des spécialistes comme les orthophonistes, les neurologues et les pédopsychiatres.

Dès que l'écriture s'améliore, le comportement de l'enfant change

Il n'empêche qu'il est urgent d'attirer l'attention des acteurs concernés par l'éducation des enfants sur les prémices annonciateurs de ce ce qui peut devenir une réelle problématique: l'écriture. Dans un monde où on n'écrit presque plus pour cause de SMS et d'ordinateur, Fabienne tire le signal d'alarme: "Les souffrances de l'enfant dans sa relation à l'écrit non prises en considération peuvent l'entraîner jusqu'à l'échec scolaire avec des manifestations psychologiques lourdes de conséquences pour son avenir." Ses souhaits: intervenir au sein des équipes pédagogiques afin de proposer des pistes d'aménagement pour l'enfant dysgraphique et un dépistage précoce en milieu scolaire en équipe pluridisciplinaire.

Pour tout renseignement: www.lesniak-brienne.com

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