Faux coupable mais vrai figurant

Ce n'est pas tous les jours que l'on participe à un tournage. L'aéroport de Metz était au coeur de l'action. J'y étais aussi comme figurant. Expérience.

Mercredi 12 octobre dernier, 20h45, France 2 diffusait le téléfilm "Faux coupable". Retour sur expérience, hiistoire de revenir deux ans en arrière et de se remémorer les 3 séquences dans lesquelles j'ai tourné mais dont une seule a été diffusée....

Depuis 2008, le Bureau d'accueil des tournages (BAT) du Conseil régional met tout en œuvre pour promouvoir les décors et sites lorrains, favoriser et faciliter les tournages. La Lorraine, une région que l'on voit peu dans les films, y consacre 800 000€. Invitée à y tourner, Ego Productions, la société de Pascale Breugnot, à qui l'on doit «Alice Nevers, le juge est une femme », n'a pas hésité à choisir Uckange et Louvigny en Moselle.

A la mi-octobre, j'envoie un CV et 2 photos, à Ego via le BAT. Sans impatience particulière. Habitué pendant 20 ans avec mes élèves aux plateaux télé et studios radios, figuration et tournages manquaient à mon palmarès. Ce serait une première!

Bingo! Début novembre, un SMS m'annonce que je suis retenu pour le 11 novembre à l'aéroport régional. Un mél suit détaillant mon nouveau statut de figurant : je suis passager dans un aéroport, il me faut une valise à roulette et 3 tenues, claire, sombre et colorée. Un dernier coup de fil, la veille, me convoque pour 7h30.

Dur, dur d'être figurant!

Jour de l'Armistice, au petit matin, salle Pilâtre de Rosier, 1er étage de l'aérogare, nous sommes 25, à nous épier en silence. La plupart a été sélectionnée à Metz, aux Récollets, lors de la journée casting figurants du 28 octobre. Rares sont ceux qui ont été choisis via internet. Quelques spécimens sont des néophytes parmi une très grande majorité de « pros de la figuration ».

Au hasard de ma matinée, je découvrirai un musicien qui voulait connaître le monde du cinéma, un jongleur venu de Madagascar, un couple de comédiens de Nancy, un metteur en scène/directeur de troupe de Montigny les Metz. Mais aussi, une femme qui a participé au « Juste prix », le jeu de TF1 et a rêvé toute la nuit à Emma de Caunes, une des vedettes du téléfilm. Un couple d'Arlésiens, en vacances en Lorraine, dont la femme admise aux urgences à 2 heures du matin à Hayange, ne voulait rater ce tournage sous aucun prétexte. Des retraités, des chômeurs, un luxembourgeois, un prof de Sarreguemines : un vrai panel de sondage et des « look » de M.et Mme Toutlemonde.

Emilie se présente : c'est notre «mentor», elle représente Ego productions. Catherine, la costumière, nous fait ouvrir les valises pour le choix de la tenue : je dois changer de veste.

Notre coach explique les grandes lignes du scénario, adapté d'un roman de l'américain John Katzenbach, paru en 2008 : un thriller dont on ne sort pas indemne, a-t-on écrit à l'époque. La distribution de ce téléfilm de France 2, d'une heure cinquante, est assez prestigieuse : Jacky Berroyer, Aurélien Recoing, Emma de Caunes et Marianne Basler. On n'en verra aucun.

Moment important : la signature du contrat, en 3 exemplaires. Tarif syndical : 82,20€ pour la journée.

Le réalisateur et scénariste, Didier Le Pêcheur, vient nous saluer. Il a déjà pas mal bourlingué dans l'audiovisuel : auteur de clips (Zazie, Julien Clerc) et de séries TV (« Elise Rome », « RIS », « La Crim' », La Commanderie »).

8h30, direction la salle d'embarquement et explication des « rôles ». Je suis sensé, avec mes petits camarades, faire la queue pour l'enregistrement des bagages. On répète, on fait des essais « pour du beurre ». On est bien obéissants et patients. Ce n'est pas la vraie vie, c'est du cinéma! On attend le mot magique : « moteur ». Il est 9 heures : moteur demandé, silence, action. Ça tourne : je compose mon personnage, je fais semblant de téléphoner.

9h15, c'est dans la boîte. La 5éme prise fut la bonne. Ce qui est peu aux dires des figurants d'expérience. Plus tard, je participerai à un 2ème plan: simple silhouette dans l'aérogare. J'y vois alors une dizaine de personnes errer, des techniciens en quête d'occupation : ce n'est pas étonnant que les génériques soient si longs, quand on voit autant de gens travailler (?) sur un film.

Un deuxième lieu de tournage.

11 heures, je crois en avoir terminé quand Emilie annonce que 5 figurants vont être désignés pour tourner une séquence à la campagne, du côté de Rémilly.

Suspense insoutenable. Et, j'en suis! La déception de certains pros du casting est palpable.

Direction Chanville, tournage de la séquence 58 : l'héroïne, vient se réfugier chez sa grand-mère, qui l'accueille à l'arrêt de bus. 13 heures, dans le car, je côtoie Lola Naymark, la jeune comédienne qui joue Louise, s'est déjà fait remarquer dans « L'armée du crime » (2010) et « Brodeuses » (2003). Première prise : 15 personnes s'activent autour de la caméra, la moitié les mains dans les poches. Les hommes assurent les tâches nobles : caméra, son, lumières; les femmes, les « petites mains », maquillage et scripte.

13h15, la 3ème prise est la bonne. Clap de fin pour moi : je signe la feuille de présence pour toucher mes 82,20€. C'est cher payé la minute de travail effectif.

Tous mes collègues disent ne pas faire de la figuration pour l'argent. Alors, quelle motivation? Voir sa tête dans l'étrange lucarne? Pour ma part, voila une expérience que je ne renouvellerai pas tous les jours. J'attends quand même la projection en avant-première du téléfilm dans 6 mois.

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